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Caen, le 19 mars 2009

Le 29 jan­vier déjà, la mani­fes­ta­tion caen­naise avait dépassé en nom­bre les plus impor­tan­tes de l’his­toire récente de cette ville, y com­pris cel­les de 1995 et du « CPE » en 2006.  Aujourd’hui les ren­sei­gne­ments géné­raux nous disent avoir compté 5 000 mani­fes­tants de plus qu’en jan­vier.
Pour ce 19 mars 2009, sans ren­trer dans les éter­nel­les que­rel­les de chif­fres, on retien­dra les nom­bres de 24 000 pour la police et de 40 000 par les orga­ni­sa­tions. On notera aussi que c’est bien 5 000 per­son­nes de plus que l’on aura dénom­bré dans la rue… selon la police. Ce n’est pas rien dans cette ville de 110 000 habi­tants un jour de semaine. Il n’y avait en effet pas que le soleil pour atti­rer tant de monde. Outre une grande diver­sité de la repré­sen­ta­tion (sala­riés du privé et de la fonc­tion publi­que, asso­cia­tions, inter­mit­tents, chô­meurs, pré­cai­res, retrai­tés et même des poli­ciers) il y avait sur­tout ce malaise gran­dis­sant de per­son­nes qui ne se sen­tent pas écou­tées, encore moins enten­dues.

C’est dans l’air, dans tou­tes les dis­cus­sions. Plus que la crise elle-même, c’est la poli­ti­que du gou­ver­ne­ment qui mécon­tente, inquiète, fâche, énerve. Sur les ban­de­ro­les de clas­si­ques mots d’ordre : « pou­voir d’achat, emplois… ». Mais ça ne sem­ble plus suf­fire comme si le sen­ti­ment du mépris s’en était mêlé. Face à ce “rou­leau com­pres­seur” qui s’en prend aux droits et aux liber­tés indi­vi­duel­les, “c’est plus loin qu’il faut aller (…) sor­tir des reven­di­ca­tions caté­go­riel­les pour un vrai chan­ge­ment !” Mais lequel ?
L’hori­zon ne sem­ble offrir aucune alter­na­tive poli­ti­que, les syn­di­cats frei­nent à élar­gir reven­di­ca­tions et débats. C’est un tout autre modèle de société qu’il fau­drait envi­sa­ger. Tous le sen­tent, tous le savent. Les évé­ne­ments de la Gua­de­loupe sont dans tou­tes les bou­ches et ce n’est pas une jour­née de plus, fusse-t-elle de 5 mil­lions de per­son­nes dans les rues qui fera réel­le­ment la dif­fé­rence. Qui fera avan­cer la volonté des citoyens ? Qui fera flé­chir ce gou­ver­ne­ment et com­ment ?

Ins­ti­tu­tions, par­tis poli­ti­ques, syn­di­cats, tous don­nent l’impres­sion de con­fis­quer la parole pour lais­ser place à une repré­sen­ta­tion de plus en plus éloi­gnée des citoyen-nes. Les orga­ni­sa­tions clas­si­ques sont de moins en moins en situa­tion d’enten­dre parce qu’elles ne sont plus en mesure d’écou­ter. On dénom­bre de plus en plus de mani­fes­tants dans les rues, beau­coup moins dans les AG orga­ni­sées par les syn­di­cats quand il s’en tient !
Les atten­tes sont tel­les que cette désaf­fec­tion n’est pas assi­mi­la­ble à un “blanc-seing” accordé aux délé­gués syn­di­caux. S’en dou­tent-ils vrai­ment ? Quoiqu’il en soit, à l’évi­dence, il s’agit d’une véri­ta­ble crise de con­fiance à leur égard. On en veut pour preuve la mul­ti­pli­ca­tion des col­lec­tifs et orga­ni­sa­tions auto­no­mes et auto­gé­rées, signes d’un réel besoin, d’une néces­sité de s’expri­mer, d’être écou­tés et d’être enten­dus. C’est bien de Démo­cra­tie dont il retourne !


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Anne Flambard

Author: Anne Flambard

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Comments (3)

Nazou Nazou ·  22 March 2009, 22h30

Tout d’abord bravo pour le site, quand on a le cou­rage de lire on se dit après quel­ques arti­cles que ce n’est pas for­cé­ment du temps perdu.
Ensuite mon petit avis per­son­nel con­cer­nant ton texte; mon éter­nel bla­bla à moi mais pour­tant tou­jours aussi ancré dans ma petite tête :

Des syndicats...Ok....Des partis politiques...OK...Les autres institutions....Ok... toutes ces formes d'institutions devant soi-disant donner la parole au peuple ne servent pour moi qu'à le canaliser. Il faut cependant s'organiser me diras-tu; certes, mais un peuple vraiment en colère peut très bien s'en sortir seul.

