Last site update 22/11/2019

To content | To menu | To search

De la bancocratie en Europe

Plus per­sonne n’en doute désor­mais : ce sont les pau­vres qui vont payer l’addi­tion ver­ti­gi­neuse de la crise finan­cière. Addi­tion d’autant plus salée que ladite crise est loin d’être ter­mi­née. Les riches, les vrais sont d’ores et déjà à l’abri grâce à l’oppor­tun sau­ve­tage des ban­ques qui gèrent leurs juteux avoirs. Le théâ­tre euro­péen de la crise est par­ti­cu­liè­re­ment édi­fiant à tous égards. Si la crise de l’Euro n’est que le pro­lon­ge­ment de la crise plus large de la finance mon­dia­li­sée, elle nous révèle que la soli­da­rité des nations et des peu­ples euro­péens dont on nous rebat les oreilles depuis cin­quante ans n’était guère plus depuis long­temps qu’un mot. Ce n’est pas la Grèce qui menace l’Euro mais l’Euro qui a fait tom­ber la Grèce si bas qu’elle ne s’en remet­tra peut-être pas. Il est temps d’assé­ner quel­ques véri­tés, his­toire de se per­sua­der défi­ni­ti­ve­ment que les éco­no­mis­tes de con­ni­vence et les diri­geants poli­ti­ques ont piteu­se­ment choisi le camp des nan­tis et des bri­gands.

Des nan­tis ? Il se dit pos­si­ble­ment que les 850 plus gros mil­liar­dai­res du Monde sont plus riches que l’Afri­que avec ces 850 mil­lions d’habi­tants. Des bri­gands ? Mau­rice Allais, Prix Nobel de scien­ces éco­no­mi­ques 1988, a écrit un jour que « par essence, la créa­tion moné­taire ex nihilo que pra­ti­quent les ban­ques est sem­bla­ble, je n’hésite pas à le dire, pour que les gens com­pren­nent bien ce qui est en jeu ici, à la fabri­ca­tion de mon­naie par des faux-mon­nayeurs, si jus­te­ment répri­mée par la loi. » Des chif­fres ver­ti­gi­neux ? Alors que Le new deal de Roo­se­velt en 1933 repré­sen­tait 50 mil­liards de dol­lars d’aujourd’hui, et le plan Mar­shall, 100 mil­liards de dol­lars, Le plan euro­péen adopté le 10 mai der­nier atteint quant à lui 750 mil­liards d’euros et ne repré­sente pour­tant qu’à peine plus de 10% de la dette de la zone euro grosse de 7000 mil­liards d’euros.

Et le ver­tige s’accen­tue quand à l’envo­lée des chif­fres s’ajoute la superbe incer­ti­tude du deve­nir de l’éco­no­mie euro­péenne. Sur la somme de 750 mil­liards d’euros, où l’inter­ven­tion du FMI est con­si­dé­rée comme com­plé­men­taire de l’inter­ven­tion euro­péenne, plus de la moi­tié, soit 440 mil­liards, sont con­si­dé­rés comme « mobi­li­sa­bles », c’est-à-dire qu’ils n’exis­tent tout sim­ple­ment pas à ce jour. Le plan de sau­ve­tage de l’Espa­gne, seul à avoir été estimé par Natixis, récla­me­rait entre 400 et 500 mil­liards d’euros. Alors, si on ajoute l’Ita­lie et l’Irlande… La crainte gran­dit encore quand on sait que ce ne sont plus les pro­duc­teurs de riches­ses maté­riel­les, sus­cep­ti­bles de nour­rir, loger, amé­lio­rer l’exis­tence des popu­la­tions, mais les spé­cu­la­teurs, au tra­vers des ban­ques et de leurs pro­duits finan­ciers tou­jours plus ris­qués, qui diri­gent l’éco­no­mie. Ils vam­pi­ri­sent l’éco­no­mie réelle dans son entier, et aussi désor­mais les res­sour­ces publi­ques des États. Ce déli­rant ren­ver­se­ment des rôles con­duit for­cé­ment à la spo­lia­tion des peu­ples, par le chô­mage, la misère, les reculs civi­li­sa­tion­nels…

La crise n’est pas non plus une crise du défi­cit bud­gé­taire de la Grèce, mais bel et bien une crise des ban­ques euro­péen­nes. Ainsi, l’opé­ra­tion de sau­ve­tage de la Grèce ne lui est pas des­ti­née, mais pro­fite aux ban­ques euro­péen­nes. Il s’agit d’un véri­ta­ble hold-up, au cré­dit de la spé­cu­la­tion et au débit de la dette publi­que, qui a été per­pé­tré. On assiste médusé à une per­mu­ta­tion de créan­cier ; les con­tri­bua­bles euro­péens se sub­sti­tuent aux ban­quiers qui récu­pè­rent ainsi leur mise. Le reste de l’Europe va emprun­ter pour « sau­ver » les ban­ques qui ont prêté à la Grèce qui ne peut pas rem­bour­ser ! L’éco­no­miste irlan­dais David McWilliams remar­que à quel point nous som­mes pas­sés de la démo­cra­tie à la « ban­co­cra­tie ». Par le biais de l’État, en effet, les riches­ses sont trans­fé­rées des « non-ini­tiés », le peu­ple, vers les « ini­tiés » du sys­tème ban­caire. Il ajoute que l’on ne doit pas s’y trom­per : ce que l’on a pré­senté comme le sau­ve­tage d’un État en fai­sant appel au sup­posé sen­ti­ment de soli­da­rité euro­péenne, n’est rien d’autre qu’un trans­fert direct d’argent de la poche des citoyens à celle des créan­ciers étran­gers de ban­ques fran­çai­ses et alle­man­des. On tient là la recette de la divi­sion et de l’ins­ta­bi­lité.

Le prix Nobel Joseph Sti­glitz dit à pro­pos de la crise finan­cière de 2008-2009 aux États-Unis que les ban­ques ont réussi à mutua­li­ser leur per­tes avec les con­tri­bua­bles mais qu’ils pri­va­ti­sent leurs béné­fi­ces au pro­fit des seuls action­nai­res. L’Europe aide aujourd’hui à faire de même. L’État n’est tout bon­ne­ment plus dans son rôle de défen­seur du bien com­mun appar­te­nant à tous les citoyens. En volant ( !) à la res­cousse des rufians et des rupins, l’État est devenu privé. Le règne tyran­ni­que des nou­vel­les féo­da­li­tés est advenu.


Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Rate this entry

4/5

  • Note: 4
  • Votes: 1
  • Higher: 4
  • Lower: 4

Yann Fiévet

Author: Yann Fiévet

Stay in touch with the latest news and subscribe to the RSS Feed about this category

Comments (0)

Be the first to comment on this article

Add a comment This post's comments feed


You might also like

edito.gif

Le point de "non retour"

Sauver le climat ou sauver le système, il faut choisir.

Continue reading

edito.gif

Quand Carlos se gavait !

Le débat ouvert par le mouvement des Gilets Jaunes a de saines vertus. Nous ne parlons pas ici du « grand débat », diversion qui ne trompe que les naïfs patentés, mais du débat intelligent et intelligible auquel participent tous les observateurs honnêtes qui voient dans ledit mouvement la nécessaire occasion de mettre à nu les terribles tensions à l’œuvre dans notre société.

Continue reading