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Les tartuffes de l'écologie par Sophie Divry

[Sophie Divry est journaliste au mensuel La Décroissance]

Qu’est ce qu’un éco-tartuffe ?

C’est quelqu’un qui fait le contraire de ce qu’il dit. Il est un hyper-riche qui après avoir participé, par exemple, au Paris-Dakar pendant dix ans (Yann Artus-Bertrand, Albert de Monaco) s’emploie désormais à faire la morale au bon peuple et à lui donner des leçons d’écologie.

Par exemple, Florent Pagny évadé fiscal comme Charles Aznavour. Ils polluent davantage en une année que 10 RMIstes durant toutes leurs vies. Ils passent leur temps en avion, possèdent plusieurs maisons, de nombreux véhicules. Mais Charles Aznavour, Florent Pagny, le chanteur Antoine, Yannick Noah et beaucoup d’autres, se targuent d’écologie.

Récemment j’ai remarqué que le slogans des sportifs de l’UCPA était : ¬´la planète est votre terrain de jeu¬ª. Cette formule pourrait très bien être celle des éco-tartuffes car tout allait très bien pour eux jusqu’à la crise écologique. Ces hyper-riches s’alarment aujourd’hui de voir que leur terrain de jeux s’abîme. Ils nous font désormais la leçon en nous demandant de bien vouloir fermer le robinet quand nous nous lavons les dents. Car si les éco-tartuffes veulent que l’on sauve la planète, ils veulent avant tout sauver leurs privilèges et le système qui les a fait riches parmi les riches.

Bref un éco-tartuffe évite de parler de ce qui fâche vraiment, la politique par exemple, et en reste à des solutions de surface comme celles du développement durable.

(...)

Mais tous ces gens-là, tous ces petits éco-tartuffes, ce ne sont pas des artisans, ce ne sont pas des petits commerçants, ce ne sont pas des ouvriers, ce ne sont pas des des smicards, ce ne sont même pas des paysans.

Dans le comité de soutien du fameux Pacte écologique de Nicolas Hulot à coté de Pascal Obispo et Luc Besson le créateur de la série ¬´Taxi¬ª, on trouve aussi :

  • Thomas Chaudron, président national du Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprises
  • Henri Lachmann, Président du Conseil de Surveillance de Schneider Electric
  • Nicolas Mérindol, directeur général de la Caisse Nationale des Caisses d’Epargne
  • Geoffroy Roux de Bézieux, président de CroissancePlus... un lobby
  • François Pinault, président du groupe Pinault-Printemps-Redoute... et amateur d’art en Italie

Les éco-tartuffes travaillent avec ceux qui polluent le plus sur la terre. Sur le site de la Fondation Nicolas Hulot apparaissent ses partenaires fondateurs :

  • TF1... ceux qui préparent les cerveaux à acheter du Coca Cola
  • L’Oréal... deuxième fortune de France
  • Les hôtels IBIs... où les droits des travailleurs sont largement écrasés
  • EDF... qui vie de l’électricité nucléaire notamment

D’autres entreprises vont s’associer à la Fondation Nicolas Hulot et faire un don :

  • Autouroutes du Sud de la France
  • Bouygues Telecom
  • Valeur Plast... c’est le plastique qui fait exploser nos poubelles
  • Apple
  • Decathlon
  • Les ciments Lafarge
  • Tetrapak
  • et plusieurs entreprises du BTP.

Toute l’industrie ancienne et nouvelle se retrouve chez Hulot parce qu’elle sait qu’elle n’y risque rien. Ces entreprises en ressortent avec une image d’écologie et une pastille verte qu’elles pourront mettre dans leur prochain rapport pour l’assemblée générale des actionnaires.

En 1972, Edouard Pestel membre du Club de Rome disait : ¬´L’arrêt de la croissance économique est la condition nécessaire et préalable pour toute protection efficace de l’environnement¬ª.

Les éco-tartuffes sont contre la décroissance et reprennent le discours du développement durable. Ils font du ¬´green watching¬ª, terme anglais que l’on pourrait traduire par ¬´blanchiment vert¬ª ou ¬´grande lessive verte¬ª. C’est à dire une opération pour repeindre en vert le capitalisme de papa à grands coups d’opération de communication dont le Grenelles de l’environnement est symptomatique.

Car l’économie de croissance se fonde sur le pillage de la nature. Néanmoins ce capitalisme va prendre en compte certaines critiques superficielles de l’écologie en terme de rejet de co2 ou dépense d’électricité par exemple. Dans ¬´Le Guépard¬ª de Visconti, le Prince Saina s a cette phrase célèbre. Il dit : ¬´Il faut bien que quelque chose change pour que tout reste comme avant¬ª. Le développement durable c’est ça. Tout changer pour que rien ne change. C’est polluer moins pour polluer plus longtemps selon la formule de Paul Ariès.

Les éco-tartuffes, même s’ils s’en défendent font de la comestique. Ils pensent proposer des mesures importantes mais elles ne remettent pas en causes les intérêts des plus grands pollueurs de la planète avec qui ils sont partenaires.

