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Sale climat pour le nucléaire

centrales-nucleaires-retraite-30-60-ans.jpg« L’énergie est notre avenir, économisons-la », nous serinent les entreprises du gaz, du nucléaire ou du pétrole à la fin de chaque message publicitaire. Mais, adepte des injonctions paradoxales, EDF se glorifie dès que ses centrales tournent à plein régime : début janvier, presque tous les réacteurs étaient en fonctionnement. Pourtant, derrière ces communiqués satisfaits, l’atome a du plomb dans l’aile : en moyenne, l’équivalent d’un réacteur sur quatre était à l’arrêt l’an passé.

Japon 54, France 1 ! Non, les équipes de rugby d’EDF et de Tepco ne se sont pas livrées à une aimable partie sur l’herbe radioactive de la préfecture de Fukushima. Cet impressionnant score est celui d’un étrange match, celui du nombre de réacteurs nucléaires arrêtés. En effet, en ce début janvier 2014, EDF se gargarise du fonctionnement simultané – et rarissime – de 57 réacteurs sur 58, alors que l’atome nippon, lui, est réduit au zéro absolu depuis le 15 septembre. Le Japon bat donc la France par 54 réacteurs arrêtés (dont 3 en fusion il est vrai !) à 1.
Mais voyons plutôt ce qu’il se passe chez EDF, dont les dirigeants fanfaronnent un peu trop pour être honnêtes : le « record » de ce début d’année n’est en fait qu’un cache-misère. Ainsi, le quotidien Les Échos (17-1) se désespère en titrant « La gestion de la maintenance nucléaire dérape à EDF », et en précisant que « la disponibilité du parc nucléaire a chuté autour de 78 % l’an dernier ». Cela signifie que, en 2013, chaque réacteur nucléaire a été à l’arrêt pratiquement un jour sur quatre. Et dire que les atomistes raillent le fonctionnement par intermittence des éoliennes !
Or, un taux de disponibilité de 78 % est, pour un parc nucléaire, un résultat catastrophique. Aux USA, par exemple, ce taux frôle les 90 %, bien que les réacteurs soient plus âgés que ceux de France. On ne sait d’ailleurs plus trop où est le pire danger : aux USA où de vieux réacteurs fonctionnent à flux tendu ? Ou bien en France où des réacteurs moins vieux fonctionnent de façon chaotique ?
C’est en tout cas un bel imbroglio pour Proglio, le PDG d’EDF, qui exigeait un score de 85 % avant de viser les 90 %. Pire : dès l’an prochain, ce monsieur a prévu de gaspiller des sommes astronomiques (probablement 100 milliards au final !) dans une opération baptisée de façon grotesque « Le grand carénage » : il s’agit de rénover – ou plutôt de rafistoler autant que faire se peut – les réacteurs français. L’objectif est de les faire durer au-delà de 30 ans d’âge – et paraît-il jusqu’à 60 ans… hormis ceux qui auront explosé entre temps ! – tout en augmentant leur taux de disponibilité. Mais, pour faire ces travaux qui doivent s’échelonner sur une bonne dizaine d’année, il faudra bien évidement arrêter les réacteurs et… faire chuter le fameux taux !

Nucléaire et gaz à effet de serre, un duo explosif

Revenons donc au Japon où, comme signalé plus haut, le taux de disponibilité des réacteurs est désormais de 0 %. Assurément un bel exemple à suivre : si le Japon a pu arrêter en environ un an ses 54 réacteurs, la France, qui en compte 58, doit bien pouvoir faire de même. « Pas si simple ! » nous disent les pronucléaires : avant Fukushima, l’atome ne produisait « que » 35 % de l’électricité nippone, alors qu’en France c’est 75 %. Certes, répondons-nous, mais si 130 millions de Japonais peuvent se passer de nucléaire, c’est forcément deux fois plus facile pour 65 millions de Français ! « Mais ça va faire augmenter les émissions de CO2 ! », s’étranglent les atomistes qui, en réalité, n’en ont rien à faire du changement climatique comme l’a bien démontré le dénommé Jacques-Emmanuel Saulnier : porte-parole d’Areva pendant 10 ans, il n’a cessé de pourfendre les émissions de CO2… avant de se recaser chez Total où il fait la promotion des énergies les plus carbonées qui soient !
Mais voilà que, le 15 janvier, l’Université québécoise de Concordia a publié une grande étude classant les principaux coupables des émissions de gaz à effet de serre : USA (20% du total !), Chine, Russie, Brésil, Inde, Allemagne, Royaume-Uni, France, Indonésie, Canada, et Japon (les chiffres pris en compte s’arrêtant en 2005, c’est donc bien du Japon nucléarisé qu’il s’agit). Si l’on excepte l’Indonésie, non nucléarisée, et le Brésil qui ne compte que deux petits réacteurs et un troisième en chantier depuis… 30 ans (!), on voit que les principaux coupables des émissions de gaz à effet de serre sont aussi… les grands pays du nucléaire. C’est la confirmation éclatante de ce que la prétendue « solution » que représenterait le nucléaire, pour lutter contre le changement climatique, n’est que pure baliverne.

