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L’héritage de Fukushima

papillon_bleu.jpgEffets biologiques des retombées radioactives de Fukushima sur les plantes, les insectes et les animaux

Les résultats de recherches récentes autour de Fukushima commencent à révéler des effets biologiques conséquents sur des organismes non humains comme des plantes, papillons et oiseaux. Ils mettent en évidence un besoin urgent de recherches approfondies à Fukushima et dans sa région.

[Article de Nancy Steinberg, publié sur www.eurekalert.org, le 14/08/2014, traduit de l’anglais (V. Gallais), article original : Fukushima’s Legacy - Biological effects of Fukushima radiation on plants, insects, and animals]

À la suite de l’accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl (fusion du cœur d’un réacteur) en 1986, il a fallu attendre longtemps avant de pouvoir obtenir des échantillons biologiques, limitant ainsi les informations sur les impacts de ce désastre historique. Déterminés à éviter la répétition des inconvénients des études sur Tchernobyl, des scientifiques ont commencé à rassembler des informations biologiques seulement quelques mois après le désastre à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (fusion de plusieurs cœurs de réacteurs) au Japon en 2011. Les résultats de ces recherches commencent à révéler des effets biologiques conséquents du fait des radiations sur des organismes non humains comme des plantes, papillons et oiseaux.

Un certain nombre d’articles résumant ces recherches sont maintenant publiés dans le Journal of Heredity (Journal de l’hérédité). Ils décrivent des conséquences à grande échelle, allant du déclin de populations à des dégradations génétiques en passant par des réponses issues des processus de réparation qui permettent aux organismes de faire face à l’exposition aux radiations.

Selon le Dr Timothy Mousseau de l’Université de Caroline du Sud, qui coordonne l’une des recherches, « une somme croissante de résultats empiriques issus de l’observation d’oiseaux, singes, papillons et autres insectes suggère que certaines espèces ont été impactées de façon significative par les retombées radioactives du désastre de Fukushima ».

Ces études procurent, ce qui est essentiel, une base pour de futures recherches sur les effets de l’exposition environnementale à des rayonnements ionisants.

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Papillon bleu (pale grass blue) Pseudozizeeria maha, un des papillons les plus communs au Japon. Des recherches récentes révèlent des conséquences majeures des fuites radioactives sur cette espèce. Photo Joji Otaki, University du Ryukyus, Okinawa, Japon

Un point commun à toutes les études publiées est l’hypothèse que l’exposition chronique (à faibles doses) à des rayonnements ionisants a pour conséquence des dégradations génétiques et des rythmes de mutation accélérés de cellules reproductives et non-reproductives.

L’une de ces études (Hayashi et al. 2014) s’est intéressée aux effets de l’irradiation de riz, en exposant des graines de bonne qualité sanitaire à de faibles radiations gamma dans un site contaminé de la préfecture de Fukushima. Après trois jours, un certain nombre d’effets ont été constatés, dont l’activation de gènes impliqués dans l’autodéfense, allant de la reproduction et réparation de l’ADN jusqu’à des réponses au stress de la mort cellulaire.

Comme l’explique le Dr Randeep Rakwal de l’Université de Tsukuba au Japon, l’un des auteurs de l’étude, le modèle expérimental utilisé dans ces travaux va représenter une nouvelle voie pour tester comment le génome complet des plants de riz répond aux radiations ionisantes en plein champ.

Une autre équipe de chercheurs (Taira et al. 2014) a étudié la réponse aux radiations de Fukushima du papillon bleu (pale grass blue) Pseudozizeeria maha, l’une des espèces de papillons les plus communes au Japon. Ils ont constaté une diminution de la taille, un ralentissement de la croissance, une mortalité élevée et des anormalités morphologiques, ceci autant sur le site de Fukushima que parmi des papillons, élevés en laboratoires, issus de parents collectés dans la région contaminée.

L’étude sur les papillons incluait de multiples sources d’exposition. Le Dr Joji Otaki de l’Université du Ryukyus à Okinawa au Japon explique que « des larves non contaminées alimentées avec des feuilles de plantes contaminées collectées près du réacteur ont fait apparaître des taux élevés d’anormalités et de mortalité ». Certains résultats suggèrent une possible évolution de la résistance à l’irradiation également chez les papillons de Fukushima .

Une revue de recherches génétiques et écologiques sur une série d’autres espèces à la fois à Tchernobyl et à Fukushima (Mousseau 2014) a révélé des conséquences significatives de l’exposition aux radiations. Des recensements de population d’oiseaux, papillons et cigales ont fait apparaître des baisses d’effectifs majeurs attribuables à l’irradiation. Des aberrations morphologiques, comme des plumes anormales sur des hirondelles de grange, ont également été observés. Les auteurs suggèrent que des recherches de long terme à Tchernobyl permettraient de prédire des effets similaires à venir à Fukushima.

