Dernière mise à jour 22/10/2018

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L'ALBA donne le ton, y compris au niveau mondial, et l’Empire tonne

ALBA : L’Alternative [Alliance] Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique

L’Alter­na­tive [Alliance] Boli­va­rienne pour les Peu­ples de notre Amé­ri­que (ALBA) est deve­nue, du fait des gou­ver­ne­ments des États-mem­bres qui la com­po­sent comme du haut niveau de cons­cience sociale de leurs popu­la­tions, un véri­ta­ble cau­che­mar pour les États-Unis, dont le pou­voir impé­rial est cha­que jour davan­tage remis en cause dans cette par­tie du monde.

Bien que l’Empire ne soit pas en train de s’écrou­ler, le malaise de la Mai­son Blan­che se fait de plus en plus criant. Le 11 décem­bre 2009, dans un rap­port sur la situa­tion poli­ti­que de l’Amé­ri­que latine, la Secré­taire d’État des États-Unis, Hil­lary Clin­ton, se char­gea d’atti­ser le feu en aler­tant ouver­te­ment la Boli­vie et le Vene­zuela, des rela­tions diplo­ma­ti­ques qu’ils entre­tien­nent avec le régime et le gou­ver­ne­ment ira­niens.


Source : El ALBA marca la agenda, incluso mun­dial, y el impe­rio ame­naza (Hugo Mol­diz - La Época - 20/12/09)
Tra­duit par Marina Almeida, révisé par Julie Sen­tis et Netoyens.info

“Si d’aucuns veu­lent flir­ter avec l’Iran, ils devraient en mesu­rer les con­sé­quen­ces ; nous espé­rons qu’ils y réflé­chi­ront à deux fois”, tels furent les mots pro­non­cés par la Pre­mier Minis­tre états-unienne, qui, ne dis­si­mu­lant pas son sta­tut, s’affi­che devant le monde comme une auto­rité impé­riale de ligne dure.

Mais loin d’être proac­tive, l’atti­tude des États-Unis vis-à-vis de l’Amé­ri­que latine appa­raît jour après jour comme une réac­tion face à la cons­tante émer­gence latino-amé­ri­ca­niste pro­mue par l’ALBA, et plus par­ti­cu­liè­re­ment, vis-à-vis des pro­ces­sus révo­lu­tion­nai­res de Cuba, du Vene­zuela, de la Boli­vie, de l’Équa­teur et du Nica­ra­gua. C’est pour­quoi les paro­les de Clin­ton sont inter­pré­tées comme une sorte d’exhor­ta­tion au retour, dans de nou­vel­les con­di­tions, à la poli­ti­que du pré­si­dent Lyn­don John­son qui avait pro­clamé ouver­te­ment en 1964 : “les États-Unis pré­fè­rent comp­ter avec des alliés sûrs plu­tôt que sur des voi­sins démo­cra­ti­ques”.

Avec la mise en œuvre de la doc­trine John­son — qui impli­quait en même temps une ré-adé­qua­tion des poli­ti­ques “du gar­rot”, “de bon voi­si­nage”, “de la diplo­ma­tie des mis­sion­nai­res” et “la doc­trine Tru­man” — on a déclen­ché  en Amé­ri­que Latine une série de coups d’état mili­tai­res qui, parmi de rares prin­temps démo­cra­ti­ques, ont ins­tauré de san­glan­tes dic­ta­tu­res jusqu’au milieu des années 80. Au Nica­ra­gua il y a eu “la dynas­tie des Somo­zas” jusqu’à la vic­toire de la révo­lu­tion san­di­niste en 1979. En Boli­vie, il y a eu Bar­rien­tos — qui auto­risa l’entrée des mari­nes pour com­bat­tre la gué­rilla du Che en 1967 — puis Ban­zer — qui, sous la devise “Paix, Ordre et Tra­vail”, pour­sui­vit, réprima, assas­sina et exila des mil­liers d’hom­mes et de fem­mes entre 1971 et 1978 — ainsi que García Meza, qui en 1980 ins­taura un régime net­te­ment narco-délic­tueux. Au Chili il y a eu Pino­chet, pro­mo­teur de l’inter­na­tio­nale “Opé­ra­tion Con­dor”, jusqu’en 1989, une année à peine après qu’un réfé­ren­dum ait dit “Non” à sa per­ma­nence au pou­voir.

