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Au rythme lent des élections

On vote ce mois-ci ! Les états-majors poli­ti­ques et leurs armées de mili­tants dévoués sont de nou­veau sur la brè­che depuis quel­ques semai­nes. On ira voter car on se sent encore au fond de soi une âme de démo­crate. Mais on a aussi un sacré blues. Le blues de la défaite. Pas la défaite élec­to­rale pos­si­ble du camp que l’on défend éven­tuel­le­ment. La défaite glo­bale du poli­ti­que réputé inca­pa­ble de trans­for­mer l’espoir des hum­bles en vic­toire sur leur sort funeste. Défaite encore du poli­ti­que refu­sant de pren­dre la pleine mesure de la crise éco­lo­gi­que. Quand il con­vien­drait de mener dans un même élan le com­bat social et le com­bat éco­lo­gi­que, on pré­fère la pru­dence du retran­che­ment sur des bas­tions émer­gés pour quel­que temps encore. Pour­tant, les fer­ments du pos­si­ble chan­ge­ment exis­tent. Can­ton­nés dans les mar­ges du champ poli­ti­que, ils déses­pè­rent de ne pas trou­ver de relais dignes de leur clair­voyance.

Les Régio­na­les ne feront pas un tabac. Il faut pro­ba­ble­ment le déplo­rer. Après coup l’abs­ten­tion éle­vée sera abon­dam­ment dis­cu­tée. Elle sera attri­buée comme à l’accou­tu­mée au défaut de com­mu­ni­ca­tion des gran­des for­ma­tions ayant pour­tant dépensé sans comp­ter dans le mar­ke­ting poli­ti­que. Une fois encore, on n’aura pas su se faire com­pren­dre. Les for­ma­tions plus modes­tes se rabat­tront sur le man­que de leurs moyens les sou­met­tant irré­mé­dia­ble­ment à la con­cur­rence déloyale des gros et main­te­nant ainsi l’élec­teur poten­tiel dans l’igno­rance de leurs idées pré­ten­du­ment neu­ves. La Gau­che se féli­ci­tera d’avoir gardé ses Régions et triom­phera si le grand che­lem con­voité est réa­lisé. La Droite dira qu’elle ne pou­vait gagner tant les oppo­sants à son essen­tiel débat sur l’Iden­tité natio­nale ont été déci­dé­ment trop mal­hon­nê­tes. Très vite la vie poli­ti­que ordi­naire, con­fi­nant sou­vent au vul­gaire, repren­dra son cours. On son­gera déjà aux pro­chai­nes. Élec­tions, bien sûr, mais on n’a même plus besoin d’en pro­non­cer le nom. Le rituel est bien ins­tallé, quasi immua­ble.

Il va bien fal­loir un jour com­pren­dre enfin que le citoyen qui ne vote plus n’est en rien un imbé­cile. Admet­tre que celui ou celle qui ne va plus aux urnes régu­liè­re­ment dres­sées aspire pour­tant au chan­ge­ment nous aide­rait sur le che­min du redres­se­ment de la démo­cra­tie. Ce citoyen-là sait que depuis trente ans son pays glisse sur la pente mor­ti­fère du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral. Il a cons­taté que ces der­niers temps la pente s’est accen­tuée sous le poids des réfor­mes d’un gou­ver­ne­ment ouver­te­ment réac­tion­naire. Il a assisté, un peu médusé, au sau­ve­tage des ban­ques pour que tout recom­mence comme avant la menace du krach défi­ni­tif. Il pour­rait assis­ter bien­tôt à l’implo­sion de l’Europe moné­ta­riste. Il tem­pête con­tre les chefs d’État res­pon­sa­bles du fiasco du som­met de Copen­ha­gue noyé dans la méses­ti­ma­tion cri­mi­nelle des périls cli­ma­ti­ques. Il a com­pris que le résul­tat du vote qu’il va sciem­ment boudé sera sans effet sur le train des réfor­mes détrui­sant l’École ou la Santé aux­quel­les, en bon répu­bli­cain, il est tant atta­ché. Le chô­mage et la pré­ca­rité vont pro­gres­ser. Le nom­bre de misé­reux et de tra­vailleurs pau­vres aussi. Les non ou mal logés vont res­ter non ou mal logés. Comme il con­ti­nue de s’infor­mer aux bon­nes sour­ces – qui heu­reu­se­ment exis­tent encore – notre citoyen perdu dans ses con­vic­tions mépri­sées sait que les mala­dies et la mor­bi­dité liées à la dégra­da­tion – elle aussi cri­mi­nelle – du milieu natu­rel vont croî­tre encore. Et tout cela parce que depuis trente ans les deux gran­des for­ma­tions occu­pant la scène poli­ti­que mènent, à cer­tai­nes dif­fé­ren­ces de style près, la même stra­té­gie de sou­mis­sion au Mar­ché dominé par les fir­mes et ban­ques mul­ti­na­tio­na­les.

La situa­tion est d’autant plus blo­quée que les peti­tes for­ma­tions négli­gent, elles aussi, la gra­vité des maux dont souf­frent les socié­tés moder­nes. Les orga­ni­sa­tions à domi­nante « sociale » n’intè­grent la crise éco­lo­gi­que à leurs préoc­cu­pa­tions que pour sacri­fier à l’air du temps. Elles res­tent le plus sou­vent arc-bou­tées sur les bien­faits sociaux, pour­tant désor­mais illu­soi­res, du pro­duc­ti­visme. Les orga­ni­sa­tions à domi­nante éco­lo­gi­que n’appré­hen­dent qu’en par­tie la crise sociale. Avez-vous déjà entendu Daniel Cohn-Ben­dit par­ler de la souf­france au tra­vail ? À ce jeu-là cha­cun garde son pré carré iden­ti­taire, gage d’un élec­to­rat fidèle non exten­si­ble. C’est donc ailleurs, en marge de la vie poli­ti­que tra­di­tion­nelle, que se cons­truit un nou­veau champ poli­ti­que qui n’ose pas tou­jours avouer son nom à cause du dis­cré­dit dont est atteint la « vraie » poli­ti­que. Par­tout nais­sent et se déve­lop­pent des alter­na­ti­ves bâties par des citoyens pre­nant en main leur des­ti­née. Du for­mi­da­ble déve­lop­pe­ment des cir­cuits courts ali­men­tai­res au renou­veau des Socié­tés coo­pé­ra­ti­ves ouvriè­res de pro­duc­tion (SCOP), con­som­ma­teurs et pro­duc­teurs au vrai sens du terme réin­ven­tent le poli­ti­que en ins­cri­vant l’acte de con­som­mer et l’acte de pro­duire dans une démar­che clai­re­ment poli­ti­que de dénon­cia­tion de l’ordre éco­no­mi­que exis­tant. Là est l’ave­nir, car là s’éta­blit la néces­saire jonc­tion du social et de l’éco­lo­gi­que. Les pro­fes­sion­nels de la poli­ti­que com­pren­dront-ils cet impé­ra­tif avant la pro­chaine ?


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Yann Fiévet

Author: Yann Fiévet

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