Car pourquoi les PDG vont chez Hulot ? Que nous disent-ils ? Dans le mensuel ¬´Enjeux - Les Echos¬ª de décembre 2004, le PDG de l’entreprise Renault, Louis Schweitzer, le dit : ¬´Le développement durable n’est ni une utopie ni même une constestation mais la condition de survie de l’économie de march鬪.

Plus récemment dans une tribune publiée dans Le Figaro le 27 août 2007 intitulée ¬´Entrepreneurs, profitons du développement durable¬ª le président de la chambre de commerce et de l’industrie de Paris, le directeur général du groupe HEC et le directeur du mastère HEC développement durable écrivent : ¬´le développement durable est désormais une impérieuse nécessité pour notre collectivité, comme pour le reste de la planète. Mais c’est aussi une occasion, inespérée il y a quelques années, de retrouver des sources de compétitivité pour nos entreprises et des opportunités de créations d’emploi¬ª.

Cette logique permet de développer des stratégies estampillées ¬´écologique¬ª à moindre frais. Le DPG de la multinationale General Electric, Jeffrey Immelt, s’est vu couronné récemment ¬´Meilleur patron américain¬ª. Il veut marier capitalisme et écologie. Le Journal du dimanche l’a rencontré le 29 juillet 2007 : ¬´A peine descendu de son jet privé, câlé à l’arrière d’une limousine qui l’amène fin juin au Sommet des technologies vertes, le patron de General Electric déroule son crédo : Green is green. Vert est vert pour signifier que jouer l’environnement c’est aussi jouer le billet vert, le dollar. Le PDG Jeffrey Immelt continue : ¬´Je veux qu’il soit bien clair que tout ça est enraciné dans le business. Je ne veux pas que les gens se trompent. Je ne suis pas un croisé et je ne fais pas cela comme un passe-temp. Je fais parce que j’estime c’est compatible avec ce qu’un bon PDG doit faire pur diriger une entreprise comme General Electric, à savoir créer de la croissance¬ª. Pour ces entreprises l’écologie est un business. Ils sont accueillis à bras ouverts chez les éco-tartuffes inoffensifs qui ne parlent ni de partage ni de sobriété.

Mais un éco-tartuffe - la touche finale - se reconnaît à son discours anti-politique. A ce titre, le discours de Nicolas Hulot lors de l’annonce le 22 janvier 2007, annonce très attendue de sa non candidature pour l’élection présidentielle (pdf), est très intéressant :
¬´Le Pacte écologique, c’est un désir de réconciliation, un devoir de nous humaniser, d’absoudre le passé pour nous concentrer sur l’avenir.(...)

Le Pacte écologique, c’est une volonté de cesser de réduire la politique à quelque chose de mesquin et de vulgaire. Cette logique de partis qui s’affrontent plutôt que de se compléter et qui cherchent à s’exclure.

Le Pacte écologique, c’est l’affirmation de cette lassitude envers un monde politique trop prompt à l’affrontement où la consigne préempte souvent la conscience. Ce monde où l’on s’obstine à exalter nos bas instincts, à dénoncer nos faiblesses, nos incohérences, pour mieux nous diviser, plutôt qu’à faire jaillir et valoriser ce que nous avons de beau et d’utile en nous et de nous rassembler sur ces énergies positives.¬ª Amen !

Que dit ce texte ? Vous voulez faire de la politique ? C’est donner libre cours à de bas instincts, c’est renoncer à vos énergies positives. Bref, nous dit le grand prêtre Hulot, la politique c’est sale. Rien de très original. Rien de très dangereux non plus pour le détenteur du pouvoir en place.

Nous sommes ici pour dire qu’il est impossible de faire avancer la cause écologique sans affrontement avec les publicitaires, les industriels, les fabricants de pesticides et même les automobilistes. Non nous ne voulons pas absoudre le passé d’Areva, Lafarge ou JC Decaud. Certains ont une responsabilité plus grande que d’autres dans la destruction de la nature.

(...)

Karl Marx disait : ¬´La science sociale ne désigne les personnes que pour autant qu’elles sont la personnification de positions ou de dispositions génériques¬ª. Pierre Bourdieu le disait autrement : ¬´Dans un univers où les positions sociales s’identifient à des noms, la critique scientifique doit parfois prendre la forme d’une critique ad hominem¬ª. Ainsi nous n’avons rien contre Nicolas Hulot en tant que tel. Il est juste un exemple typique de ce que la société du spectacle et le développement durable peuvent engendrer.

L’écologie politique demande du courage, de la cohérence et des choix. La crise écologique n’est qu’un aspect de la crise sociale et politique que nous vivons.

Nous sommes ici aujourd’hui pour dire que ni Liliane Béthanccourt, héritière de l’Oréal et deuxième fortune de France, ni François Pinaud troisième fortune de France, ni le premier publicitaire du pays, ni les grandes surfaces, ni le lobby nucléaire ne peuvent faire de l’écologie.

Dans cette époque où une grande confusion règne dans les esprits je crois qu’il n’était pas inutile de le rappeler.

Sophie DIVRY

Référence

Contre Grenelle de l’environennement - Intervention de Sopie Divry version audio : Passerelle sud | Netoyens

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