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Mme Masako TATSUMI et nos frères ainés de souffrance nucléaire

Mme Masuko TATSUMI- Mabesoone_LM_21-01-12.jpgAujourd’hui, j’ai visité, comme je le fais de temps en temps, le blog de Mme Masuko TATSUMI, femme japonaise installée en Biélorussie depuis 1995 [1].

Cette femme admirable travaille au Centre culturel japonais de Minsk, comme représentante d’une ONG, la « Fondation Chiro » [2].

À l’origine, cette fondation japonaise, purement philanthropique, avait pour unique but d’aider culturellement et médicalement la jeunesse de Biélorussie notamment par de nombreuses distributions gratuites de pectine pour les enfants proches de Tchernobyl. C’était déjà un travail superbe.

Mais depuis mars 2011, Mme TATSUMI se retrouve dans une position toute différente. Les enfants de l’Est du Japon comme les enfants de Biélorussie sont désormais en prise avec les mêmes poisons nucléaires. Et c’est plutôt au Japon, maintenant, de demander de l’aide à la Biélorussie pour mieux comprendre cette situation et mieux vivre avec ou plutôt contre ce démon omniprésent des radionucléides. Quel retournement inattendu cela a du être pour cette femme !

Pour autant, elle n’a pas fuit devant la situation, bien au contraire. Dès l’automne 2011, elle avait déjà traduit du russe vers le japonais les principaux écrits de M. Vladimir Babenko du Belrad Institute [3], qui ont été publiés sous le titre : «  Protéger son enfant des radiations - version japonaise ». J’ai pu acheter cet ouvrage, déjà presque épuisé ici au Japon, via internet [4].

Depuis, elle s’est rendue au Japon en novembre dernier avec M. Babenko, pour tenir à Tokyo la conférence de presse suivante (vidéo) :

Il y a trois jours, sur son blog, Mme TATSUMI depuis repartie à Minsk, décrivait les effets à long terme de ce type de catastrophe de la façon suivante (je traduis vers le japonais) :

« Dans la région de Gomel [la plus touchée par la catastrophe en 1986], le pourcentage de personnes âgées de plus de 65 ans est passé de 10,9% en 1986 à 14,3% en 2010 (…) Et depuis 1993, le nombre de décès est supérieur au nombre de naissances, chaque année ».

Et en effet, on observe ce déclin démographique dans l’ensemble de la Biélorussie, un déclin que l’on peut vérifier grâce à ces graphiques [5] .

Nous avons donc une baisse de la natalité (récemment plutôt une stagnation) et une très forte hausse de la mortalité à tous âges. Le plus attristant, c’est cette mortalité qui n’augmente pas uniquement à cause des nombreuses maladies infantiles, cardiaques [6], cancers et autres leucémies provoquées par les radiations, mais qu’une bonne partie vient aussi des suicides et des conséquences de l’alcoolisme.

Mme TATSUMI écrit :

« Selon les chiffres de l’OMS, la Biélorussie est le premier pays du monde par son taux de suicides : 35,1 pour 100 000. (…) Et ceci loin devant le deuxième pays, la Lituanie (30,4). Ensuite arrive un peloton serré de pays de l’Est : Russie (30,1), Kazakstan (26,9), Hongrie (26,0) puis vient le Japon, en 6ème position mondiale, avec 24,4 suicidés sur 100 000 habitants. »

Elle ajoute :

« En plus de ceci, à cause de la contamination radioactive venant de l’accident Tchernobyl, le pourcentage moyen de personnes en bonne santé ayant chuté et les maladies augmentant peu à peu au cours de la vie, les gens meurent plus tôt et ont donc moins de chances de trouver du temps pour laisser une descendance.

Dans cette situation, les dépendances à l’alcool s’aggravent. On recense 10% de la population biélorusse avec une dépendance pathologique à l’alcool ou à une autre substance. Cette dépendance est à son tour la cause d’autres maladies, notamment du foie, ce qui écourte encore plus la durée de vie moyenne ».

« Beau » cercle vicieux en perspective pour nous au Japon, si nous ne nous « réveillons » pas !

Pourtant mieux informés pour ce qui concerne l’alimentation et les mesures d’évacuation, nous sommes encore plus inconscients que les biélorusses ne l’ont été. En outre, le Japon était déjà déprimé [7] et vieillissant [8] avant même la catastrophe de Fukushima.

Il va falloir regarder, avec modestie, nos « frères ainés de souffrance nucléaire » : le peuple biélorusse. Nous sommes deux peuples frères et nous le serons de plus en plus, au fil des maladies qui apparaitront.

Nous avons besoin de gens comme vous Mme Masako TATSUMI. Merci à vous !

Notes :

[1] http://blog.goo.ne.jp/nbjc/d/20120118

[2] http://belapakoi.s1.xrea.com/chiro/history.html

[3] Belrad Institute (site mutlilingue) : http://www.belrad-institute.org/

[4] http://is.gd/0ET0HO

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Démographie_de_la_Biélorussie

[6] Syndrome of Long living Incorporated Radionuclids, etc.

[7] Au Japon, le suicide devient une solution anti-crise | Marianne 2 | Mercredi 8 Avril 2009 

[8] 1,3 enfant par femme en moyenne


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Laurent Mabesoone

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