Pour les pré­si­dents des pays mem­bres de l’ALBA, le sens des aver­tis­se­ments de Clin­ton est sans équi­vo­que. Le coup d’état au Hon­du­ras con­tre le pré­si­dent Manuel Zelaya et le sou­tien, tan­tôt affi­ché, tan­tôt voilé, au gou­ver­ne­ment de facto de Roberto Miche­letti, a ren­forcé leur pro­fonde méfiance envers les Etats-Unis. Celle-ci s’est tra­duite dans le dis­cours poli­ti­que des gou­ver­ne­ments de gau­che en Amé­ri­que latine à un point tel que le 17 décem­bre 2009, à Copen­ha­gue, le pré­si­dent boli­vien a caté­go­ri­que­ment affirmé : “Obama est pire que Bush, seule la cou­leur du pré­si­dent des États-Unis a changé”. La réa­lité est plus tenace que les bon­nes inten­tions.

Indi­quant la mar­che à sui­vre

En regard de la situa­tion en Amé­ri­que Latine pen­dant ces cinq der­niè­res années au moins, la gêne et l’inquié­tude impé­ria­les peu­vent s’expli­quer. L’ALBA — en tant que pro­jet d’inté­gra­tion et d’unité latino-amé­ri­caine — s’est déve­lop­pée à un rythme sou­tenu et ses résul­tats ont même sur­pris beau­coup d’experts inter­na­tio­naux qui avaient accueilli sa créa­tion avec sym­pa­thie.

Pro­mue par Fidel Cas­tro et Hugo Chá­vez en décem­bre 2004 à La Havane, l’ALBA sem­blait être une déno­mi­na­tion trop gran­di­lo­quente pour un pro­jet d’inté­gra­tion débu­tant par la con­so­li­da­tion des rela­tions diplo­ma­ti­ques entre deux pays, dans une situa­tion poli­ti­que rela­ti­ve­ment sta­ble en Amé­ri­que latine, à l’excep­tion de la Boli­vie et de l’Équa­teur, pays où les rebel­lions indi­gè­nes et popu­lai­res tenaient en échec les anciens blocs au pou­voir, les­quels ten­tè­rent de se régé­né­rer par le rem­pla­ce­ment des pré­si­dents.

Mais cette ten­dance affir­mée allait don­ner rai­son à la puis­sance du juge­ment et à l’assu­rance de Fidel Cas­tro — qui jusqu’à nos jours n’avait jamais été aussi pré­sent, aussi plein de vie et d’espé­rance — ainsi qu’à cel­les de Chá­vez — que l’His­toire aura investi du rôle d’avant-garde poli­ti­que. L’indien Evo Mora­les rem­porta, quant à lui, les élec­tions de décem­bre 2005 avec un pour­cen­tage de votes jamais enre­gis­tré aupa­ra­vant par la démo­cra­tie boli­vienne (54%). Puis le 6 décem­bre der­nier, il fut réélu avec 64%, dépas­sant ainsi son pro­pre record.

Mais Fidel, Chá­vez et Evo étaient loin d’être les seuls “trois mous­que­tai­res” défiant de leurs sabres la tech­ni­cité avan­cée – poli­ti­que et mili­taire – de l’Empire. Il n’en est rien. Entre 2006 et fin 2009, ils ont été rejoints par Rafael Cor­rea de l’Équa­teur et Daniel Ortega du Nica­ra­gua, qui sui­vent la voie des pro­fon­des révo­lu­tions du XXIe, ainsi que par d’autres pays de la Caraïbe.

Entre décem­bre 2004 et décem­bre 2009, les résul­tats ont sen­si­ble­ment dépassé ceux des pério­des dites du “vieux” et du “neuf” régio­na­lis­mes, au cours des­quel­les, ni les États qui étaient aux com­man­des — dans le pre­mier cas — ni les trans­na­tio­na­les et l’éco­no­mie de mar­ché — dans le second — n’ont apporté aux peu­ples les béné­fi­ces sen­sés leur reve­nir au tra­vers des poli­ti­ques socia­les, et les États n’ont pas atteint un haut niveau d’auto­no­mie — finan­cière et éco­no­mi­que — vis-à-vis des États-Unis. Des mil­lions de per­son­nes ont béné­fi­cié des soins de santé, des mil­liers d’autres ont recou­vré la vue avec l’ “Opé­ra­tion Mira­cle”. L’anal­pha­bé­tisme fut éli­miné au Vene­zuela, en Boli­vie, au Nica­ra­gua et en Équa­teur.

