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Opinion Grossièrement Manipulée - par Yann Fiévet

C’est  fait  !  La  France  s’est  enfin  résolue  à activer la clause européenne  de  sauvegarde  contre  le  maïs transgénique Mon 810 (1). Pourtant,  si  cet  acte  politique  légitime  est  d’une  portée  non négligeable,  il convient de le prendre pour ce qu’il est : un premier pas  sur une route parsemée de chausse-trappes et de chicanes révélant le  poids  des  enjeux  en  cause.

Si la décision - que plusieurs pays européens,  rappelons-le tout de même, ont osé prendre avant la France -  a  le mérite de mettre en lumière les contradictions entre intérêts économico  financiers  en  jeu  et  responsabilités  scientifiques  et politiques  largement  interpellées, les tentatives de manipulation de l’opinion  auxquelles  ce  dossier  nous a depuis longtemps habitué se poursuivent   et   vont  probablement  s’intensifier.  Cette  affaire concentre  tous les éléments constitutifs du capitalisme d’aujourd’hui :  poursuite  de  la  fuite  en  avant  productiviste de l’agriculture industrielle potentiellement étendue à l’ensemble du Globe, stratégies planétaires  de  firmes  géantes,  soumission grandissante des classes politiques  aux  désirs  des  marchands,  subordination  des  intérêts économiques  locaux  et  nationaux à la loi de la finance mondialisée, (ré)orientation  de  la  recherche  au  gré  des  caprices  du Marché, insuffisance  des procédures démocratiques face à des choix de société fondamentaux.  Le  politique  qui  vient  de  prendre  une  initiative salutaire voudra-t-il ou pourra-t-il résister à tout cela ?

Dans  toute  affaire grave l’étude des réactions des protagonistes est toujours  fort  instructive. L’annonce de l’activation de la clause de sauvegarde  a  fait  sortir du bois les loups pro OGM, à commencer par les  ténors  de  la  FNSEA  et  de  l’UMP  -  un  tandem classique peu surprenant  en  la  matière  - dont les déclarations tonitruantes sont sans ambiguïtés. Les considérations lucratives y dominent de très loin la  question  de  la  nécessaire  responsabilité  face  à  des dangers éventuels  à  vérifier.  M.  Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée Nationale,  a  lui-même  abandonné toute mesure en traitant - c’est le monde  à  l’envers  !  -  les  anti  OGM d’obscurantistes. Du côté des scientifiques  le  paysage  des prises de position est maintenant plus clairement  établi.  Ceux  qui  depuis  des  années,  tels Gilles-Eric Séralini  ou  Christian  Vélot,  alertent  l’opinion  et  les pouvoirs publics sur l’insuffisance des tests destinés à mesurer l’innocuité du Mon  810  et dénoncent le ¬´ bidonnage ¬ª des tests de la firme Monsanto (2),  attendent  maintenant  que  de véritables analyses scientifiques soient  conduites.  Ils  pensent  que  la décision française ouvre une période  dans  laquelle rien ne sera plus tout à fait comme avant : on ne  pourra  plus  faire  croire  n’importe  quoi  aux citoyens. Nombre d’autres  chercheurs - malheureusement sans doute - préfèrent continuer de se contenter des seuls tests effectués sur le rat et sur une courte durée de trois mois quand pour n’importe quel pesticide les tests sont beaucoup  plus  longs.  Le  Gouvernement  voit,  quant  à lui, dans sa décision   un   prolongement   logique   du  médiatique  Grenelle  de l’environnement  et  tient  ainsi pour dérisoire le combat décisif des militants  anti  PGM (3) tout comme il semble avoir oublié le fait que depuis  des  années  80%  des  Français  y  sont  opposés.  Ainsi, les arrière-pensées vont demeurer.

La  décision  française  saluée  ici  ne  vaut  que  pour  une variété particulière  de  maïs  transgénique.  Par  ailleurs,  la  question de l’espoir démesuré mis dans les PGM reste entière. C’est tellement vrai que  dans  le  même  temps que l’annonce de la décision attendue était faite,  on  trouvait  miraculeusement  45  millions  d’Euros  pour  le développement des biotechnologies, histoire sans doute de rassurer les partisans  les plus vigoureux des cultures transgéniques. Le lobby pro OGM  continue  d’exercer  ses  pressions coutumières et de débiter ses fadaises  sans  être  démenti  jamais  par  le Gouvernement. Alors que celui-ci  n’a  toujours  pas  trouvé  le  premier  euro  pour aider au développement de l’agriculture biologique de plus en plus soutenue par les consommateurs, il intensifie ses efforts du côté d’une technologie incertaine  dont les fabricants nous assènent, entre autres fariboles, qu’elle  est  l’avenir  des  paysans  du  Sud.  Les paysans du Sud ont besoin,  au  contraire,  d’un  accès  efficace  au  marché  pour leurs productions  traditionnelles  et  de  pouvoir  développer de nouvelles méthodes culturales alliant les procédés agronomiques les plus récents découverts  au  Nord  et  leurs  savoir-faire ancestraux adapté à leur environnement.  Mais  là,  les  gouvernements du Nord et les firmes de l’agro-bio-business   sont   aux   abonnés  absents.  Le  retour  sur investissement  -  comme  l’on  dit dans le jargon pur des économistes inébranlables - en serait par trop faible. On préfère rêver d’un temps où  tous  les paysans du monde cultiveront les ¬´ chimères ¬ª fabriquées par  trois  ou  quatre  ¬´  géantes  ¬ª aux actionnaires gargantuesques.

Citoyens,  il  est  temps  de  revendiquer  et  d’obtenir  le droit de produire et de consommer sans OGM au Nord comme au Sud.

Notes :

  1. Commercialisé par la firme américaine Monsanto depuis 1998 et seul maïs  transgénique  cultivé  en  France  le  Mon  810  est  une plante pesticide.
  2. Seule  référence  officielle en la matière à ce jour. Gilles-Eric Séralini  a fini par obtenir les résultats de ces tests de laboratoire et  l’exploitation  statistique  qu’il  en  a  faite  le conduit à des conclusions très différentes de celles publiées par Monsanto. Les rats ayant ingurgité  le  Mon  810  durant  trois mois seulement sont loin d’être restés en excellente santé.
  3. Ceux  que l’on nomme communément ¬´ anti OGM ¬ª ne sont en fait pas contre  les  OGM utilisés dans le milieu confiné des laboratoires. Ils sont opposés à leur mise en culture en pleins champs. Il convient donc de  distinguer  les  Organismes et les Plantes Génétiquement Modifiées (PGM).

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Yann Fiévet

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