Dernière mise à jour 23/02/2017

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En marche… arrière

Quel évènement ! Emmanuel Macron s’est fièrement mis sur orbite. Il crée le mouvement, son mouvement, en acronyme de ses initiales : En Marche.

Le lancement, tapageusement annoncé comme discret, eut lieu à Amiens, « ville natale » et de jeunesse d’un homme qui se veut neuf en politique. N’en déplaise à ses premiers soutiens, il va être aisé de montrer qu’en fait de nouveauté l’entreprise macronesque se limitera à un ravalement de façade pour ne rien changer au gros œuvre d’un édifice de droite vaguement teinté de quelques valeurs de gauche maladroitement assumées.

Dans ce qui devrait être pris franchement pour un non évènement, tout commence par une belle cachoterie. Le ministre de l’économie„ en annonçant le 6 avril dernier, à Amiens, la création du « mouvement politique nouveau », s’est bien gardé de préciser qu’il avait reçu en la circonstance un important appui logistique, celui de l’un des clubs patronaux les plus influents, l’Institut Montaigne, créé en 2000 par Claude Bébéar, l’un des parrains du capitalisme français et figure tutélaire du groupe d’assurances Axa. La nouvelle association est de fait enregistrée à l’adresse du domicile privé du directeur de l’Institut Montaigne soi-même. Évidemment, cela contredit de façon majuscule l’affirmation de l’audicieux novateur selon laquelle il ne serait « pas à droite, pas à gauche ». On comprend alors beaucoup mieux que le patron des patrons, Pierre Gattaz, ait chaleureusement accueilli le lancement de l’incertaine  fusée : une initiative « rafraîchissante », déclara-t-il sans vergogne et sans tarder.

Ne demandez pas le programme ! Tout bonnement, il n’existe pas. Il ne s’agit pas en effet de mettre en œuvre une réflexion originale pour la France de demain qui a pourtant besoin de changement. Il s’agit de promouvoir l’homme politique nouveau dans l’espoir affiché de ringardiser définitivement les partis politiques de papa. Macron inverse ainsi la vieille formule soixante-huitarde : il ne convient pas de penser le changement mais de changer le pansement. Bien sûr, il nous assure du contraire. Les faits démentent sa trompeuse ambition. En fait , l’homme nouveau a bien un programme : amplifier les réformes favorisant les intérêts de l’oligarchie qui tient les rênes du pouvoir économique dominant. Le cercle de ses compagnons de route, plus ou moins fidèles, le savent depuis longtemps : Emmanuel Macron est l’homme du Medef. Pourquoi en douteraient-ils puisqu’auprès d’eux au moins il ne s’en est jamais caché. Le fatras de la loi qui porte majestueusement son nom n’est pas parvenu du reste à dissimuler la collusion de son auteur avec le patronat et ses exigences de plus en plus exorbitantes. La première mouture de la loi travail avait même été renommée loi Macron 2 par quelques journalistes intrépides. La nouvelle version le séduit déjà nettement moins. Il la dénoncera au moment jugé opportun pour son impérieuse trajectoire !

Le plus étonnant en cette entreprise politico-patronale réside dans le suivisme pitoyable de la plupart des médias de masse. Il est tellement évident que Macron n’a qu’un désir, pousser tous les feux du néolibéralisme, que le voir en sauveur du pays relève de l’aveuglement caractérisé . Il croit fermement en la croissance sans freins . Peu importe que cette recherche infructueuse creuse les inégalités sociales depuis quarante ans. Peu importe que cela détruise les écosystèmes et dérègle le climat. Les « autocars Macron » qui affligent tous les partisans de la lutte indispensable contre l’empreinte carbone ne sont-ils pas les meilleurs ambassadeurs de l’aventure croissanciste héritée d’un passé que l’on ne veut pas ranger aux oubliettes ? Mettons Macron aux commandes demain et il vous détruira en un tournemain la fonction publique qu’il abhorre en secret, privatisera « la sécu » si dispendieuse, organisera davantage encore l’École à deux vitesses, renforcera les « forces de l’ordre » déjà si fortes afin de remédier aux méfaits du séparatisme social qu’il aura largement contribué à produire. Bref, un grand bond en arrière de plus nous menacerait. Qui dit banco ? Les patrons d’abord, tous les aventuriers ensuite, les journalistes de révérence enfin.

À Amiens, deux hommes sont en ville. L’autre se nomme François Ruffin et dirige le journal Fakir qui a tant effrayé Bernard Arnaud. Et voilà que le modeste journal serait désormais concurrencé par un nouveau fakir ! Tous deux disent merci aux patrons, d’une manière cependant fort différente, l’une drôle, l’autre pathétique. L’un a un ton nouveau trop peu pratiqué, l’autre a un ton désuet déjà trop entendu. Il faudra, dans les temps qui viennent, que la drôlerie l’emporte sur le pathos. Terminons ici par une question super-banco : lequel de nos deux célèbres amiennois a t-il nommé son chien, un magnifique dogue argentin, Figaro ?


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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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