En com­plé­ment de ces poli­ti­ques socia­les, des mil­lions de dol­lars ont été con­sa­crés au sou­tien de petits et même de grands pro­duc­teurs ; l’échange com­mer­cial — bien qu’entravé par des obs­ta­cles bureau­cra­ti­ques — avance pro­gres­si­ve­ment. En 2010, la com­plé­men­ta­rité des éco­no­mies et des voca­tions pro­duc­ti­ves, déve­lop­pées à tra­vers les “en­tre­pri­ses grand-natio­na­les”, se pro­file comme l’une des con­quê­tes majeu­res, ce à quoi il fau­drait ajou­ter le lan­ce­ment du “Su­cre”, une mon­naie vir­tuelle pour les échan­ges com­mer­ciaux.

Cepen­dant, ce n’est pas le nom­bre de mem­bres de l’ALBA qui trou­ble les États-Unis. L’inquié­tude de l’Empire gran­dit car en Amé­ri­que latine l’influence de Cuba, du Vene­zuela, de la Boli­vie, de l’Équa­teur et du Nica­ra­gua, est indis­cu­ta­ble. Sans for­cer l’adhé­sion d’autres pays à ce pro­jet alter­na­tif d’inté­gra­tion et d’unité latino-amé­ri­caine, les gou­ver­ne­ments des pays de l’ALBA ont avancé dans le ren­for­ce­ment des rela­tions Sud-Sud, aussi bien dans la région qu’au-delà de ses fron­tiè­res.

Le chan­ge­ment d’orien­ta­tion du Mer­co­sur — mal­gré le blo­cage de la droite à l’adhé­sion du Vene­zuela —, l’influence crois­sante de l’UNA­SUR ainsi que les rela­tions avec les pays d’Asie et d’Afri­que, sont de bon augure et ont effacé en peu de temps de l’agenda inter­na­tio­nale le modèle d’inté­gra­tion que les États-Unis pro­mou­vaient avec l’ALCA [Zone de Libre Échange des Amé­ri­ques] — pro­jet battu en brè­che à Mar del Plata [Argen­tine] en 2004 — et les Trai­tés de Libre Échange.

Il faut ajou­ter à tout cela trois grands som­mets inter­na­tio­naux au cours des­quels les États-Unis furent con­traints au silence. Pre­miè­re­ment, lors du Ve Som­met des Amé­ri­ques, à Tri­nité-et-Tobago du 17 au 19 avril 2009 — où Barak Obama, mal­gré son sou­rire et ses acco­la­des aux autres pré­si­dents, s’est vu dans l’obli­ga­tion d’accep­ter, de la part de Chá­vez, l’œuvre de Eduardo Galeano, Les vei­nes ouver­tes de l’Amé­ri­que latine, et ce, quel­ques minu­tes après avoir déclaré qu’il ne fal­lait pas res­ter les yeux rivés sur le passé mais regar­der vers l’ave­nir ; il a été obligé de cons­ta­ter au vu de don­nées pré­ci­ses con­tras­tant avec les pré­ju­di­ces cau­sés par les trai­tés de libre échange, com­bien l’ALBA était réel­le­ment béné­fi­que ; il lui a même fallu recon­naî­tre le rôle déci­sif des méde­cins cubains mais sur­tout, enten­dre la demande una­nime de la levée de l’embargo qui frappe Cuba.

La deuxième occa­sion fut celle de l’Assem­blée Géné­rale de l’OEA, au Hon­du­ras — peu de temps avant que Zelaya ne fût déchu par le coup d’État mili­taire — dans laquelle on abo­lit la réso­lu­tion qui excluait Cuba de cet orga­nisme supra­na­tio­nal, qui avait été dési­gné par un minis­tre cubain comme “le Minis­tère des Colo­nies des États-Unis”. Le sou­ve­nir d’une Clin­ton quit­tant rapi­de­ment Tégu­ci­galpa et d’un Tomas Shan­non levant sa main droite et ser­rant les dents de rage pour appuyer la réso­lu­tion, est encore vif.

Or, à l’ins­tar de la cueca — danse typi­que boli­vienne — il n’y a pas de deuxième temps sans un troi­sième. Le 28 octo­bre 2009, à l’assem­blée géné­rale des Nations Unies, les États-Unis ont subi la plus cui­sante défaite face à Cuba. Des 192 pays mem­bres de l’ONU, seul trois d’entre eux — les États-Unis, Israël et Palau — ont voté con­tre [la réin­té­gra­tion de Cuba aux Nations Unies] et deux se sont abs­te­nus, les Îles Mar­shall et Micro­né­sie. Le pré­si­dent de l’Assem­blée Natio­nale du Pou­voir Popu­laire de Cuba, Ricardo Alarcón, affirma qu’en fait le résul­tat du vote avait été de 187 con­tre 1, en rai­son de la rela­tion char­nelle qu’entre­tien­nent les États-Unis avec Israël et à cause de la subor­di­na­tion colo­niale à l’Empire des autres trois petits pays.