Toutes ces études mettent en évidence la nécessité de dispositifs de contrôle et de suivi sur les sites de rejets radioactifs accidentels. Mousseau indique que « des analyses approfondies des conséquences génétiques pour les populations naturelles pourraient fournir les informations requises pour prédire les délais de réparation des populations sauvages à Fukushima comme sur d’autres sites éventuels d’accidents nucléaires futurs. Il y a un besoin urgent d’investissement dans des recherches de base sur la faune et la flore à Fukushima. »


Informations en lien avec cet article :

Tchernobyl, Fukushima, conséquences biologiques - Dr T. Mousseau 11 03 2013

Dans cette vidéo de son intervention lors du Symposium de New York en Mars 2013, il nous fait part des résultats de ses recherches, fruits de 1600 inventaires détaillés sur le terrain à Tchernobyl et à Fukushima, sur des végétaux, insectes, oiseaux et mammifères…

Timothy A. Mousseau: “Fukushima Catastrophe and its Effects on Wildlife”  - conférence de presse (en anglais)août 2014

Jean Rostand, Un biologiste contre le nucléaire

Textes choisis et commentés par Alain Dubois, préface de Jacques Testart - Ed. Berg International, 2012

PS 08/05/2015 :

  • Une courte vidéo (5 mn) en anglais sur le travail de Timothy Mousseau et al. sur les animaux autour de Tchernobyl : 

The animals of Chernobyl : https://www.youtube.com/watch?v=TG-nwQBBfmc

  • Un article de Michel Fernex, 24 mars 2011 :

Vers l’extinction des espèces animales à Tchernobyl, Le rôle de la radiophobie et le film d’Arte “Tchernobyl : Une histoire naturelle”


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Véronique Gallais

Auteur: Véronique Gallais

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Commentaires (3)

VG VG ·  16 mars 2016, 10h52

Une compilation mise à jour de plus de 50 documents (en anglais mais aussi en français), en date du 15/03/2016 :

Les conséquences de la radioactivité sur la faune et la flore de Tchernobyl et Fukushima

Voir notamment cette page sur le site des Enfants de Tchernobyl Belarus

Vers l’extinction des espèces animales à Tchernobyl
Le rôle de la radiophobie et le film d’Arte “Tchernobyl : Une histoire naturelle”
Michel Fernex, 24 mars 2011

George Palava George Palava ·  22 juin 2016, 10h07

En avril 2016, Timothy Mousseau écrivait, dans son article Non, Tchernobyl n’est pas devenu une réserve naturelle :

”(…) Nos travaux apportent des éclairages à la fois fondamentaux et inédits sur les conséquences d’une exposition régulière, sur plusieurs générations, à de faibles doses de rayonnements ionisants. Surtout, nous avons constaté que les organismes lésés par ces rayonnements l’étaient de multiples façons. Les effets cumulatifs de ces lésions entraînent un déclin des populations, impactant très négativement la biodiversité dans les zones les plus fortement exposées.(…)

Certains membres des organismes de réglementation et de contrôle de la radiation ont été lents à admettre les nuisances des accidents nucléaires sur la faune. Ainsi, le Tchernobyl Forum, parrainé par l’ONU, a avancé l’idée selon laquelle l’accident nucléaire aurait eu des conséquences positives pour les organismes vivants dans la zone d’exclusion, car il n’y avait plus d’activités humaines. Un rapport récent du Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants prédit de son côté des conséquences minimes pour la faune et la flore dans la région de Fukushima.

Malheureusement, ces affirmations officielles s’appuient largement sur des prévisions théoriques, ignorant les observations empiriques menées sur la faune et la flore de ces régions. Nos recherches et bien d’autres ont établi que des animaux soumis à toute une série de stress dans la nature sont bien plus sensibles aux effets de la radiation que ce que l’on croyait. Si les études de terrain manquent parfois de certains paramètres essentiels à une expérimentation scientifique précise, ils compensent par une description bien plus réaliste des processus naturels.(…)

Plus de 400 réacteurs nucléaires sont actuellement en fonctionnement dans le monde, 65 nouveaux en construction et quelque 165 autres planifiés. Chaque centrale génère de grandes quantités de déchets nucléaires qu’il faut stocker pour des milliers d’années. Considérant tout cela, de même que la probabilité de futurs accidents et d’attaques terroristes, il est crucial que les scientifiques en sachent le plus possible au sujet des effets des pollutions nucléaires sur l’environnement. À la fois pour gérer les effets d’incidents futurs, évaluer scientifiquement les risques et accompagner le développement énergétique.”

George Palava George Palava ·  22 juin 2016, 10h15

Non, Tchernobyl n’est pas devenu une réserve naturelle
26/04/2016 - Timothy Mousseau
https://theconversation.com/non-tch…

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