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Et l'Homme créa le nanomonde

Le monde va mal. De ter­ri­bles périls le mena­cent : crise éner­gé­ti­que glo­bale, réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que, épui­se­ment dra­ma­ti­que de la res­source en eau, déve­lop­pe­ment de mala­dies d’ori­gine envi­ron­ne­men­tale, mena­ces ter­ro­ris­tes épar­ses et insai­sis­sa­bles, etc. Pour­tant, cette lita­nie catas­tro­phi­que ne devien­dra jamais apo­ca­lypse. Les nano­tech­no­lo­gies sau­ve­ront - à en croire les adep­tes de la techno-science - l’huma­nité, effa­ce­ront tous ses maux. La France est désor­mais, avec son Mina­tec inau­guré à Gre­no­ble, dans la course vers cette science totale au ser­vice d’un monde nou­veau.

L’uni­vers de l’infi­ni­ment petit ‚Äì 100 000 fois moins épais qu’un che­veu - façonné à volonté par l’homme, atome après atome, est déjà là. Nous l’igno­rons car il nous est invi­si­ble. Ses pers­pec­ti­ves de trans­for­ma­tion du monde et de ses socié­tés sont incom­men­su­ra­bles. A l’échelle du nano ‚Äì un mil­liar­dième de mètre ‚Äì l’homme est gagné par le ver­tige. Les bio­tech­no­lo­gies lui per­met­taient déjà la mani­pu­la­tion des gènes du vivant. Désor­mais, il s’auto­rise la mani­pu­la­tion des ato­mes de la matière. En com­bi­nant les nano­tech­no­lo­gies, les bio­tech­no­lo­gies et les tech­no­lo­gies de l’infor­ma­tion tout devient pos­si­ble. L’ini­ma­gi­na­ble s’estompe et dis­pa­raî­tra un jour.

Aucun domaine de la vie des hom­mes ne paraît devoir échap­per à cet impé­ria­lisme tech­nos­cien­ti­fi­que. Trans­ports, éner­gies, santé, habille­ment, ali­men­ta­tion, mais aussi sur­veillance, sécu­rité et guerre seront insi­dieu­se­ment inves­tis par les nano­par­ti­cu­les, les nano­tu­bes, les nano­ro­bots ou les nano­la­bo­ra­toi­res. Tis­sus auto­net­toyants, pein­ture chan­geant de cou­leur par sim­ple clic, auto­mo­bile pesant moins de dix kilos, mais aussi puces sous-cuta­nées per­met­tant de sui­vre les dépla­ce­ments de l’indi­vidu par satel­lite, bom­bes intel­li­gen­tes et indé­tec­ta­bles se côtoie­ront pour le meilleur et pour le pire comme le sort de toute tech­ni­que nous l’a tou­jours ensei­gné. Des cher­cheurs amé­ri­cains pré­di­sent qu’il sera pos­si­ble demain de choi­sir le cli­mat en fonc­tion des besoins des hom­mes. Le cou­rant trans­hu­ma­niste rêve, quant à lui, de sub­sti­tuer à l’évo­lu­tion dar­wi­nienne la per­fec­tion tech­ni­cienne per­met­tant enfin l’avè­ne­ment de l’homme sans défaut.

En arrière-fond de ces mul­ti­ples décli­nai­sons nano­tech­no­lo­gi­ques se cache la fas­ci­na­tion pour l’idée d’une domi­na­tion enfin totale de l’homme sur la nature, le moyen défi­ni­tif de s’abs­traire de toute con­trainte. Ce déli­rant espoir impose que des phi­lo­so­phes, des anthro­po­lo­gues, des socio­lo­gues et des poli­to­lo­gues cou­vrent la voix et recou­vrent les écrits des doc­teurs Fola­mour des temps nou­veaux. Ils doi­vent au plus vite dénon­cer l’embal­le­ment tech­nos­cien­tiste et l’aveu­gle­ment cou­pa­ble du pou­voir poli­ti­que si prompt à renon­cer à sa res­pon­sa­bi­lité face au pou­voir scien­ti­fi­que désor­mais dominé par la logi­que de l’éco­no­mie finan­cière.

Il est plus que pro­ba­ble que le nano­monde, s’il advient un jour, sera plus immonde que le monde actuel. Cer­tains domai­nes des nano­tech­no­lo­gies sont loin d’être neu­tres. Ils néces­si­te­ront de tels niveaux de spé­cia­li­sa­tion et de ris­que, con­cen­tre­ront une telle accu­mu­la­tions de pou­voirs et de riches­ses qu’ils jus­ti­fie­ront en con­tre­par­tie un modèle de société cen­tra­lisé, auto­ri­taire et mili­ta­risé pour en assu­rer la pleine maî­trise. Ainsi, on déve­lop­pera d’abord les appli­ca­tions nano­tech­no­lo­gi­ques liées étroi­te­ment à la sur­veillance et à la sécu­rité. Une fois éprou­vées ces appli­ca­tions seront faci­le­ment trans­po­sa­bles à la vie entière des socié­tés. Nous avons bel et bien affaire ici à un gigan­tes­que pro­gramme de domi­na­tion du monde qui ne pourra que ren­for­cer les désé­qui­li­bres d’aujourd’hui. Ce pro­gramme aux mul­ti­ples facet­tes ne peut être financé que par les fir­mes mul­ti­na­tio­na­les occi­den­ta­les et les États du Nord qui s’offrent là de quoi élar­gir davan­tage encore le fossé les sépa­rant de ¬´l’autre mon­de¬ª.

Le citoyen est magis­tra­le­ment tenu à l’écart des déci­sions en matière de mise en ≈ìu­vre des nano­tech­no­lo­gies. C’est lui pour­tant qui subira leurs effets néfas­tes quand ils sur­vien­dront sur sa santé comme sur son envi­ron­ne­ment social et natu­rel. Les nano­tech­no­lo­gies pour­raient bien tuer défi­ni­ti­ve­ment la démo­cra­tie. Est-il encore temps d’écrire, par anti­ci­pa­tion, la nécro­lo­gie du nano­monde ?


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Yann Fiévet

Author: Yann Fiévet

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