Dernière mise à jour 21/09/2018

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Mme M. et le Gouverneur

Mabesoone_LM_20-12-11.jpgCette journée m’a « rempli la poitrine de bonnes émotions », comme on dit en japonais…
Je me suis rendu à la réunion publique prévue au « centre municipal pour les jeunes enfants » de Nagano, en présence de M. Abe, Gouverneur de la région de Nagano. Franchement, je m’attendais à une grande déception. Eh bien, ce ne fut pas le cas : nous pourrons peut-être tirer quelque chose de ce gouverneur.

Une semaine à l’avance, nous avions été dans l’obligation de remplir des formulaires avec nos questions et ceux qui désiraient être « tirés au sort » pour avoir le droit de poser leur question directement au gouverneur, devaient promettre de participer à une « réunion préparatoire ».

À cause de mon travail, il me fut impossible de participer à ladite « réunion préparatoire » et on m’a fait savoir que je ne pourrai donc pas poser ma question au gouverneur [1] .

Je suis arrivé ce matin à 10h00 trente minutes avant le début de la réunion et j’ai posé carrément la question au secrétaire du gouverneur. Blême, moite, il me répond :

« Ah… M. Mabesoone, votre question, ouiii… mais vous savez, le sujet, c’est « élever nos enfants en sécurité » et il y a beaucoup d’autres sujets importants, en dehors des radiations… vous ne pourrez pas poser votre question, mais une des 15 personnes choisies en parlera peut-être, rapidement… ».

Je me suis dit : « Allez, c’est foutu ! ».

Pendant les quarante premières minutes, des « mères de famille modèle » lisaient, les unes après les autres, des questions préparées ou choisies par « les secrétaires du Gouverneur », sur les vaccinations, sur les allocations, etc, etc : terrorisant d’ennui ! Et puis, j’ai craqué.

Au moment où le gouverneur expliquait qu’il était venu « pour réfléchir à des initiatives nouvelles, dans l’intérêt des parents », j’ai lancé :

« Monsieur le Gouverneur, si vous cherchez « des initiatives », il y en a une : ne pas accepter la norme nationale de 500bq au kilo pour les repas des enfants dans les cantines ! Cela fait 40 minutes que tout le monde ne pense qu’à ça et personne n’ose vous le dire ! »

Tous les parents, je dis bien TOUS les parents ont applaudi avec enthousiasme. Très ému, j’ai expliqué, pour la énième fois, le problème de la contamination interne.

J’avais préparé « au cas où » des photocopies du graphique déjà publié ici reproduit ci-dessous :

Mabesoone_LM_04-12-11-2.jpg

Et j’en donne un exemplaire au gouverneur.

Selon l’ICRP, 10 becquerels de césium ingéré par jour pendant 600 jours suffisent pour que le corps humain contienne 1400 bq de façon constante. Pour un enfant de 14 kg, ceci représente 100 bq au kg de masse corporelle. À la moitié de ce niveau-là, les statistiques de l’après Tchernobyl sont formels : pratiquement tous les enfants développent, au bout de dix ans, des problèmes cardiaques, au moins un souffle au coeur.

Il faut donc que la région paye un moniteur de radioactivé (LB200 ou A1320A) à chaque centre de confection de repas scolaire et que la norme biélorusse de 40 bq/kg soit au moins appliquée. Au minimum car ceci représente sans doute plus que 10 bq par jour pour les enfants, mais c’est un début (?). Mon ton était très ferme. Je voyais les secrétaires paniquer.

Le gouverneur a répondu :

« Oui, mais … vous voyez, même vous, vous ne savez pas quelle norme choisir… ».

Il a quand même ajouté :

« Est-ce que quelqu’un veut ajouter quelque chose, sur la radioactivité ? »

Et une certaine Mme M. nous a sauvé :

« Est-ce que vous avez le droit, vous, d’imposer un seul becquerel de poison à nos enfants ? »

Encore applaudissements… Et puis, quatre ou cinq intervenantes se sont succédées, pour parler de tous ces petits scandales, qui font beaucoup dans nos vies et s’ajoutent les uns aux autres : les écoliers à qui on fait laver la piscine contaminée, ramasser les feuilles et les faire bruler, les mensonges évidents sur les chiffres de radioactivité dans l’air et dans le sol, etc…

Toute la réunion durant, le pauvre gouverneur, plein de bonne volonté apparente, a essayé de suivre - en vain - les termes techniques employés par ces mamans masquées [2] .

À la fin de la réunion, j’ai remis au gouverneur notre recueil de « haïkus contre le nucléaire » APRES FUKUSHIMA, en ajoutant :

« S’il vous plait, ayez le courage de porter à la boutonnière le ruban jaune antinucléaire ! ».

Il m’a sourit, d’un air plutôt sincère.

Puis, Mme M a été désignée pour organiser une nouvelle rencontre, le mois prochain, à la préfecture, uniquement sur le thème des radiations et des enfants.

Après cela, j’emmène ma fille à son cours de danse classique, et qui vois-je ? Mme M. démasquée ! Elle est la maman d’une copine de danse de ma fille, je la rencontre toutes les semaines !

C’était vraiment une journée « qui remplit la poitrine de bonnes émotions » !

Notes :

[1]  J’avais écrit sur mon papier : « La région de Nagano est-elle prête à organiser des mesures de radioactivité dans les cantines scolaires ? ». Je m’attendais à être purement censuré.

[2] Elles avaient toutes un masque en coton, de leur propre aveu, moins pour se protéger des radiations ou des microbes, que pour se protéger des reproches de leurs maris, si elles passaient aux informations régionales… 4 ou 5 chaines étaient présentes


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Laurent Mabesoone

Auteur: Laurent Mabesoone

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Commentaires (3)

Stéphane Lhomme Stéphane Lhomme ·  20 décembre 2011, 17h31

Bravo Laurent !

D'un Renard D'un Renard ·  20 décembre 2011, 20h26

Bien! Bravo! Je reposte!

Mabesoone Mabesoone ·  30 décembre 2011, 16h16

L’action citoyenne n’est pas inutile ! Le gouverneur de Nagano vient d’annoncer qu’il n’accepterait aucun déchet radioactif du nord-est, alors qu’il y était plutôt favorable le mois dernier. Je n’oublierai jamais les applaudissements de toutes mes “amies mamans” lors de la “rencontre citoyenne” du 20 décembre dernier, au moment ou j’ai osé lancer : “Les débris, même à Tchernobyl, l’URSS les a enterrés près de la centrale. Le gouvernement veut seulement diluer la radioactivé pour pouvoir dire plus tard : ‘vous voyez, les maladies infantiles augmentent partout, pas seulement autour de Fukushima ! Ce n’est pas de notre faute’… M. Le gouverneur Abe, il faut tout enterrer sur les terres de la Tepco, à Fukushima ! Ne condamnez pas encore un peu plus les enfants de Nagano !”. Eh bien, ils nous a ecouté ! L’action citoyenne n’est pas inutile. Pour la première fois, ce soir du 30 décembre 2011, j’en ai la certitude !

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