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Bové : le retour du futur ?

Dans de nombreux collectifs qui se sont réunis ces jours-ci, on a pu observer les mêmes attitudes d’ajustement des comportements : toujours plus de fermeture pour les uns, un désir de réjouissance renouvelé pour d’autres et un peu plus d’indécision pour les déchirés.

Les communistes inconditionnels de Marie-George ont en grande partie disparu des Collectifs. Pour ceux qui restaient, une partie minoritaire étaient là pour tenter de faire bonne figure mais avaient surtout pour mission de tirer les collectifs dans leur sens ou, à défaut, de les neutraliser. L’autre part avaient bien compris le désarroi des non communistes et exprimaient plus ou moins fortement une volonté unitaire, sous l’oeil attentif des premiers.

Il est assez incroyable de voir comment les plus endurcis refusaient d’endosser la responsabilité du hold-up mis au point par l’appareil qui, pour beaucoup, les avait manipulé. Tout était bon pour se disculper jusqu’à laisser entendre que ¬´ les autres ¬ª sont totalement désorganisés donc incapables de mener une lutte. Une sorte de complexe de supériorité.

A leur décharge, il y a l’engagement pris par Marie-George - que l’on veut bien comprendre - de ne pas être celle qui fermera ce qui devient chaque jour un peu plus une boutique de dupes mâtinés de nostalgie, celle de 17 l’emportant sur celle de 36. Les voilà aujourd’hui face au résultat inéluctable de ce que l’on peut appeler une prédiction auto-créatrice : l’anti-communisme. A force de le crier à hue et à dia pour mieux préparer le coup de force d’abord et pour mieux le justifier ensuite, le Parti aura réussi à obtenir ce qu’il décriait le plus alors que cette accusation n’avait pas lieu d’être.

On observe donc maintenant qu’une machine à fabriquer de la justification de l’acte honteux, bien maladroite, s’est mise en route cloisonnant chaque jour un peu plus les reclus sur leur territoire. Encore cette manie de construire des murs qu’on croyait caduque depuis 89 !

Il y a, maintenant que la candidature de José Bové devient chaque jour un peu plus crédible et probable, un besoin de tout faire pour freiner la catastrophe par beaucoup de longue date annoncée. Mais au lieu de revenir sur l’erreur commise qui tout de même confine à la faute politique, on prend le risque de l’irréversible par des attaques tantôt datées tantôt déplacées voire scabreuses :

   * il était prêt à se désengager des Collectifs pour soutenir Fabius
   * il part, il revient, il est incertain, on ne sait ce qu'il veut, il n'est pas fiable
   * vous ne souhaitiez pas de personnalisation, vous ne vouliez pas de candidat providentiel, avec lui vous vous reniez, vous êtes servis
   * c'est le candidat de la division.

N’en jetez plus, la coupe est pleine !

Voyons un peu maintenant ce qui se passe au fond. La machine à diviser était en place depuis longtemps, le premier acte affiché à renfort médiatique qui en a consommé (de la division) a été la candidature LCR. Dès lors, tout a été fait pour qu’Olivier revienne : des pieds et des mains lui coûtant même l’apparition d’une LCR minoritaire rebaptisée fort justement unitaire. Le tout est resté sans effet. Le PCF trouvait ainsi devant lui un boulevard pour en faire autant. C’était tellement tentant qu’il n’a pas pu y résister. En fait, c’était comme la réponse de la bergère au berger à moins que le berger ait anticipé la fourberie qu’on sait, allez savoir. Mais on se demande bien pourquoi la dynamique du rassemblement, toujours possible si elle parvient à s’émanciper des appareils, devrait en faire les frais.

Si du coté du Colonel Fabien on avait vraiment voulu faire preuve d’ouverture, sa dernière consultation interne aurait été moins précipitée et surtout plus digne, plus honnête et on serait sans doute reparti sur des bases différentes, plus ouvertes en tout cas. Au lieu de cela, on décidait de commencer à s’enferrer dans sa prédiction : nous ne serons pas ceux qui auront fermé la boutique, ça ferait trop plaisir à tous ces anti-communistes ! Le PCF où comment réussir à perdre... dans toute sa splendeur.

Qui leur demandait de mettre la clef sous la porte, de baisser le rideau de fer et de s’enfermer dehors ? Personne. Idem pour faire le contraire en s’enfermant dedans. C’est finalement le choix qui a été fait, le plus mauvais des deux. Deux grandes confusions sont à l’origine de cette stratégie. La première obère l’humanisme présent dans le communisme pour ne faire valoir que le stalinisme que la vulgate née de la guerre froide nous a laissée. Évidemment que nous sommes contre les pratiques staliniennes fondées sur les rapports de force qui font les coups de force, non nous ne voulons pas la perte de la bravoure des militants communistes même organisée en un parti si c’est comme ça qu’ils souhaitent se retrouver pour mener les luttes. Cette confusion qui l’a faite en accusant les autres d’anti-communisme ?

L’autre confusion inclus dans le même propos seriné à l’envie transformant l’argument en rengaine a consisté en l’amalgame d’une part de l’inévitable et indispensable recomposition politique anti-néolibérale qui pour le moins déplace et redéfinit la frontière droite/gauche, et d’autre part ce qui serait l’exigence d’une fusion du PCF dans un nouveau parti qu’on voudrait situer à la gauche de la gauche ou coeur de la gauche. Bon, admettons que l’oeil de l’autre soit tellement mauvais mais n’est ce pas finalement ce qui risque de se produire malgré tout et plus sûrement maintenant que jamais ? Plus raisonnablement, la dynamique de rassemblement ne serait-elle pas plus assurée et moins coûteuse en énergie et en fraternité si on se mettait à examiner des propositions dont l’objectif serait de réorganiser les forces tout en respectant les formations politiques existantes sans interdire le renouveau, un impératif qui vise simplement à tenir compte des réalités contemporaines, ici et maintenant.

