Dernière mise à jour 17/12/2017

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Nucléaire : deux prix Nobel s'inquiètent

une-tcherno-50pix.jpgPar­fois le mili­tan­tisme trouve ses récom­pen­ses dans d’heu­reu­ses sur­pri­ses. En voilà deux et pas des moin­dre, deux prix Nobel bien con­nus, Geor­ges Char­pak et Pierre-Gil­les de Gen­nes, tous les deux prix Nobel de phy­si­que ce qui est à por­ter au cré­dit des cri­ti­ques qu’ils pro­non­cent. Et quand au plus pres­ti­gieux des prix s’ajoute en prime une bonne dose de sagesse, on ne peut plus bou­der son plai­sir…

Hon­neur au plus ancien : Geor­ges Char­pak, fran­çais d’ori­gine ukrai­nienne (Dobro­vica), publie un livre que le maga­zine L’Éco­lo­giste n¬∞18 (mars-avril-mai) nous pré­sente :

De Tcher­no­byl en Tcher­no­byls - Ed. O. Jacob, 2005

« Geor­ges Char­pak, lan­ceur d’alerte, a été tou­ché par la grâce dans une con­ver­sion tar­dive. S’appuyant sur une décla­ra­tion de Hajima Maeda, pré­si­dent de l’Asso­cia­tion des exploi­tants de cen­tra­les nucléai­res (WANO), publiée dans Nucleo­nics Weeks d’octo­bre 2003 et sur l’acci­dent d’avril 2005 dans l’usine de retrai­te­ment de Sel­la­field en Angle­terre, l’auteur de De Tcher­no­byl en Tcher­no­byls veut mon­trer que l’indus­trie élec­tro­nu­cléaire ne peut pas se déve­lop­per dans les con­di­tions d’insé­cu­rité actuel­les.
« Un mal ter­ri­ble menace de l’inté­rieur les éta­blis­se­ments des opé­ra­teurs nucléai­res « a déclaré le pré­si­dent Hajima Maeda,» une négli­gence dans le main­tien d’une cul­ture de sécu­rité en rai­son de pres­sions con­si­dé­ra­bles exer­cées pour réduire les coûts, comme suite à la déré­gle­men­ta­tion du mar­ché de l’éner­gie ». En avril 2005 à Sel­la­field, 80 m3 d’acide nitri­que con­te­nant 20 ton­nes d’ura­nium et 200 kg de plu­to­nium se sont’ écou­lés d’un tuyau sans être détec­tés pen­dant plu­sieurs mois. L’inci­dent est passe ina­perçu. De façon géné­rale, huit acci­dents gra­ves se sont pro­duits en Europe ces der­niè­res années, aux­quels il faut ajou­ter des fal­si­fi­ca­tions des don­nées sur la sûreté nucléaire au Japon et à Sel­la­field.
Bien qu’ils con­si­dè­rent l’élec­tri­cité nucléaire comme indis­pen­sa­ble pour satis­faire les besoins futurs de pays en voie de déve­lop­pe­ment comme la Chine et l’Inde, les auteurs de l’ouvrage met­tent en garde les déci­deurs sur la néces­sité de mieux maî­tri­ser la sécu­rité des ins­tal­la­tions et sur l’usage pos­si­ble des matiè­res nucléai­res par les pays ou grou­pes ter­ro­ris­tes. Il s’ensuit un manuel de 568 pages extrê­me­ment docu­menté (453 réfé­ren­ces et sites Inter­net) sur l’état actuel de l’indus­trie élec­tro­nu­cléaire et sur les armes qui lui sont asso­ciées. Jean-Pierre Mori­chaud ».


Recher­che : le cri d’alarme d’un prix Nobel

Pierre-Gil­les de Gen­nes lan­çait un cri d’alarme le 12 Jan­vier 2006 dans le jour­nal Les Echos et s’inquié­tait de l’état de la recher­che en France et en pro­fi­tait pour met­tre en cause le choix de se lan­cer dans le pro­jet fort cou­teux d’ITER, le réac­teur dit de 5ème géné­ra­tion.

