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Dis papa, d’où vient la haine ?

1330423_childrens_hands_1.jpg

genevievecs.jpgIl y a plus de dix ans, l’humoriste Michel Boujenah ridiculisait, dans un sketch, l’incapacité d’un père à faire face à l’interrogation de son fils : Dis papa, d’où vient le vent ?

Ce n’était pas la première fois qu’un artiste se moquait de la figure paternelle, Fernand Raynaud, en son temps, dans un sketch resté célèbre, singeait un père complètement dépassé par les inquiétudes existentielles de son rejeton. Pour masquer son ignorance, le père utilisait une formule qui a fait florès: C’est étudié pour !

Qu’on me pardonne de choisir ces deux exemples en apparence frivole pour essayer de comprendre les dérives de certains jeunes privés des réponses essentielles à des questions qui ne le sont pas moins.

On peut imaginer que le jeune Mohamed Merah avant de devenir le « tueur à scooter » s’est d’abord posé des questions et qu’il les a posées à des adultes, ses parents, ses enseignants, ses juges : Dis papa, d’où vient la haine qu’on nous porte ? Dites Monsieur, d’où vient le mépris qu’on nous porte ? Dites Madame, pourquoi on est tous en échec scolaire, pourquoi on vit dans des cités moches, pourquoi on nous déteste alors qu’on est Français…

Ces questions ont-elles trouvé leur réponse ? On peut en douter tant la pensée unique ne permet plus d’avoir une opinion juste sur ces questions.

On aurait pu lui répondre. Le mépris vient de la perte d’estime de soi que ressentent tous les « petits blancs », mon petit. Dans cette société française qui semble si belle, les inégalités vont croissant alors les pauvres, les Français des classes les plus laborieuses se sentent déclassés, parfois désespérés. Ils veulent comprendre. Mais s’ils comprenaient, ils seraient capables de s’en prendre aux vrais responsables : les profiteurs, les riches, les dirigeants. Tu crois, mon petit, que ceux-là sont du genre à se laisser plumer ? Pour écarter d’eux la menace, ils ont trouvé la parade : désigner des boucs émissaires. Des plus petits, des plus pauvres, des plus misérables que soi. Des étranges ETRANGERS. Le mépris est un instrument, mon petit, pour diviser les pauvres, casser les solidarités, attiser le sentiment de communauté.

On aurait pu lui répondre. La haine vient de la guerre, mon petit. Une guerre qu’on n’a jamais voulu appeler la guerre du côté français, la guerre sans nom, la guerre des tortures, la guerre des bombes posées sous les jambes des civils. La guerre coloniale d’Algérie qu’on ne commémore toujours pas en France comme une guerre d’indépendance. On aurait pu lui répondre. Le racisme, c’est comme le vent, les explications existent, elles sont politiques, sociales, culturelles mais ne les comprennent que les initiés. Ceux-là, les « sachant » s’en vont, psalmodiant : C’est étudié pour ! Etudié pour maintenir le pouvoir de quelques uns car chacun sait que les races n’existent pas, qu’il n’existe qu’une race humaine. Ou plutôt si, il existe aussi la race des salauds !

Et partout cette engeance profite du malheur des plus fragiles. Cette engeance, qu’elle prenne les traits des fondamentalistes religieux, politiques ou économiques, ne poursuit qu’un objectif : la progression de ses dividendes et l’extension de son pouvoir absolu !

N’oublions jamais de répondre aux questions que nos enfants nous posent et celles qu’ils ne posent pas !



Photo de une : © Eastop

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Geneviève Confort-Sabathé

Author: Geneviève Confort-Sabathé

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