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Le Pion de fer copie la Dame de fer

Geneviève Confort-SabathéJuste après la manif du 29 jan­vier, Nico­las Sar­kozy fei­gnait de s’inter­ro­ger sur son posi­tion­ne­ment face au mou­ve­ment social. Le pré­si­dent, cons­cient de son impo­pu­la­rité, hési­tait encore entre deux stra­té­gies : le rai­dis­se­ment, façon That­cher ou la retraite en rase cam­pa­gne, façon Chi­rac-Juppé.

Cette fois, il a choisi. Avant de con­naî­tre l’ampleur exacte de la mani­fes­ta­tion du 19 mars (trois mil­lions quand même !), il a annoncé qu’il ne céde­rait sur rien, ni sur le bou­clier fis­cal, ni sur les heu­res sup­plé­men­tai­res, ni sur le coup de pouce au SMIC, ni sur les lois Pécresse (mort de l’uni­ver­sité), Bache­lot (mort de l’hôpi­tal), Dati (mort de la jus­tice des mineurs), Dar­cos (mort de l’école publi­que).

Le soir même, il a dépê­ché, sur TF1, Fran­çois Fillon, le Pre­mier minis­tre le plus muti­que de l’his­toire de la cin­quième Répu­bli­que. Il n’avait rien à dire, Fillon, que nous ne sus­sions déjà. La révo­lu­tion ultra-libé­rale, aura bien lieu. Les élec­teurs (et les repen­tis ?) de Sar­kozy 1er ne seront pas déçus. Sar­kozy a donc décidé d’emboî­ter le pas à la très effi­cace Mar­ga­reth That­cher. Pour dis­traire les esprits, Mag­gie avait les ter­ro­ris­tes de l’IRA, Sarko n’a pas grand-chose en terme de menace sur le ter­ri­toire. Il y a bien cette ultra-gau­che du pla­teau des Mil­le­va­ches mais ils ont l’air aussi dan­ge­reux qu’une boîte d’allu­met­tes, posée sur un camem­bert. Au lait cru, bien sûr !

Ah, l’effi­ca­cité, c’est une bien belle chose quand il s’agit de jus­ti­fier l’injus­ti­fia­ble. Jetons jus­te­ment un œil chez nos cou­sins anglo-saxons. Pen­dant près de trente ans, au nom de l’E-FFI-CA-CI-TE, That­cher puis Blair, éta­bli­rent un pro­ces­sus de dérè­gle­men­ta­tion des mar­chés finan­ciers qui mit l’Angle­terre à genoux.

La révo­lu­tion ultra-libé­rale détrui­sit nom­bre d’acquis  sociaux : la sécu­rité sociale, les soins de santé publi­que et la garan­tie des pen­sions de la popu­la­tion.

A la des­truc­tion mas­sive des acquis sociaux, il faut ajou­ter les effets de la « révo­lu­tion that­ché­rienne » sur l’emploi. La « Dame de Fer », tant admi­rée de ce côté-ci de la Man­che, par­vint à détruire plus d’emplois en Grande-Bre­ta­gne que la crise finan­cière en 2009. Elle mit un peu plus de temps mais à peine. Le pays per­dit tou­tes ses infra­struc­tu­res indus­triel­les et fut livrée aux appé­tits des finan­ciers. Le pire fut le sort que Mar­ga­reth That­cher, l’amie de Pino­chet, réserva aux mineurs anglais qui devin­rent des chô­meurs, des hoo­li­gans, des dea­lers et des loque­teux. Le foot­ball et les chip­pen­da­les ne sau­raient cons­ti­tuer autre chose que des pis-aller.

Nos cou­sins grands-bre­tons se bat­ti­rent avec la rage du déses­poir mais ils per­di­rent tout. Pour­quoi, parce qu’ils avaient été trop longs à dégai­ner ensem­ble. Tous ensem­ble !

La Dame de Fer avait com­pris qu’il fal­lait divi­ser pour régner, elle s’en était, d’abord, pris aux sala­riés du privé, aux ouvriers, aux ruraux, sans que le reste de la popu­la­tion ne s’en émeuve. Puis, la révo­lu­tion néo-libé­rale avait gan­gréné la société tout entière. Ceux qui avaient cru pas­ser entre les gout­tes, se sont retrou­vés trem­pés comme des sou­pes… et à fré­quen­ter la soupe popu­laire.

Aujourd’hui, selon les der­niè­res esti­ma­tions de l’Union Euro­péenne, l’éco­no­mie bri­tan­ni­que est sur le point de subir la chute la plus abrupte depuis 1946. On pré­voit que le Royaume-Uni subira la pire réces­sion de toute l’Union euro­péenne, les ancien­nes répu­bli­ques de l’Est com­pri­ses.

