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Reconstruire le débat

On va dans le mur ! C’est certain, mais on accélère encore. Et sans un regard dans le rétroviseur ou un coup d’≈ìil pour les paysages qui filent de part et d’autre de la rectiligne trajectoire. On risquerait d’y apercevoir les silhouettes des innombrables laissés-pour-compte de cette course sans fin. Sans fin et sans question : il n’est aucune autre tâche à accomplir que de marchandiser la totalité des choses de notre monde pour nourrir la Croissance cannibale. Le Capitalisme ‚Äì il faut bien le nommer ‚Äì a fini par tuer le débat sur son sens profond, par appauvrir de façon angoissante l’esprit critique, par travestir l’humanisme en le couvrant d’oripeaux calamiteux. S’il existe une chance de sauver l’humanité, c’est dans la reconstruction du débat qu’elle réside.

Commencer par retrouver le sens des mots et de la réalité qu’ils expriment, tel est le début du dévoilement de l’imposture. ¬´ Quand le capitalisme, avec son signifiant historique, a cessé d’être acceptable, on l’a rebaptisé (...). L’expression polie est aujourd’hui économie de marché. [Elle] est creuse, fausse, insipide et mièvre. ¬ª (1) Oui, le Capitalisme est toujours là. Et toujours plus puissant. Mais d’une puissance acceptée par l’effet d’une sorcellerie décérébrante (2). Le grand mérite du sorcier est de faire passer pour des évidences ce qui n’a rien d’évident. Proclamer que l’extension du commerce est la solution suprême aux disfonctionnements dramatiques du monde dissimule une vérité. C’est bel et bien cette extension sans vergogne qui est responsable du creusement dramatique des inégalités entre les hommes. Abasourdis par la croyance patiemment inculquée, les hommes sont rares qui s’émeuvent en entendant Pascal Lamy juché sur sa tribune : ¬´ L’OMC doit élargir ses attributions pour englober des questions de société telles que l’environnement, la culture, la santé et la nourriture, qui, à l’instar de la concurrence et de l’investissement, ne peuvent plus être tenues à l’écart du commerce ¬ª (3). Cet homme présidera peut-être demain aux destinées de l’OMC. Nous devons dire qu’il est dangereux. Comme le sont ses nombreux coreligionnaires.

Le Capitalisme ne produit plus rien de bon. Si ses débuts ont permis la Renaissance, les Lumières et leur esprit critique chargé d’humanisme, ses avatars les plus récents conduisent, sous la tyrannie de la Finance globale et des firmes mastodontes, à la ¬´ reféodalisation du monde ¬ª (4) et son long cortège d’inhumanités. Les 500 plus grandes firmes mondiales sont à l’origine de la création de 52% de la richesse planétaire exprimée en part du Produit intérieur brut mondial. Les hommes politiques leur sont soumis. Ceux qui en doutent doivent souffrir d’entendre une fois encore l’ami Pascal : ¬´ Vous voulez que nous allions de l’avant et que nous changions les politiques. Nous sommes décidés à le faire. (‚Ķ) La nouvelle Commission soutiendra les propositions du TABD de la même manière que la précédente. Nous ferons ce que nous avons à faire d’autant plus facilement que, de votre côté, vous nous indiquerez vos priorités. ¬ª (5). La Commission nommée ici est bien sûr la Commission européenne ; le TAB quant à lui est le cénacle regroupant les plus grands patrons nord-américains et européens. Les hommes politiques ‚Äì la preuve est magistrale ‚Äì ne dirigent plus; ils obtempèrent. Les nouvelles féodalités ruinent la multitude pour le plus grand profit des actionnaires. Comment alors ne redeviendrait-on pas sartrien : aimer les hommes, c’est détester ceux qui les oppriment.
La mondialisation est-elle vraiment autre chose que l’extension planétaire de la lutte des classes ? Le confort occidental ‚Äì auquel, du reste, tous les Occidentaux n’ont pas le loisir de goûter ‚Äì nous berce d’illusions sottes face à l’ample réalité du désastre (6). Le Capitalisme contemporain et son hyper vitesse d’exécution vont engloutir, par la destruction du bien commun et de la force publique, toutes les identités, grandes et petites, quand bien même elles tenteraient de se sauver du naufrage annoncé en grimpant désespérément dans d’illusoires chaloupes. Le salut passera par l’appel au secours du débat reconstruit pour tous et non par la tentative d’échappatoires égoïstes réservées à quelques-uns.

Reconstruire le débat, c’est reconstruire l’opposition forte aux oligarchies de l’économie marchande et à leur discours désincarné. Il est mensonger de dire qu’il n’est pas d’autres mondes possibles. Sachons rebâtir l’imaginaire face au cruel manque d’imagination. Que la Droite se satisfasse de l’existant, c’est de bonne guerre. Elle est là dans le rôle qui a toujours été le sien. Que la Gauche agite l’épouvantail du chaos supposé devant les résistants à la barbarie du temps, voilà qui est une piteuse et criminelle capitulation. Elle n’est pas là pour défendre des acquis matériels si mal répartis mais pour aider les hommes à penser. Alors, un double impératif s’impose : délimiter le bien commun des hommes qui doit rester à l’écart de l’appétit des accapareurs ; restaurer la force publique par l’élimination des imposteurs compromis dans le saccage des biens collectifs et l’écrasement exacerbé du travail par le capital. Retrouver Jean Jaurès pour mieux démasquer Pascal Lamy. ¬´ Dans une démocratie, l’État, si bourgeois qu’il soit encore, ne peut pas méconnaître les droits et les intérêts des salariés aussi pleinement et cyniquement que les monopoles privés. ¬ª (7) Réapprendre à dire non, telle doit être la première ambition du citoyen désireux de regagner le terrain perdu en même temps que sa dignité d’homme.

Yann Fiévet

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