Alors ! José Bové est-il vraiment l’homme instable qu’on nous décrit ? Pas dans les luttes en tout cas. Qui dirait le contraire ? Pas dans les prétoires non plus. Pas plus dans les peines de prison qu’il assume ! Ne serait-il pas plutôt une figure d’une certaine audace et de la constance. Pourquoi changerait-il à ce point maintenant ? On lui ferait tout de même un reproche, celui de coûter cher aux contribuables en frais de transport par hélicoptère.

Est il providentiel ? Non. Mais il est suffisamment crédible pour mener efficacement une campagne présidentielle qui ne pourrait pas exister si nous avions déjà mis sur pieds la 6ème République dans le cadre de laquelle, il n’y a pas de place pour des élections qui marchandisent la politique et l’homme qui en porte le message comme le système dominant marchandise le monde. Les petits mots, les toutes petites phrases et maintenant les néologismes font pisser l’encre par les uns et les choux gras pour les autres. Tout cela advient quand il n’y a rien à dire, vraiment rien. José Bové est un homme et un militant, qui a épousé son temps en apprenant à se servir des médias, à qui on ne peut contester qu’il a un propos à tenir et qui peut nous aider à opérer la transition vers une nouvelle période à construire ensemble. Mais pourquoi lui en ferait-on grief quand Olivier et Marie-George en ont fait tout autant pour notre bien à tous au printemps 2005. Celui-ci serait devenu providentiel alors qu’il n’est pas plus ni moins médiatisé et médiatique que ceux-là ? Mais pourquoi donc ? N’ont-ils pas cru qu’ils pourraient l’être eux aussi, providentiels, en lançant bien avant l’Appel du 6 (celui de janvier 2007) leur propre candidature au dépend de l’unité ? Le dernier dans cette histoire serait donc, pour mon camarade, devenu le premier et c’est ce qui caractériserait l’homme providentiel ? Non, décidément, je ne vois pas.

Plus sérieusement, on se plaît plutôt à confondre providentiel et propice ou même salutaire. Après le 10 décembre, pouvions-nous échapper autrement au carcan des règles démocratiques et de l’équilibre médiatico-politique en vigueur ? A l’évidence, non. C’est la LCR puis le PCF qui nous en ont fait la démonstration la plus éclatante. Olivier, Marie-George ne sont-ils pas des personnes, des personnalités et aussi des personnages du monde politique trempant dès que possible dans le bain médiatique ? Pourquoi maintenant nous priverions-nous de la seule candidature qui devrait ensuite nous permettre de rebondir parce qu’elle nous donne l’occasion d’exister politiquement à notre manière mais à l’égal des autres et pourquoi pas pour la gagne comme on l’a maintes fois dit. La différence n’est elle pas dans le fait que derrière ce candidat encore présumé et probablement emprisonné, il n’y a justement pas d’appareil qui cherche à tirer les ficelles.

Cette candidature ne sera sans doute considérée comme parfaite par personne mais elle est assez proche des aspirations les plus partagées, suffisamment en phase avec la situation pour que non seulement nous ne la boudions pas mais pour qu’on trouve avantage à la porter. A nous maintenant de contribuer à la construire, pour la façonner à notre image, dans un rapport de confiance avec le seul candidat qui rend cette nouvelle bataille enfin possible et crédible car ce que nous commençons de plus en plus à ressentir, alors que le nombre des signatures est depuis plusieurs heures déjà à cinq chiffres transformant cette pétition en véritable parrainage citoyen et populaire, ce n’est évidemment pas la fascination pour l’homme providentiel qui serait en train d’apparaître mais ce serait ce parfum, cette saveur de victoire à laquelle nous avons goûté le 29 mai 2005, que nous ne devons qu’à nous même et ce fort goût de reviens-y qu’elle a laissé !

C’est évidemment une dynamique prometteuse qui s’offre à nous dans laquelle il y a finalement peu de place à la personnalisation. Elle est exigeante, profonde, veut créer, surprendre ici, répondre aux attentes là. De ce point de vue, elle réussit déjà. Elle ne cherche pas à s’en remettre à ce qui serait l’omniscience et l’omnipotente de l’un d’entre nous, bien au contraire. Le candidat lui même ne l’accepterait pas.

Elle est bien plutôt une invitation à l’organisation d’une fête citoyenne et populaire qui doit avoir lieu au printemps prochain. Une fête pour chaque militante et militant, électrice et électeur qui partage cette aspiration du rassemblement et que pour rien au monde nous ne souhaiterions manquer. Elle est une fête ouverte à toutes et à tous. Cette dynamique festive devrait profiter d’une forte appétence unitaire déjà présente dans toutes les composantes du mouvement jusque dans les familles. Elle n’aspire qu’à gagner son autonomie et ne demande qu’à s’amplifier. Elle n’est pas une vengeance anti-communiste ou même une basse revanche anti-néolibérale. Elle est bien autre chose. Elle est une quête puissante et constructive pour une justice globale, pour transmettre une planète où il fait bon vivre, pour donner un avenir enviable à nos enfants.

Du haut de ma petite taille j’ai commencé à nous voir à nouveau rassemblés.


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Éric Jousse

Author: Éric Jousse

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