Ceci dit, l’atome ne produit plus que 9 % de l’électricité mondiale contre 17 % en 2001. Et il s’agit d’une chute aussi brutale qu’irréversible : d’une part parce que la production atomique va continuer à décroître avec les fermetures inévitables de centaines de réacteurs arrivant en fin de vie. Et d’autre part parce que, pendant ce temps, toutes les autres énergies continuent à progresser. Nous avons donc une bonne nouvelle : l’atome n’a d’avenir que « grâce » à ses catastrophes, ses contaminations, ses déchets radioactifs, etc., mais pas en tant qu’industrie. Et une mauvaise nouvelle : atome ou pas, la consommation effrénée d’énergie et la recherche désespérée de la croissance détruisent notre environnement et nuisent à notre santé. Bonne année 2014 tout de même : le grand carénage d’EDF ne commence qu’en 2015 !


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Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

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Commentaires (3)

Delphin Delphin ·  06 mai 2014, 17h30

Bonjour,

"Taux de disponibilité", "taux de disponibilité" lit-on partout. La communication EDF fonctionne (ils ont un fort taux de disponibilité à l'égard des médias).

Je me demande bien ce que recouvre vraiment cette formule magique, critiquée en son temps dans la "Gazette Nucléaire" (revue du Groupement des Scientifiques pour l'Information sur l'Energie Nucléaire), qui lui préférait la notion de facteur de charge.

Si le "taux de disponibilité" n'est qu'une notion de temps, sans tenir compte de la quantité d'électricité réellement produite en fonctionnement, alors la notion est trompeuse (un réacteur nucléaire ne fonctionne pas tout le temps à pleine puissance, loin s'en faut). Dans ce cas : taux de disponibilité = rapport de la durée de fonctionnement effective / la durée de fonctionnement optimale.

Il est possible que le calcul comporte la notion de puissance nominale (durée de fonctionnement à puissance nominale, c'est-à-dire à puissance tenant compte de différents facteurs techniques qui font que la puissance délivrée ne peut être maximale ).

Le facteur de charge : rapport de l'électricité réellement produite / l'électricité théoriquement productible est, lui, non ambigu.

A ma connaissance, la production annuelle maximale théorique des 58 réacteurs français est de 558 000 Gwh. Il suffit d'avoir connaissance de la quantité d'électricité réellement produite par le parc français en 2014 et de faire le rapport pour avoir enfin une donnée vraiment fiable. D'après le site "Futura, le facteur de charge annuel (rendement) a été en moyenne de 72% entre 2001 et 2005.

Enfin, j'ai l'impression que dans les revues internes techniques EDF et consorts, c'est bien du taux de disponibilité dont il est question.

Amicalement,

Delphin

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  08 mai 2014, 02h33

L’activité d’Areva reste pénalisée au 1er trimestre
Paris - Areva a vu son activité fortement reculer au premier trimestre, en raison de difficultés persistantes sur le marché nucléaire après la catastrophe de Fukushima, avec des prix de l’uranium en baisse et un repli des ventes de nouveaux réacteurs.
Le groupe nucléaire public a réalisé un chiffre d’affaires en baisse de 18,1% à 1,78 milliard d’euros sur les trois premiers mois de l’année, pour un carnet de commandes en repli de 8,8% à fin mars, à 40,2 milliards d’euros.
A périmètre et taux de changes constants, l’activité s’est repliée de 17,3%, une baisse qui avait été anticipée par le groupe.
Le chiffre d’affaires du 1er trimestre de l’année est en nette baisse, comme anticipé.
La conjoncture actuelle reste défavorable avec une dégradation des prix de marché dans l’amont du cycle et une demande limitée de nos clients en matière de services à la base installée, a commenté le président du directoire, Luc Oursel, dans un communiqué.
Nous restons cependant confiants dans la capacité du groupe à générer un chiffre d’affaires en ligne avec notre objectif pour l’année, a-t-il ajouté.
Areva avait dit tabler, en février dernier, sur une baisse de ses ventes organiques de 2% à 5% en 2014, avant un rebond en 2015-2016 avec une progression de 4 à 5% en moyenne par an.
mpa/aue/pre
AREVA
(©AFP / 30 avril 2014 19h06)
http://www.romandie.com/news/Lactiv…

  • Un rebond ou un grobadaBOOOOM !???
  • Eh dit ! Parle pas d’malheur… on l’aurait tous dedans… Luc !!!
Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  23 mai 2014, 14h49

Une première depuis Fukushima: un tribunal nippon maintient l’arrêt d’une centrale nucléaire

Un tribunal japonais a interdit mercredi le redémarrage des deux réacteurs de la centrale nucléaire d’Oi (ouest du Japon), justifiant cette décision, inédite au Japon depuis la catastrophe de Fukushima, par les risques encourus par les populations riveraines….


Le jugement du tribunal régional de Fukui (ouest du Japon) est une première depuis l’accident de la centrale de Fukushima, provoqué par le séisme et le tsunami de mars 2011, et constitue un sérieux revers pour le gouvernement qui s’efforce, malgré une opinion devenue sceptique voire très réticente, de relancer la filière nucléaire….


L’interdiction imposée par le tribunal de Fukui répond ainsi à une plainte collective de 189 personnes, dont 166 vivent dans un rayon de 250 km de la centrale…

La dépêche AFP du 21 mai 2014 15h54) :
http://www.techniques-ingenieur.fr/…

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