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L'AFP, locomotive du nucléaire

ArFP.jpgMalgré le déclin de l’industrie nucléaire, l’Agence France-Presse positive et espère l’expansion du marché. Sous couvert d’une objectivité autoproclamée, elle livre des dépêches complaisantes reprises dans tous les médias.

Nous l’avons souvent évoqué dans cette chronique, l’industrie nucléaire va mal, très mal (et c’est tant mieux). Avant même Fukushima, la majorité des projets de nouveaux réacteurs étaient gelés, reportés, et finalement annulés. Depuis le 11 mars 2011, le processus s’est évidemment aggravé : à ce jour, même si le gouvernement de l’ultra-nationaliste Shinzo Abe souhaite les remettre en marche, les 50 réacteurs du Japon sont à l’arrêt. Et l’Allemagne a arrêté immédiatement et définitivement ses 8 plus vieux réacteurs, les 9 restants étant promis pour bientôt au même destin.

Dans le même temps, le parc nucléaire mondial ne cesse de se dégrader : la majorité des 380 réacteurs encore en service sont pour la plupart anciens et leur état est de plus en plus inquiétant. Aux États-Unis, ces derniers mois, 5 réacteurs ont été définitivement arrêtés alors qu’ils avaient encore théoriquement des années de fonctionnement devant eux, l’un d’entre eux venait même d’obtenir une rallonge de 20 ans. Mais les travaux de rénovation (disons plutôt de rafistolage) coûtent beaucoup trop cher et ruinent toute perspective de rentabilité.

La part du nucléaire dans l’électricité mondiale s’est effondrée de 17% en 2001 à 9% aujourd’hui, ce qui correspond à moins de 2% de la consommation mondiale d’énergie, part infime et donc en déclin. Certes, pour en finir avec les centrales à démanteler et les déchets radioactifs, il faudra encore attendre quelques centaines de milliers d’année mais, pour ce qui est du fonctionnement de cette industrie maudite, il est d’ores et déjà possible d’apercevoir le bout du tunnel.

L’Asie irradiée de bonheur atomique

Quoique. L’industrie nucléaire mondiale n’a en effet pas l’intention de disparaître sans se débattre. Au contraire, la meilleure défense étant l’attaque, ou la contre-attaque, la voilà carrément qui parade. En ce mois d’octobre avait lieu le Congrès mondial de l’énergie, organisé à Daegu en Corée du Sud. À cette occasion, sans s’appesantir sur le gigantesque scandale nucléaire local - des dizaines de milliers d’éléments de réacteurs et de documents de sûreté ont été falsifiés par les nucléocrates sud-coréens - les représentants de l’atome mondial ont voulu faire savoir au monde entier tout l’optimisme qui les habitait.

L’Agence France-Presse (AFP) était légitimement présente à la conférence de presse et, bonne fille, a édité une très longue dépêche, explicitement titrée « Malgré Fukushima, l’Asie est la locomotive mondiale du nucléaire », et reprenant avec application toutes les balivernes de ces plaisantins.

Extraits :

« Le nucléaire va se développer dans le monde, mais l’Asie sera au cœur de ce mouvement, la Chine, l’Inde, et la Corée du Sud faisant partie des pays qui vont en faire un usage accru », postule l’article en citant Yukiya Amano

Le directeur général de l’Agence internationale pour l’énergie atomique poursuit :

« La construction de nouveaux réacteurs a continué. On en compte en ce moment 70 en construction dans le monde, en plus des 430 déjà en exploitation. »

Mais encore :

« Bien qu’il y ait eu une crise nucléaire au Japon, l’énergie nucléaire fait toujours partie des solutions pour la Chine. »

L’AFP se garde bien de préciser que, contrairement à ce qui est habilement laissé croire, la totalité de ces réacteurs en construction… l’étaient déjà avant Fukushima. Et qu’une bonne vingtaine sont en chantier depuis plus de 15 ans. Et que, malgré les chantiers effectivement en cours, le nucléaire ne couvrira pas plus de 1% de la consommation d’énergie de la Chine et de l’Inde. Mais il est vrai que ces « détails » nuiraient à la thèse défendue.

