Dernière mise à jour 24/09/2017

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Migration et développement - Nadia Khrouz et Madjiguène Cissé - vidéo

À l’occasion de la 1e séance plénière de l’université d’été de la solidarité internationale du 7 au 10 juillet 2010 à Pessac : la solidarité internationale comme sortie de crise, Nadia Khrouz et Madjiguène Cissé sont intervenues pour faire état du contexte actuel des migrations et des actions auxquelles elles participent.

Nadia Khrouz 

du GADEM, Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement  des étrangers et migrants au Maroc.

Le Maroc est aujourd’hui non seulement un pays d’émigration mais aussi, et de plus en plus, un pays d’immigration et un pays de passage des migrants.

Au début de son intervention, à propos de « crises et migrants », Nadia Khrouz évoque un colloque ayant eu lieu au Maroc en partenariat avec le Ministère des affaires étrangères, des organisations intergouvernementales et des ONG traitant de migrations.
A cette occasion, des questions pouvaient être posées sur la thématique de l’Afrique et des migrants, des implications possibles sur développement et migration.

Les questions envisagées lors de ce colloque ont été essentiellement centrées autour :
  1. des marocains vivants à l’étranger et des devises qu’ils y font parvenir (2e entrée de devises pour ce pays), des retours volontaires et des investissements des ressortissants. Sans se demander comment vivent ces personnes, dans quelles situations administratives elles se trouvent, leur vulnérabilité.
  2. des étrangers vivants au Maroc, des immigrants surtout d’origine subsaharienne. 
Intervenir sur ces différentes thématiques qu’évoquent  « Crises et migrations » devrait inciter à s’interroger sur toutes leurs conséquences économiques et sur l’inégalité des droits entre pays : pays du Nord ou du Sud, mais aussi à l’intérieur d’un même continent, le Maroc pouvant être considéré « au Nord » de certains pays de même que certaines régions à l’intérieur même de ces États.

La migration, c’est déjà pour beaucoup une inégalité économique, une inégalité des chances; mais aussi des difficultés ou des opportunités et, au-delà du respect de l’article 13 (1) de la déclaration universelle des droits de l’homme, la possibilité de passer les frontières, de réaliser librement ses envies « d’aller voir ailleurs », de tenter sa chance…

(1) Article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme :

  1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État.
  2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Si l’on parle de migration et de crise, ces questions d’inégalités Nord/Sud catalysent deux, trois phénomènes transversaux, concernant nos modes de vie et de consommation, ainsi que les droits humains.

La crise, en termes de migration, c’est aussi un prétexte utilisé pour mettre « l’autre » de côté, pour fermer les frontières.

Un durcissement des frontières, qui a amené en 2005 à des regroupements de réfugiés dans le désert, pratiques partagées avec l’Algérie, la Libye, la Mauritanie, poussés et provoqués par des intérêts économiques, que ce soit  des intérêts d’entreprises ou des préoccupations liées à la solidarité internationale. cela nous amène à nous interroger aussi sur ce qui est fait des programmes d’aide, à réfléchir aux enjeux migration et développement.

Toutes ces pratiques font partie de programmes politiques, de législations de plus en plus dures qui tiennent peu compte des droits humains toujours relégués au second plan. Alors que la politique en matière de migration devrait être considérée comme étroitement liée à ces droits, les droits des étrangers, les droits de circulation, les droits des personnes vulnérables…

Il est de la responsabilité des États du Nord, comme de ceux du Sud, lors des négociations qui concernent l’Afrique en matière de migrations, de prendre en compte le respect de ces droits; nous-mêmes, comme les associations de défense des étrangers, devons être vigilants. Par exemple, en ne nous laissant pas abuser par ces retours volontaires qui ne le sont pas forcément.

Il s’agit de revaloriser la Démocratie.


Madjiguène Cissé :

Ancienne animatrice de la coordination des « sans papiers » de Saint-Bernard, auteure de « La Sans Papière ».
Actuellement au Sénégal, militante du réseau des femmes pour le développement durable en Afrique, le REFDAF.

Quand on dit solidarité internationale, je dis d’abord défendre la planète, parce que notre avenir est forcément commun. Nous ne pouvons pas le vivre séparés, nous sommes obligés de vivre ensemble, les continents, comme les hommes et les femmes, dépendants les uns des autres.

Pour défendre les droits de la migration, nous avons besoin d’une grande solidarité au niveau international, dénoncer la politique ultra sécuritaire et trouver une autre politique qui respecte la dignité de tous les êtres humains.

En réfléchissant ici, nous pourrions développer quelques idées sur les modes d’installation de ces inégalités et injustices, ainsi que quelques propositions pour la défense du droit des migrants sur toute la planète.

Je pense que nos États ont leur part de responsabilité, qu’ils doivent arrêter de signer des accords avec les pays du Nord, des accords qui vont à l’encontre de l’intérêt des populations, et qu’ils doivent aussi œuvrer à notre propre développement, ce qui pourraient aider les jeunes à rester. Ces jeunes qui ne partent pas par simple curiosité, mais qui partent parce qu’ils veulent être valorisés, considérés comme des êtres humains et parce qu’ils souhaitent soutenir la famille, le terroir, la région, le pays et tout le continent.

C’est ce qu’ont compris les femmes du REFDAF  en créant ce réseau solidaire dont les premiers mots ont été :

« Il faut être solidaires déjà entre nous. »

C’est grâce aux tontines que les femmes arrivent à survivre un peu partout en Afrique et aussi grâce à la solidarité qui existe entre les femmes des villes et les femmes des campagnes (80% viennent du milieu rural).
Par exemple, nous avons monté un projet commun : « espace d’échanges » qui consiste à trouver des places de marché où les femmes envoient les produits de l’intérieur qui sont vendus à Dakar et dans les capitales régionales.

Réfléchir ensemble et agir ensemble, pour nous, c’est un peu ça la solidarité internationale.

Au REFDAF on essaie de réfléchir, travailler, s’organiser ensemble pour aider les femmes à devenir des créatrices de richesses. D’autres femmes ont appris à transformer les fruits, légumes et céréales et attendent des personnes pour les aider à monter des unités de production dans les différentes régions où elles vivent.

Ce que nous attendons de vous, militants des pays du Nord, mais aussi de la diaspora qui vit au Nord, c’est de participer aux campagnes que nous menons pour obliger les pays à ne pas signer des accords sur les questions de migration qui n’arrangent pas nos pays, et aussi de faire en sorte que toutes les populations aient un droit de regard sur l’argent de la coopération dont on ne connaît pas la destination.

Nous pouvons aussi tisser des liens entre nous, inviter ici des femmes qui pourraient échanger des idées, parler du REFDAF, d’autres associations, vendre des produits et développer ainsi encore plus de relations.

À lire aussi : La cité des femmes au Sénégal






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