Il y a une phrase intér­res­sante que j’ai lu qui dit qu’une société démo­cra­ti­que est anti-révo­lu­tion­naire car plus la démo­cra­tie avance plus il y a de gens qui aurai quel­que chose à per­dre en se révol­tant. Je m’aper­çois cha­que jour que cette phrase est vraie ^^
Si le peu­ple en a tel­le­ment marre, si les supers fran­çais, peu­ple d’éter­nels râleurs en a vrai­ment ras le bol pour une fois, qu’il se bouge de lui même !!! Som­mes-nous à ce point au ser­vice de la bureau­cra­tie pour que l’on éprouve le besoins d’ins­ti­tu­tion­na­li­ser nos révolte ? Une révolte c’est spon­ta­née, non pré­vue, et c’est ce qui fait sa force.
Ce site est très inté­res­sant et je le fais tour­ner et il sera lu, mais tant que les gens n’ose­rons pas pren­dre de vrais ris­ques rien ne se pas­sera ( à mon hum­ble avis de gamin de 18 piges qui déses­père de voir un pays qui pour­rait être si beau deve­nir un vrai régime tota­li­taire en puis­sance! ) ( oui j’aime les grands mots =) ).

Anne Anne ·  25 March 2009, 15h40

@Nazou : oui, Nazou il faut s’orga­ni­ser et un peu­ple n’a pas for­cé­ment besoin de tou­tes ces ins­ti­tu­tions qui lui volent la parole plus que de la lui don­ner, encore moins la por­ter. Mais regarde aujourd’hui, des mots d’ordre dis­per­sés, des reven­di­ca­tions sec­to­riel­les, du cha­cun pour soi, tous sen­tent que ça ne va pas, qu’il faut arrê­ter cette course des­truc­trice après une crois­sance mor­ti­fère. Arrê­ter mais pour quelle autre société?
rien qu’en repre­nant les prin­ci­paux mots d’ordre:
Défen­dre l’emploi?
Con­ti­nuer à fabri­quer des voi­tu­res au même rythme, sans pen­ser à d’autres éner­gies, d’autres moyens de trans­port? Com­ment sans repen­ser com­plè­te­ment “le tra­vail”?
Aug­men­ter le pou­voir d’achat?
Don­ner une “bouf­fée d’air” à ceux qui n’ont rien, bien sûr, mais sinon pour ache­ter plus donc pro­duire tou­jours plus en pillant les res­sour­ces de la pla­nète sans comp­ter?? Sans abo­lir les pro­fits moné­tai­res…

Il nous faut cons­truire du com­mun, entre citoyens, démo­cra­ti­que­ment, libé­rés des ins­ti­tu­tions, réflé­chir ensem­ble là où nous vou­lons aller.

à l’heure actuelle, sans autre idée com­mune qu’un “ras le bol” géné­ra­lisé nous pren­drions le ris­que d’une répres­sion sans rete­nue, le ris­que de redon­ner force aux “ten­ta­tions” les plus noi­res, racisme, extré­mis­mes reli­gieux, guer­res, repli natio­na­liste…..

Cons­truire du com­mun, voilà ce que je sou­haite, inves­tir cette colère, la ren­dre créa­trice…
Décou­vrir, faire con­naî­tre d’autres pos­si­bles, choi­sir ensem­ble où nous vou­lons aller…. c’est un tra­vail énorme qui nous attend et que l’on ne peut lais­ser aux seu­les ins­ti­tu­tions, tu as rai­son.
Il faut trou­ver, se don­ner le(s) moyen(s) que tous y par­ti­ci­pent: c’est choi­sir la Démo­cra­tie comme stra­té­gie

http://www.netoyens.info/index.php/…

Nazou Nazou ·  26 March 2009, 22h54

Cer­tes; mal­heu­reu­se­ment le peu­ple fran­çais n’est, à mon hum­ble avis, pas aussi futé que les quel­ques per­son­nes qui se mobi­li­sent ici par exem­ple. Oui ils étaient 3 000 000 dans les rues, oui ils ne sont pas con­tent, oui ils veu­lent chan­ger. Seul pro­blème, quand on leur pro­pose de se bou­ger vrai­ment, il n’y a subi­te­ment plus per­sonne.
Toc­que­ville avait rai­son on disant que les démo­cra­ties sont anti-revo­lu­tion­nai­res du fait que lors­que les iné­ga­li­tés se rédui­sent, le nom­bre de per­son­nes ayant quel­que chose à per­dre dans une révo­lu­tion aug­mente et ils ne sont plus mobi­li­sa­bles.
Bien­ve­nue dans la petite France occi­den­tale embour­geoi­sée, trop heu­reuse de pou­voir se baf­frer de tous les pri­vi­lè­ges qu’on lui octroie; elle en est deve­nue obèse et elle ne peut plus bou­ger son hum­ble pos­te­rieur pour pren­dre la télé­com­mande et chan­ger de pro­gramme…celui qu’on lui pro­pose est tel­le­ment plus facile à sui­vre ^^
La démo­cra­tie oui, mais avec des citoyens prêt à la vivre, et par­fois on se le demande….

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