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Extension du domaine du mépris

Attac - Non au CPE !
¬´ Ce n’est pas le contrat de travail qui fait l’embauche. ¬ª.

Ensemble contre le CPE ! Tous en manif mardi 28 !


La crise est toujours là, plus vive à chaque année qui passe. Nul besoin d’être fin sociologue pour savoir que le mouvement anti-CPE n’est pas qu’une péripétie de fin de règne qu’il conviendrait de surmonter plus ou moins habilement en attendant le pouvoir nouveau qui demain rasera gratis. Non, ce qui se joue là nous vient de loin et - c’est à craindre - nous collera aux basques longtemps encore. Le moteur de ces éruptions sociales si contradictoirement commentées partout où l’on autorise la parole facile - à défaut de se donner le temps de l’analyse profonde - est le mépris. Le mépris s’emballe et voilà que l’on s’étonne qu’il provoque de nouvelles bouffées, en partie délirantes cette fois.

Comment pourrait-on comprendre autrement qu’en invoquant le mépris patiemment accumulé la réforme honnie de M. de Villepin ? Nous sommes forcément obligés de considérer que le principe du CPE n’a pas été forgée dans n’importe quelle tête ni dans n’importe quel contexte. Pour ce qui est de la tête, il s’agit de celle d’un homme dont la naissance, la vie et la carrière n’ont eu de cesse de le tenir à bonne distance du peuple. Le mépris commence par l’ignorance entretenue du sort difficile de ceux au nom desquels l’homme public agit. Il faut, par exemple, une distance démesurée d’avec les jeunes légitimement inquiets pour leur avenir pour penser qu’ils vont accepter sans broncher l’instauration d’un contrat de travail contenant une période d’essai de deux longues années au cours desquelles le licenciement sans motif aucun est chaque jour possible. Il faut, par surcroît, un mépris solidement enraciné pour s’entêter à ne pas reculer face à la détermination estudiantine fortement soutenue par l’opinion publique. N’ayons pas peur des mots, surtout quand ils sont justes : nous avons à faire ici à une posture de classe, celle d’un bourgeois en surplomb de manants indociles et méprisables à ses yeux, celle du défenseur sans complexes des intérêts des possédants, à commencer par ceux des dignitaires du Medef.

Cependant, la morgue présente de M. de Villepin ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans un contexte qui puisent ses racines un quart de siècle derrière nous et qui tisse sa toile inlassablement depuis. Un contexte fait de renoncements, petits et grands, aux conséquences parfois imprévisibles mais toujours inéluctables. Combien de bombes à retardement a-t-on posé au fil de ces décennies en délaissant les cités gorgées de désespérance, en renonçant à construire les logements dont les populations les moins favorisées manquent cruellement, en ne donnant pas à l’École les moyens d’instruire vraiment les enfants des quartiers populaires, en niant l’humiliante discrimination à l’embauche. Et l’on voudrait que le mouvement anti-CPE ne soit en rien une prolongation des émeutes de l’automne ! Ce mouvement a mis aussi les jeunes des cités dans la rue. Eux aussi font des études en se demandant où elles les mènent. Eux aussi voudraient faire des études qui leur sont interdites. Ce seront eux les premiers candidats à ces contrats de travail de pacotille. Ce seront eux qui viendront grossir demain les flots de la précarité que va entraîner ce somptueux cadeau fait aux patrons. Non, il n’y a pas d’un côté le bon grain des vrais jeunes et d’un autre côté l’ivraie de la racaille. Cette vision binaire sarkozienne des cités en perdition démontre un autre abandon, celui qui consiste à travestir la société que l’on prétend gouverner.

Le champ du mépris est plus vaste encore. La tyrannie du capitalisme financier dévalue à grands pas le travail pour le plus grand bonheur de son héros, le gourmand actionnaire. On a depuis longtemps cessé de comptabiliser les licenciements dits boursiers. Le salarié jetable n’est plus l’exception depuis belle lurette. M. de Villepin fait mieux : il invente le salarié virtuel. Le patron pourra recruter des jeunes en CPE sans craindre de devoir créer un comité d’entreprise ou de voir surgir une section syndicale puisque les CPE ne seront pas pris en compte dans le fatidique seuil des cinquante.

Les jeunes l’ont bien compris et leurs banderoles nous le disent : ¬´le CPE, ce n’est pas mieux que rien, c’est pire que tout¬ª.

Yann Fiévet

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