Cependant, donner la parole à ces gens ne semble pas suffisant : chacun comprend qu’il sont partisans, et même qu’ils sont directement intéressés à vendre leur camelote atomique. Alors, jouant de son image de marque et de sa supposée neutralité, l’AFP en rajoute, et sans guillemets : cela signifie, dans l’usage des dépêches d’agence, qu’ils s’agit de données factuelles, reconnues, et non d’opinions partisanes. Et voici ce que ça donne :

«  Malgré la catastrophe de Fukushima, l’Asie est la locomotive du développement de l’énergie nucléaire dans le monde, Chine et Inde bâtissant des dizaines de réacteurs pour couvrir leurs besoins d’énergie exponentiels. »

« Si la catastrophe de Tchernobyl en 1986 avait donné un coup de frein majeur au secteur, ce phénomène ne s’est pas vraiment reproduit après le tremblement de terre et le tsunami de mars 2011 au Japon, qui ont dévasté la centrale nucléaire de Fukushima. »

« Le Pakistan veut passer de trois à cinq réacteurs, tandis que le Vietnam, qui n’en possède encore aucun, veut en construire quatre. »

Puisque l’AFP ne le fait pas, précisons concernant le projet du Pakistan que la Chine « assurera l’essentiel du financement au moyen d’un prêt aux conditions généreuses » (Le Figaro, 16 octobre 2013). Et concernant le Vietnam, c’est la Russie qui vendrait une centrale… et apporterait l’argent pour la payer (RIA-Novosti, 21 février 2013). La cote du nucléaire est tellement basse que les vendeurs de centrales en arrivent à financer eux-mêmes les réacteurs qu’ils « vendent »! Et ce ne sont pas les dépêches complaisantes de l’AFP qui feront pousser les centrales.


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Stéphane Lhomme

Author: Stéphane Lhomme

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Comments (1)

EJ EJ ·  29 March 2014, 12h08

Oyez ! Oyez ! Le Figaro nous (dés)informe !...

Un ouvrier qui a été blessé cet après-midi à la centrale accidentée Fukushima Daiichi, est décédé, selon la compagnie gérante Tokyo Electric Power (Tepco).
Un travailleur a "été enfoui sous des sédiments" lors de travaux d'excavation près d'une zone où se trouvent des conteneurs d'entreposage de détritus, selon deux courriels reçus de Tepco qui indique que l'homme se trouve "en état d'arrêt cardiaque". "Il a été conduit inconscient dans une salle de soins d'urgence", a expliqué par téléphone un porte-parole de la compagnie qui n'était pas immédiatement en mesure de donner davantage d'informations.
Il ne s'agit pas d'un employé de Tepco mais d'un ouvrier d'une autre société. Quelques 3.000 personnes de centaines d'entreprises œuvrent chaque jour à la centrale Fukushima Daiichi, ravagée le 11 mars 2011 par un gigantesque tsunami.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

Le Figaro ne manque aucune occasion de rappeler que la cause de la catastrophe est le fameux, gigantesque et très ravageur tsunami, oubliant au passage les centaines de tremblements de terre et l'incurie de TEPCO qu'il exonère au passage en accablant la sous-traitance dont il a pourtant la responsabilité du choix et de la surveillance... comme Bouygues sur le chantier de l'EPR à Flamanville.

Ce pauvre ouvrier qui vient d'y laisser sa vie n'est pour eux qu'un prétexte, en tout cas qu'une opportunité de passer et repasser le message irresponsable et tragiquement coupable.

Le Figaro et quelques autres comme Libé, Le Monde (pour ne parler que de la presse écrite) et avant tout, l'AFP qui fournit comme dans ce cas, la matière première.

Merci à Stéphane pour sa chronique si clairvoyante.

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