Extraits :
« Je trouve que l’on con­sa­cre beau­coup trop d’argent à des actions qui n’en valent pas la peine. Exem­ple, la fusion nucléaire. Les gou­ver­ne­ments euro­péens, de même que Bruxel­les, se sont rués sur le réac­teur expé­ri­men­tal Iter [NDLR : il sera implanté dans le sud de la France, à Cada­ra­che] sans avoir mené aucune réflexion sérieuse sur l’impact pos­si­ble de ce gigan­tes­que pro­jet. Quoi­que grand défen­seur des gros­ses machi­nes com­mu­nau­tai­res il y a trente ans, et ancien ingé­nieur du Com­mis­sa­riat à l’éner­gie ato­mi­que (CEA), je n’y crois mal­heu­reu­se­ment plus, même si j’ai connu les débuts enthou­sias­tes de la fusion dans les années 1960.

Pour­quoi ? Un réac­teur de fusion, c’est à la fois Super­phé­nix et La Hague au même endroit. Si, avec Super­phé­nix [NDLR : un pro­to­type de sur­gé­né­ra­teur, dont l’arrêt a été décidé en 1997], on a réussi à gérer un réac­teur à neu­trons rapi­des, ce serait dif­fi­cile à repro­duire sur 100 réac­teurs en France - ce qu’exi­ge­raient les besoins élec­tri­ques natio­naux -, car ces ins­tal­la­tions récla­ment les meilleurs tech­ni­ciens pour obte­nir un résul­tat très raf­finé dans des con­di­tions de sécu­rité opti­ma­les. Et ce serait lit­té­ra­le­ment impos­si­ble dans le tiers monde.

Sans comp­ter qu’il fau­drait recons­truire une usine du type de La Hague autour de cha­que réac­teur pour pou­voir trai­ter sur site les matiè­res fis­si­bles extrê­me­ment chau­des, qu’on n’a pas le droit de trans­por­ter par voie rou­tière ou fer­ro­viaire. Vous vous ren­dez compte de l’ampleur d’un tel pro­jet !

Avez-vous d’autres réti­cen­ces vis-à-vis du réac­teur expé­ri­men­tal Iter ?

Oui. L’une repose sur le fait qu’avant de cons­truire un réac­teur chi­mi­que de 5 ton­nes, on doit avoir entiè­re­ment com­pris le fonc­tion­ne­ment d’un réac­teur de 500 litres et avoir éva­lué tous les ris­ques qu’il recèle. Or ce n’est abso­lu­ment pas comme cela que l’on pro­cède avec le réac­teur expé­ri­men­tal Iter. Pour­tant, on n’est pas capa­ble d’expli­quer tota­le­ment l’ins­ta­bi­lité des plas­mas ni les fui­tes ther­mi­ques des sys­tè­mes actuels. On se lance donc dans quel­que chose qui, du point de vue d’un ingé­nieur en génie chi­mi­que, est une héré­sie. Et puis, j’aurais une der­nière objec­tion. Con­nais­sant assez bien les métaux supra­con­duc­teurs, je sais qu’ils sont extra­or­di­nai­re­ment fra­gi­les. Alors, croire que des bobi­na­ges supra­con­duc­teurs ser­vant à con­fi­ner le plasma, sou­mis à des flux de neu­trons rapi­des com­pa­ra­bles à une bombe H, auront la capa­cité de résis­ter pen­dant toute la durée de vie d’un tel réac­teur (dix à vingt ans), me paraît fou. Le pro­jet Iter a été sou­tenu par Bruxel­les pour des rai­sons d’image poli­ti­que, et je trouve que c’est une faute. ».

Et de deux !

Voir aussi notre dos­sier > Nucléaire : con­tre la bana­li­sa­tion de l’insou­te­na­ble

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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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