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Vers une reconstruction génocidaire

Mabesoone_LM_19-12-11.jpgPourquoi le gouvernement japonais a-t-il annoncé 15 décembre dernier, tambours battants, que la centrale de Fukushima était enfin en « arrêt  à froid » puis, le lendemain 16 décembre, que « l’accident nucléaire est réglé » ? C’était tout simplement pour préparer le terrain avant l’annonce de la « révision des zones d’évacuation » qui a été faite hier, le 18 décembre, par M. Hosono, Ministre des centrales nucléaires a l’attention de M. Sato, gouverneur de Fukushima.

Ainsi, il a été décidé que, d’ici le mois de mars prochain, tous les habitants résidents de la zone des 0 à 20 km de la centrale qui le souhaitent pourront rentrer chez eux sous les conditions suivantes :

  • Dans toutes les zones où les radiations ambiantes relevées à 1 mètres au dessus du sol ne dépassent pas 20 mSv/an (millisieverts par an), le retour est possible sans condition.
  • Dans toutes les zones à les radiations ambiantes ne dépassent pas 50 mSv/an (millisieverts par an), le retour est possible sous certaines conditions qui restent encore à déterminer.
  • Pour le reste, au delà de 50 mSv/an (millisieverts par an), la zone sera déclarée une zone d’ « habitation difficile ».

Bref, tout ce qui n’est pas en rouge sur la carte illustrant cette chronique va être habité à nouveau à partir de février/mars 2012, y compris par des enfants et par des femmes enceintes.

Si je peux me permettre, M. le Ministre des centrales nucléaires :

Le fait que la centrale soit ou non en état d’ « arrêt à froid », que l’accident soit « réglé » ou non, cela ne suffit nullement pour décider du retour des populations.

Comme à Tchernobyl, comme pour tout accident nucléaire, on fixe les zones d’évacuation en fonction du seul critère stable et fiable qui ne dépend pas de la radioactivité naturelle : la contamination des sols en césium et les risques pour la santé. Dans ce cas, à 80km a la ronde, au moins, la contamination des sols dépasse largement la limite autorisée par la loi japonaise ou même biélorusse. Ce sont vos chiffres après monitoring aérien qui le disent.

Nous le savons, les dizaines de milliers d’habitants qui vont quitter les logements provisoires de Fukushima-city pour retourner à moins de 20km, ce sont les moins argentés. Exactement comme pour le retour, en septembre dernier, à Minami Soma qui se trouve dans la zone des 20-30 km. Ce n’est pas avec la toute nouvelle allocation au déménagement de 1800 euros par foyer que vous allez empêcher tous ses habitants - au chômage depuis la catastrophe - de rentrer enfin dans leurs « villages empoisonnés ».

Un petit calcul, tout simple : 50 mSv/h (millisieverts/an) équivaut à 5,6 uSv/h (microsieverts/heure) !

Mon compteur Geiger fabriqué en Russie met son alarme en marche et vire au rouge « dangerous radiation » à partir de 1,2 uSv/h (microsievert/heure), dose qui représente déjà 10 fois la limite internationale.

Donc, Monsieur le Ministre, vous êtes en train d’inviter au retour des enfants et des femmes enceintes, dans des zones où les radiations dans l’air sont 50 fois supérieures à la limite internationale de 1 mSv/an (millisieverts par an).

Ceci me rappelle les études du Pr Daniel Gilbert de l’Université de Harvard, sur la structure du cerveau humain, en rapport avec les problèmes de préservation de l’environnement. M. Gilbert a découvert que les primates – dont l’Homme – étaient extrêmement réactifs aux menaces immédiates mais qu’ils ne réagissaient presque pas en cas de danger se rapprochant lentement. Même si il s’agit d’un danger mortel. Même si le Japon connait les rapports sur le million de morts dus à Tchernobyl (probablement a multiplie par trois ; voire mon article précédent). Même si presque tous les enfants de l’est du Japon tombent dans un état de santé plus ou moins inquiétant, peu a peu.

En fait, le gouvernement japonais a simplement décidé de s’appuyer sur cette faiblesse du cerveau humain : un primate accepte tout tant que la dose augmente très régulièrement.

Ceci s’appelle un génocide organisé, sur l’autel du capitalisme sans loi, sous une appellation très honorable : la « reconstruction de Fukushima ».

Le 23 décembre, jour anniversaire du feu-Empereur Hiro Hito et jour férié, des manifestations auront lieu partout dans le Japon.

Habillez-vous de jaune, et manifestez !

Moi, je serai à la manifestation du Parc Hanadokei à Matsumoto, à partir de 14h00…


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Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

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Comments (1)

Stéphane Lhomme Stéphane Lhomme ·  20 December 2011, 17h31

Merci pour tout Laurent !

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