Le chô­mage devrait s’étof­fer de plus de 900.000 per­son­nes au cours des 12 pro­chains mois, pous­sant le total des chô­meurs à 2,55 mil­lions à la fin de l’année, soit 8,2 pour cent de la main-d’œuvre, con­tre 5,3 pour cent actuel­le­ment. Sans comp­ter tous les « oisifs » qui ne sont pas comp­ta­bi­li­sés par les chif­fres offi­ciels. Cer­tains se cachent des ser­vi­ces sociaux, d’autres ne voient pas l’inté­rêt de « poin­ter » aux Asse­dic car la plu­part ne peu­vent pré­ten­dre à aucune indem­ni­sa­tion.

Sar­kozy a choisi le modèle That­cher, il veut faire plier les Fran­çais, les obli­ger à cour­ber l’échine. Les com­men­ta­teurs de l’actua­lité sociale com­men­cent à par­ler d’une crise morale. C’est bien de cela qu’il s’agit, et encore une fois, comme avec l’OTAN, Sar­kozy est en retard. Le modèle ultra-libé­ral ne fait plus recette, il a pu illu­sion­ner dans les années 80, les années paillet­tes, mais il cons­ti­tue aujourd’hui un véri­ta­ble repous­soir. Les Fran­çais haïs­sent ceux qui les ont mis dans la panade et qui en pro­fi­tent encore, ces riches pré­da­teurs assoif­fés de divi­den­des, si bien repré­sen­tés par les des­cen­dants békés des dépar­te­ments d’Outre mer.

Le Pion de fer et ses nano­con­seillers sem­blent avoir mal inter­prété l’embel­lie du tou­risme hexa­go­nal. Loin de cons­ti­tuer une affir­ma­tion d’abon­dance éco­no­mi­que, cette ruée vers les pis­tes de ski ou la Bre­ta­gne ou le cinéma est au con­traire une con­fir­ma­tion de l’angoisse dif­fuse des famil­les.

« Crai­gnons de nous réveiller morts avant que d’avoir assez joui de tout » chan­tait Fran­çois Béran­ger, dans les années 70. Les Fran­çais sem­blent l’avoir entendu, ils grillent leurs der­niè­res car­tou­ches avant de par­tir au front ou d’en finir. Cette embel­lie c’est un peu comme la der­nière ciga­rette… mêmes les non-fumeurs la grille.

La grève géné­rale recon­duc­ti­ble n’est donc pas une alter­na­tive, elle est la seule défense con­tre la charge ultra-libé­rale qui fond sur la société fran­çaise. Rap­pe­lons que ce sont les ser­vi­ces publics qui sont les pre­miers dans le col­li­ma­teur des capi­ta­lis­tes qui diri­gent le pays et l’Europe. Ces ser­vi­ces publics, au dire même des éco­no­mis­tes libé­raux,  per­met­tent encore, mal­gré les atta­ques sys­té­ma­ti­ques dont ils sont l’objet, de pro­té­ger notre pays d’une véri­ta­ble dépres­sion.

La grève géné­rale recon­duc­ti­ble est une arme de légi­time défense. Uti­li­sons-là ! Les syn­di­cats ont une res­pon­sa­bi­lité énorme. Qu’ils renon­cent à se bat­tre et nous paie­rons tous leur pusil­la­ni­mité.


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Geneviève Confort-Sabathé

Author: Geneviève Confort-Sabathé

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Comments (2)

C.Laborde C.Laborde ·  22 March 2009, 13h04

Excel­lent arti­cle gâché par une con­clu­sion erro­née due à une erreur fla­grante d’ana­lyse. Si les tra­vailleurs anglais ont perdu con­tre la “dame de fer”, c’est qu’ils se sont can­ton­nés à l’arme de la grève sans déve­lop­per de pro­jet alter­na­tif. Fina­le­ment Mme That­cher les a eu à l’usure et c’est ce qui arri­ve­rait si cette idée de grève géné­rale recon­duc­ti­ble était appli­quée.

Geneviève Confort-Sabathé Geneviève Confort-Sabathé ·  23 March 2009, 19h23

L’erreur est bien dans ton camp. Tous les ana­lys­tes anglo-saxons disent que la révo­lu­tion de la Dame de fer s’est imposé à cause de la tié­di­tude des syn­di­cats qui ont eu peur de lan­cer tou­tes leurs trou­pes ensem­ble dans une bagarre géné­ra­li­sée. On peut y ajou­ter la déban­dade du parti tra­vailliste déjà “tra­vaillé” par la social-démo­cra­tie.

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