Dernière mise à jour 24/05/2018

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La démocratie contemplative par Michel Wieviorka

Extrait : ¬´... la tendance actuelle est nettement à court-circuiter les instances, organisations, institutions intermédiaires entre le pouvoir présidentiel et la société, dans sa diversité, et à accorder un rôle décisif aux médias ‚Äì ce qui implique aussi d’exercer sur eux sinon un contrôle direct, du moins un mélange de pressions et d’invitations à suivre heure par heure les activités du Président....

Tout cela donne l’image d’une assez grande nouveauté. Avant même son élection, Nicolas Sarkozy était l’objet de comparaisons plus ou moins flatteuses : avec Margaret Thatcher, qui a remporté l’épreuve de force qu’elle avait choisie d’affronter avec le syndicalisme pour imposer une politique libérale, avec Tony Blair, pour ses orientations modernisatrices et réformistes, avec Silvio Berlusconi, pour son rapport à l’argent et aux médias, avec Vladimir Poutine, pour ses tendances à concentrer le pouvoir personnel, sans parler de projections historiques vers la famille Bonaparte, qu’il s’agisse de Napoléon Ier ou de Napoléon III. En même temps, nous avons beaucoup évoqué, tout au long de la campagne présidentielle, la démocratie participative et la démocratie délibérative, pour rendre compte de la façon dont la démocratie représentative, compte tenu de ses limites, pouvait être sinon relayée, du moins renforcée. Mais il faut bien admettre qu’aucune des comparaisons proposées pour Nicolas Sarkozy n’est pleinement satisfaisante, et que l’évolution de la démocratie actuelle n’est pas réductible aux catégories qui viennent d’être rappelées.

Nous sommes en effet dans une phase où le pouvoir ne met pas en jeu les libertés fondamentales, mais nous pousse ‚Äì et peut-être la société se laisse-t-elle elle-même pousser ‚Äì vers une sorte de passivité, vers l’acceptation de fait du spectacle politique qu’il met en scène, sans répit, et en faisant fi des intermédiaires qui permettent d’ordinaire à la démocratie de fonctionner. Ce spectacle a besoin des médias pour être relayé, et ceux-ci portent bien leur nom, ils sont désormais la principale forme organisée qui assure le lien entre le Président et une société, qui, de plus en plus, en matière politique, semble devoir se passer de représentation forte, d’institutions actives, mais qui n’est guère pour autant engagée dans de vastes débats participatifs ou dans des processus massifs de réelle délibération.

Une formule d’un grand sociologue russe récemment disparu, Youri Levada, à propos de la Russie de Poutine, rend bien compte de cette situation : nous sommes entrés dans l’ère de la démocratie contemplative. Vivement que nous en sortions !¬ª


¬© Libération

Source : La démocratie délibérative


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