Dernière mise à jour 23/10/2017

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Les otages d'Areva n'ont pas été libérés !

Mercredi 30 octobre 2013, presque tous les médias français ont menti effrontément, affirmant en gros titres que les otages d’Areva avaient été libérés. Or, c’est complètement faux : à ce jour, 65 millions de Français et 17 millions de Nigériens, sans parler d’autres populations ailleurs sur la planète, restent otages de la multinationale de l’atome.

Pire, si l’on écoute encore ce que racontent les médias, les 200 millions d’habitants du Brésil pourraient aussi rejoindre les captifs : c’est en effet Areva qui va construire là-bas le réacteur nucléaire Angra 3. En réalité, il s’agit seulement d’essayer de terminer un chantier commencé… en 1984 !

On imagine sans peine le degré de “modernité” de ce machin conçu dans les années 70 et, du coup, c’est assez malin de la part des Brésiliens de demander à Areva, connu pour sa technologie archaïque, de terminer ce réacteur antique.

Pour mémoire, dans une dépêche publiée le 13 septembre 2008, l’AFP nous apprenait que le Brésil avait décidé “de construire 60 réacteurs nucléaires en 50 ans”, projet criminel et absurde, heureusement totalement abandonné depuis. On verra bien si Angra 3 [NdE : Centrale nucléaire Amiral Alvaro Alberto] est un jour achevé, mais on peut déjà noter un superbe effort de décroissance de la part des Brésiliens : un sur 60, c’est une baisse remarquable de 98% !

Plus inquiétant est le devenir de nos amis britanniques : allié à EDF (un autre preneur d’otages notoire !), Areva entend construire outre-Manche des réacteurs français EPR, un modèle conçu il y a 25 ans, et qui est donc à peu près aussi archaïque que celui d’Angra.

Le plus croustillant est que ce sont les dirigeants britanniques - Tony Blair, Gordon Brown puis David Cameron - qui ont livré leurs concitoyens pieds et poings liés : Londres à accordé à EDF des garanties financières inouïes, en particulier un tarif extrêmement élevé de rachat de l’électricité nucléaire pendant pas moins de 35 ans !

Voilà comment on peut rendre “rentable”, à grands renforts d’argent public, une énergie totalement déficitaire et même ruineuse. Comment expliquer cette aide insensée apportée aux preneurs d’otages ? Selon l’excellent Observatoire du nucléaire (communiqué du 23 octobre 2013), EDF aurait “usé de méthodes relevant de la corruption”, embauchant en particulier des proches de différents dirigeants politiques britanniques.

Heureusement, l’accord scélérat passé entre le lobby nucléaire français et les politiciens du Royaume-Uni devrait être annulé par Bruxelles et sa sacro-sainte “concurrence libre et non faussée” qui, pour une fois, pourrait avoir un effet positif. peu importe pour la presse français qui, en quasi-totalité, a célébré un prétendu “immense succès” de l’atome hexagonal, comme s’il était sûr et certain.

Le silence a par contre été général dans la presse française sur l’échec de la prise d’otage du peuple jordanien par Areva : ce sont des kidnappeur russes qui ont emporté le morceau, sur le papier du moins : en l’absence de financements et… d’eau pour les systèmes de refroidissements (un “détail” !), le réacteur jordanien ne verra probablement jamais le jour.

Cela nous rappelle les projets nucléaires de Tchèquie et de Finlande desquels les kidnappeurs d’Areva ont été évincés [1], mais qui semblent eux aussi patiner : sans surprise, l’atome est trop cher à Prague et Helsinki autant qu’à Amman, Brasilia ou Londres !

Revenons aux quatre salariés d’Areva et des ses filiales au Niger : ils ont été “libérés” pendant 3 ans de leur employeur radioactif mais, ce 30 octobre, ils ont finalement été repris : on n’échappe pas toujours à Areva qui, il est vrai, a payé fort cher pour récupérer ses subordonnés.

Rompant avec l’écœurant unanimisme de mise à chaque libération, rappelons que ces quatre bonhommes sont avant tout des “expats” qui multipliaient leurs salaires par deux ou trois en participant consciencieusement au pillage et à la contamination du Niger par les mines d’uranium d’Areva : il faut bien alimenter les 58 réacteurs nucléaires français, gages d’une curieuse “indépendance énergétique” basée… sur l’importation du combustible !

Malheur à ceux qui osent pointer ce mensonge d’État : c’est ainsi que l’Observatoire du nucléaire comparaîtra en justice à Paris le 20 décembre [2] pour avoir osé critiquer les curieuses méthodes d’Areva, en particulier un curieux versement de 35 millions d’euros ajouté subitement fin 2012 au budget 2013 de l’État du Niger. Cela correspond à peu près à deux euros par Nigérien : ce n’est vraiment pas cher… et très décroissant comparé aux 5 millions versés par Areva pour chacun de ses quatre “héros” !

Notes:

[1] Les Finlandais sont déjà otages d’Areva depuis 2003 après avoir commandé un réacteur EPR qui devait entrer en service en 2009… mais qui n’est toujours pas achevé. On comprend aisément que nos amis nordiques n’aient pas souhaité doubler la mise !

[2] Procès d’Areva contre l’Observatoire du nucléaire le vendredi 20 décembre 2013 à 13h30 au Tribunal de Grande instance de Paris (4 rue du Palais), rassemblement de soutien devant le tribunal à partir de 12h30 animé par la Compagnie Jolie Môme.- Dossier complet + Chronologie


Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Évaluer ce billet

5/5

  • Note : 5
  • Votes : 5
  • Plus haute : 5
  • Plus basse : 5

Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés



À voir également

Fukushima-ruban_jaune-Seegan.jpg

Le grand retour du nucléaire n'a pas eu lieu

Depuis des années, industriels, gouvernements et médias font croire que le nucléaire est sur le point de se relancer. Hélas pour ces mauvais perdants, nos fleurons EDF et Areva sont en pleine déconfiture et leurs campagnes de pub (financées avec notre argent) n’inversent pas la tendance.

Lire la suite

Fukushima-ruban_jaune-Seegan.jpg

10 ans de plus pour les centrales nucléaires, nom d'une pipe !

Les écolos pipeaux que sont Emmanuelle Cosse, JV Placé et Barbara Pompili ne voient pas de problème à entrer dans un gouvernement libéral qui n’a comme projet de société que « croissance compétitivité innovation », qui veut bétonner des aéroports, casser le code du travail, servir le Medef… ou encore prolonger l’agonie des centrales nucléaires. On n’a pas fini de se fendre la pipe. 262

Lire la suite