Dernière mise à jour 21/11/2017

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Climats

Décembre 2015 restera le mois des révélations. Il est désormais patent que notre société est dramatiquement soumise à une double dépression climatique.

Le climat politique est détérioré par une droitisation accélérée des discours et pratiques découlant d’une interprétation outrancière des aspirations sécuritaires et identitaires des fractions de « l’opinion publique » les moins bien associées à « l’aventure démocratique ». Le climat climatique, quant à lui, fut placé au Bourget sous le feu des projecteurs le temps d’une Cop, vingt-et-unième du nom, pour l’adoption, aux forceps et in extremis, d’un texte unanime des 196 pays ainsi réunis, texte salué comme une « remarquable avancée » mais qui ne permet en rien de commencer à régler rapidement la crise écologique majeure. Ce que révèle la détérioration des deux climats tient en ceci : la classe dite politique est cruellement impuissante à tenter d’enrayer les profondes dérives de notre temps. Cependant, un peu partout dans le tissu social troué par l’impuissance de la « force publique » se développent des expériences tournant résolument le dos à la résignation. Elles devront prospérer demain si nous voulons vraiment éviter les chaos social et climatique.

La scène politique nous offre un spectacle des plus détestables : la Gauche court après la Droite qui court après l’extrême-droite. Cette « course à l’échalote » à certes quelques aspects risibles mais cesse de nous amuser dès lors qu’elle se traduit, dans des politiques concrètement appliquées, par des reculs de l’idéal démocratique fait de libertés fondamentales. L’emballement militaro-sécuritaire consécutif aux terrifiants attentats du 13 novembre à Paris a incontestablement des effets collatéraux inquiétants que l’on ne parvient pas à croire involontaires. Dans le cadre de l’état d’urgence - que le chef de l’État veut inscrire dans la Constitution – l’appareil répressif aux prérogatives renforcées n’organise pas uniquement la chasse aux « terroristes ». Les assignation à résidence de militants écologistes durant la tenue de la Cop 21 ou les perquisitions effectuées à leur domicile, sans raisons tangibles, témoignent de la volonté du pouvoir politique de profiter du contexte de peur, en partie suscité, pour réprimer des contestations pourtant légitimées par certains pans du corps social. Quand le chômage, la précarité de l’emploi, le mal logement ou les inégalités de revenus progressent, les outils habituels de la répression ne semblent plus être suffisants pour contenir les tensions issues du délitement social. Le coup de semonce que constitue l’arrivée en tête du Front National dans six régions, lors du premier tour des Régionales du mois dernier, incite encore la Droite à marcher un peu plus sur les plates-bandes de Marine Le Pen et le Gouvernement à accélérer le rythme des réformes aux effets sociaux dévastateurs. La prochaine réforme du code du travail ne sera à l’évidence qu’un exemple de cet entêtement funeste.

Tout le monde sait désormais que la crise écologique n’est pas une invention des écologistes. Il est cependant fort regrettable que ces derniers n’aient pas su faire fructifier ce qui fut très longtemps présenté à tort comme leur fonds de commerce exclusif. Ils sont aujourd’hui laminés, cantonnés à n’être qu’une vague force d’appoint croupion alors même que les « grandes formations » montrent chaque jour leur incapacité crasse à s’emparer du combat écologique. Partout dans l’hexagone, de délirants projets d’infrastructures énergétivores continuent de fleurir afin de satisfaire le désir fébrile d’une Croissance devenue chimérique depuis longtemps. L’aéroport surdimensionné que l’on veut construire non loin de Nantes pour le plus grand profit du mastodonte Vinci est le symbole de ce qu’il ne faut plus faire quand on a compris vraiment les enjeux cardinaux du monde de demain. Le Président de la République s’entêtera-t-il à vouloir sa cathédrale « Notre-Dame de Hollande » au mépris de la richesse écologique que constitue le bocage convoité par les bétonneurs ? Il est permis de le craindre. Comment oublier, en effet, que la Cop 21 fut aussi une vaste entreprise de green washing : diverses Multinationales françaises la financèrent – parmi lesquelles d’impénitents pollueurs majeurs – qui purent ainsi poursuivre le maquillage grossier de leur responsabilité évidente dans la crise climatique. Aucune inflexion n’est à attendre de l’économie de dévoration indéfectiblement mise au service du dogme sacré de la Croissance sans limites. Les pouvoirs publics entendent bien, par exemple, aider le groupe Auchan à réaliser, dans le « Triangle (fertile) de Gonesse », entre les aéroports de Roissy-CDG et du Bourget, le « plus grand complexe commercial d’Europe » dénommé Europa City. Un complexe sans complexes ! Puisque l’on vous dit que désormais ils entendent tous protéger le climat.

Face à l’incurie politique et à l’insouciance économico-financière, il faut que le troisième climat entre en scène et écarte les mauvais acteurs qui détournent l’attention des citoyens des véritables enjeux de notre époque et les privent ainsi des moyens d’agir dans le sens de la raison. Ce troisième climat est le climat social. Il a été au fil des trente dernières années progressivement poussé dans les coulisses desquelles il sort de loin en loin pour jouer un vague petit rôle. Comme « la société du spectacle », habilement tenue par une oligarchie bruyante , ne veut plus le voir ou l’entendre le climat social s’auto-organise dans son coin. Il existe bel et bien et attend des jours meilleurs, des lendemains où des imprésarios sincères sauront remarquer son talent aujourd’hui négligé. De quoi est donc fait le climat social ? De toutes les alternatives à l’écomomie dominante prédatrice que sont les circuits courts d’approvisionnements alimentaires, les diverses formes de l’agriculture paysanne, l’habitat participatif , les moyens de transport partagés, etc. Toutes ces expériences à étendre réhabilitent le sens du collectif si dévalué par le consommationnisme et son règne exorbitant de la marchandise. Des collectifs d’économie redistributive, de partage des savoirs populaires, de création culturelle non marchandisée éclosent partout où des citoyens ont le désir de se réapproprier leur temps et leur espace. D’autres collectifs se créent pour s’opposer aux « Grands projets inutiles » tel Europa City, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou autres center-parcs. A l’occasion de la COP 21 a été lancée l’association « Notre affaire à tous ». Son but est d’attaquer l’État pour carence fautive dans la lutte contre le dérèglement climatique et la protection des générations présentes et à venir.

Et, bien sûr, de souhaiter le développement et la fédération des alternatives socioculturelles afin de peser sur le politique et même de le redéfinir. En somme, il s’agirait de substituer à la verticalité omnipotente du pouvoir politique actuel l’horizontalité des aspirations sociales profondes ancrées dans les réseaux d’une démocratie vivante qui, certes, reste largement à construire. Sinon, la course vers le mur lancée depuis longtemps ira à son terme.


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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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