Mais comme si cela n’avait pas suffi, le lea­der­ship inter­na­tio­nal de Mora­les et de Chá­vez, cha­cun fort de ses riches et spé­ci­fi­ques par­ti­cu­la­ri­tés, s’est affirmé dans le monde entier. Il n’est pas de pays sur la pla­nète où une réu­nion mul­ti­la­té­rale ou bila­té­rale ne ras­sem­ble des mil­liers de per­son­nes — mou­ve­ments sociaux et intel­lec­tuels — venues écou­ter le Com­man­dant misant sur le socia­lisme du XXIe siè­cle et le lea­der indien sou­hai­tant faire du para­digme du Bien Vivre asso­cié au socia­lisme com­mu­nau­taire, une réa­lité.

Leurs inter­ven­tions à Copen­ha­gue con­fir­ment ce qui a été dit pré­cé­dem­ment. Mora­les et Chá­vez, mal­gré le stra­ta­gème mis en œuvre pour essayer de vider la salle au moment de l’allo­cu­tion de cha­cun de ces deux pré­si­dents latino-amé­ri­cains, ont ému et mobi­lisé par leurs paro­les adres­sées aux hié­rar­ques du monde. Le Boli­vien a lancé le défi con­sis­tant à orga­ni­ser un réfé­ren­dum mon­dial pour déci­der du futur de la pla­nète et le Véné­zué­lien, fidèle au prin­cipe selon lequel un chan­ge­ment de sys­tème per­met­trait de modi­fier la donne cli­ma­ti­que, a lancé un appel aux peu­ples du Nord pour qu’ils se joi­gnent à la révo­lu­tion du Sud en pro­mou­vant la révo­lu­tion de toute l’Huma­nité sur la pla­nète.

La con­tre-offen­sive impé­riale

Mais il serait naïf de croire que la voie de l’éman­ci­pa­tion est enfin libre. Tel est l’avis de Fidel Cas­tro, d’Evo Mora­les et d’Hugo Chá­vez. Le pre­mier, dans sa réflexion numéro 99,  attira l’atten­tion sur le fait que “l’Empire est de nou­veau passé à l’offen­sive”. Le deuxième, à pro­pos des mises en garde de Clin­ton, pré­vint que dans le cas d’une atta­que des Etats-Unis, la région se trans­for­me­rait en un “deuxième Viet­nam”. Le troi­sième affirma que l’Empire “est en train d’essayer de récu­pé­rer son arrière-cour”.

Les don­nées réel­les sont lour­des de sens et les décla­ra­tions ora­les ou écri­tes de ces pré­si­dents latino-amé­ri­cains, aux­quels il faut ajou­ter cel­les d’autres chefs d’état, comme Ortega, Cor­rea, Lula et Fer­nan­dez, sont bien loin de pou­voir être cata­lo­guées comme sen­sa­tion­na­lis­tes.

Au cours de la pre­mière admi­nis­tra­tion de Bush, les États-Unis avaient négo­cié un traité, à pré­sent rati­fié par Obama, qui per­met l’ins­tal­la­tion de sept nou­vel­les bases mili­tai­res états-unien­nes en ter­ri­toire colom­bien, les­quel­les s’ajou­tent aux deux autres déjà exis­tan­tes. Aussi la Mai­son Blan­che a-t-elle obtenu l’accord de Panama pour y ins­tal­ler qua­tre bases mili­tai­res au cours des pre­miers mois de l’année 2010.
À cet élar­gis­se­ment du Plan Colom­bie — dont l’exé­cu­tion menace d’autres pays — il fau­drait ajou­ter l’Ini­tia­tive Mérida ou Plan Mexi­que, négo­cié avec Vicente Fox [l’ancien pré­si­dent du Mexi­que] et rati­fié par Cal­derón [l’actuel pré­si­dent], qui est en train de mili­ta­ri­ser le ter­ri­toire mexi­cain à un rythme plus sou­tenu que prévu.

