Dernière mise à jour 13/11/2018

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Quelles alternatives au néo-libéralisme ?

Par Geneviève Azam, Conseil Scientifique d’Attac
La globalisation néo-libérale a trouvé sa justification dans le principe simple : il n’y a pas d’alternative (TINA). Après des années de recherches et publications restées relativement confidentielles, des années de construction de réseaux, fondations et autres think tank, après les premières applications concrètes dans le Chili de Pinochet, c’est l’effondrement des pays du bloc dit ¬´ socialiste ¬ª qui a permis l’affirmation au grand jour de ce principe et la tentative de sa généralisation.

Ce principe du ¬´ TINA ¬ª est double. D’abord, il n’y a pas d’alternative à la puissance régulatrice du marché, au règne absolu de la propriété privée, et tout projet collectif qui le contesterait porte en germe des visées totalitaires. Bien sûr le marché est imparfait et la science économique contemporaine a développé des sophistications impressionnantes de ses modèles d’équilibre initiaux pour permettre la levée de ces imperfections. Une fois ceci admis, devant les pannes et les accidents du système, il n’y a pas d’alternative à la fuite en avant technologique : la technique assure les réparations de la mécanique marchande et du système technique, elle met en ≈ìuvre des procédés devant permettre la poursuite de la croissance illimitée au nom des ¬´ besoins ¬ª de la population mondiale. Les limites de la planète, tout comme les limites sociales sont alors de simples ¬´ obstacles ¬ª que la technique finira bien par vaincre : Monsanto lutte contre la faim dans le monde avec les OGM, les techniques financières permettent d’éviter le krach boursier, l’énergie nucléaire est une solution au dérèglement climatique, le marché du carbone régulera les émissions des gaz à effet de serre et la gestion des ¬´ ressources humaines ¬ª fera office de réforme sociale. Et pourquoi pas une éolienne géante qui climatiserait la planète ?

Ainsi le dérèglement climatique ne laisse pas démunis les partisans du TINA. La pollution est à la mode comme l’écrivait déjà Guy Debord en 1972 dans La Planète malade, elle est mise en spectacle pendant que les menaces réelles s’accumulent et que se construisent un marché des droits à polluer, un marché des risques climatiques et des possibilités inédites d’investissement dans des technologies ¬´ propres ¬ª. Appuyé sur les deux béquilles, technique et marché, ¬´ l’effet de serre peut être une chance pour le capitalisme ¬ª.

La force de ce principe et les difficultés pour s’en défaire, est de contenir une part de vérité : il n’y a pas d’alternative sans discussion simultanée des deux piliers, technique et marché. La remise en cause de la régulation marchande est relativement aisée : éclairés par les échecs passés, une pensée théorique critique et des expériences sociales portées par les mouvements sociaux permettent d’en dessiner les contours. En revanche, la remise en cause du technicisme et du productivisme, formulée depuis plusieurs décennies par des courants de l’écologie politique, pose des questions nouvelles, souvent étrangères à la pensée sociale traditionnelle. Or, la recherche d’alternatives ne peut plus, au nom de la critique de la régulation marchande, se centrer exclusivement sur les modalités d’appropriation des moyens de production et de répartition des richesses. Souvenons-nous que Marx dans les Manuscrits de 1844 insistait sur l’importance qu’il faut attribuer aussi bien à un nouveau mode de production qu’à un nouvel ¬´ objet de production ¬ª. Ce nouvel objet de production suppose de formuler la question politique : que produire, pourquoi le produire et comment le produire ? Dans ses ≈ìuvres postérieures, cette double exigence est éclipsée et l’analyse est centrée sur la propriété et la croyance au caractère finalement progressiste du développement des forces productives. Les pays du socialisme ¬´ réellement existant ¬ª, qui ont caricaturé cet oubli et fait de la technique un outil absolument neutre au service du peuple, ont également de cette manière ôté au peuple tout choix politique et précipité leur échec. Trotski lui-même n’a-t-il pas écrit que le taylorisme, comme technique d’organisation du travail, était mauvais dans son usage capitaliste et bon dans son usage socialiste ?

Paradoxalement, la conscience d’un monde fini peut réouvrir le débat là où la démesure l’avait clôturé. À condition de ne pas oublier que Marché et fuite en avant techniciste sont indissociables et s’auto-entretiennent. L’oubli d’un des deux termes ou sa minoration enfermerait les alternatives dans l’utopie d’un capitalisme ¬´ propre ¬ª ou bien dans l’illusion d’un socialisme, finalement oublieux des finalités de la vie humaine et ignorant notre responsabilité face à une époque qui dispose de tous les moyens techniques d’altérer de manière irréversible les conditions de vie humaine et sociale sur Terre, et qui dès maintenant condamne les quatre cinquième de l’Humanité à une misère grandissante.


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