Le pré­si­dent Chá­vez dépeint cette grave situa­tion en décla­rant, indi­gné : “On est en train d’encer­cler le Vene­zuela avec des bases mili­tai­res à Aruba, à Cura­çao — deux pro­tec­to­rats du Royaume des Pays-Bas, con­trô­lés par le Pen­ta­gone — en Colom­bie et au Panama”.

Mais - ce qui n’est pas non plus une nou­veauté - l’avan­cée mili­taire états-unienne en Amé­ri­que latine vise la reprise du con­trôle total de la région ; des pays comme l’Équa­teur — dont la sou­ve­rai­neté a été vio­lée  [par la Colom­bie] en mars 2008 dans le but d’assas­si­ner Raúl Reyes, le chef insur­gent des FARC [For­ces Armées Révo­lu­tion­nai­res de la Colom­bie], et d’autres gué­rille­ros —, la Boli­vie — où l’on a tenté un coup civico-pré­féc­to­ral en sep­tem­bre de la même année — et le Nica­ra­gua — où il est très pro­ba­ble que débute une cam­pa­gne d’agres­sion depuis le Hon­du­ras comme pen­dant les années 80 —, figu­rent au pre­mier rang sur la liste des enne­mis que les États-Unis ont l’inten­tion d’abat­tre. Les paro­les de Clin­ton — qui en fait lais­sent trans­pa­raî­tre “la poli­ti­que de deux poids deux mesu­res” de l’Empire — en sont la preuve évi­dente. D’ailleurs, Obama y sous­crit. Le Bré­sil, l’un des mem­bres les plus soli­des de la créa­tion du Con­seil de Défense [Sud-amé­ri­cain] de l’UNA­SUR, est éga­le­ment préoc­cupé.

Le coup d’État au Hon­du­ras con­tre le pré­si­dent Zelaya le 28 juin 2009 a cons­ti­tué un point de rup­ture dans la stra­té­gie états-unienne. Le ren­ver­se­ment du pré­si­dent, outre de repré­sen­ter le “châ­ti­ment” infligé à un homme poli­ti­que con­ser­va­teur qui avait osé s’écar­ter du droit che­min, cons­ti­tue un signal d’aver­tis­se­ment à l’encon­tre des pays mem­bres de l’ALBA.

Pour­tant, il serait erroné de cir­cons­crire la con­tre-offen­sive des États-Unis au domaine pure­ment mili­taire. Au niveau poli­ti­que, la stra­té­gie impé­riale s’appuie sur le Mexi­que, la Colom­bie, le Pérou et le Hon­du­ras. Le Chili est à deux pas de les rejoin­dre. Le degré d’adhé­sion de ce pays aux plans de l’Empire dépen­dra uni­que­ment des résul­tats de l’élec­tion du 17 jan­vier 2010, lors du deuxième tour [de l’élec­tion pré­si­den­tielle].

À droite, Sebas­tián Piñera, avec 44% des votes, compte sur les con­di­tions favo­ra­bles pour ache­ver deux décen­nies de gou­ver­ne­ment de la Con­cer­ta­tion, qui a obtenu à peine 30% des votes avec le con­ser­va­teur Eduardo Frei.
À moins que le jeune poli­ti­cien Marco Enri­quez-Omi­nami, qui s’est placé en troi­sième posi­tion avec un éton­nant score de 20%, ne revienne sur sa déci­sion de ne pas sou­te­nir la Con­cer­ta­tion lors du deuxième tour, le triom­phe de la droite pino­che­tiste serait assuré. Mais même si Frei ren­verse cette situa­tion défa­vo­ra­ble, il est peu pro­ba­ble que ce démo­crate-chré­tien con­ti­nue sur la voie d’une plus grande auto­no­mie du Chili vis-à-vis des États-Unis, déve­lop­pée par la pré­si­dente sor­tante Michelle Bache­let.

La stra­té­gie du “siège” états-unien à l’encon­tre des pro­ces­sus révo­lu­tion­nai­res de l’Amé­ri­que latine dépen­dra éga­le­ment de ce qui arri­vera lors des élec­tions [pré­si­den­tiel­les] de 2010 en Argen­tine et au Bré­sil.

En somme, les deux pro­chai­nes années seront cru­cia­les pour déter­mi­ner l’orien­ta­tion géné­rale en Amé­ri­que latine et, sur­tout, le degré de cohé­sion et de résis­tance des pro­ces­sus en Boli­vie, au Vene­zuela, en Équa­teur et au Nica­ra­gua. La lutte entre les hégé­mo­nies latino-amé­ri­ca­niste et impé­ria­liste est désor­mais enga­gée.


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Auteur: Marina Almeida

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