Dernière mise à jour 27/05/2017

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La légion nucléaire

Hiérarchie pyramidale, réaction en chaîne, fission nucléaire, destruction de la vie« R.A.S. (rien à signaler) est une expression que l’on utilise beaucoup dans la maintenance nucléaire. On demande souvent aux travailleurs de décrire ce qui ne va pas et quand tout va bien, de signer par ces trois lettres. Dans le film, un travailleur subit des pressions pour signer R.A.S., alors qu’il a découvert une « fissure ou une rayure » dans un robinet très important de la centrale. C’est assez symptomatique de la situation actuelle dans les centrales nucléaires. ».

« L’humble ouvrier qui s’use à son ouvrage
Vaut le soldat qui tombe au champ d’honneur
 »
Les vieux ouvriers (extrait)
Charles Gille (1820-1856)
À Line et Marlène.
À Jean-Louis Crochard.

Cette citation est aussi le synopsis d’un inquiétant film de Alain de Halleux - chimiste nucléaire de formation - un documentaire plein d’humanité dont le titre est justement « R.A.S. ». On découvre que cet acronyme est utilisé dans le milieu de la production électronucléaire et on imagine qu’il doit être repris dans d’autres milieux. Ailleurs peut-être mais sans doute pas partout, pas n’importe où.

Pas chez votre boulanger, pas plus au guichet de la gare, à l’école de vos enfants, à l’hôpital ni même à la préfecture de votre département. Alors où ? Dans la Police ? On peut l’imaginer. Dans les professions de protection et de sécurité ou dans les activités paramilitaires ? Certainement. Pour ceux qui ont fait leur service militaire ou se sont « engagés », la réponse est facile à trouver : dans les casernes bien sûr et sur les champs de bataille. Pour ceux qui connaissent un peu l’histoire très gaulienne de l’électronucléaire français, ce ne sera pas pour les étonner. Et pour le linguiste ou le thérapeute, ils y verront un signe ou le symptôme d’une culture bien particulière. Affirmatif !

Un juste retour des choses

Il y a 9 mois jour pour jour, nous étions le 23 mars. Et, faut-il le rappeler, ce jour là les médias nous délivraient deux informations qui auraient pu être rangées dans la rubrique « boomrang ». Nous apprenions que le « nuage » de Fukushima arrivait sur l’Europe. De celui-là comme de celui de Tchernobyl, il ne fallait pas s’inquiéter. Depuis, c’est comme si le « nuage », « panache » ou « masse d’air » était passé et puis, psschiiit, plus rien. Comme si la radioactivité se diluait à l’instar du savon biodégradable dans l’eau de vaisselle. C’est ainsi que pour beaucoup, la catastrophe et la tragédie toujours en cours de Fukushima, tout bonnement, ce jour là, se sont évaporées !

« Vous serez déçus » commentait, ce jour là, le vénérable Michel Chevalet, journaliste scientifique jadis spécialiste des lancements de fusées Apollo, « vous ne verrez rien ». En réalité, nous ne voyons plus le monde, nous ne voyons qu’une représentation perpétuellement asservie du monde.
« Vous ne verrez rien » : évidemment qu’on ne pouvait rien voir ! Est ce que pour autant, il n’y avait rien à voir ? Il n’y a que dans les films oniriques d’Akira Kurosawa (Dreams - 1990) que l’industrie du nucléaire a songé teinter les différents radionucléides de couleurs différentes :

« Le rouge… c’est du plutonium 239, cancérigène à 10 millionièmes de gramme.
Le jaune… c’est du strontium 90, il attaque la moelle osseuse et provoque la leucémie.
Le violet… c’est du césium 137. Cumulé dans les gonades, il cause des mutations génétiques… on ne sait quels enfants naîtront.
La bêtise humaine est insondable ! La radioactivité était invisible… on l’a technocoloriée pour en voir le danger.
Mourir sans savoir de quoi ou en le sachant, quelle nuance ! La faucheuse vous envoie sa carte… »

Mais, bien que ce soit un problème de ne rien voir, la difficulté ne relève pas tant d’une question d’instrument, de compteur Geiger ou d’incapacité visuelle. Regardez bien n’importe quelle vidéo de la centrale de Fukushima Daiichi et demandez vous ce qu’il y a à voir véritablement, au besoin les yeux fermés… si le coeur vous en dit.

À part peut-être - c’était l’autre information du jour, l’autre juste retour des choses - cette fumée noire bien visible résultant de l’explosion du réacteur n°3 dont le combustible était le fameux MOX. De ce « nuage » là, qu’est-il advenu ensuite ? On ne sait pas car personne n’a jamais plus reparlé ni de « panache » ni de « masse d’air » made in Areva au dessus de l’Europe. Psschiiit… vous dis-je ! Psschiiit !

La dose

Quand on est un antinucléaire de longue date et que l’on a grandi dans une société qui a abandonné la contestation contre le paradigme génocidaire pour un confort naïf et insouciant, que l’on a été contemporain éclairé de nombreux incidents nucléaires (1137 en France en 2010 !) passés sous silence ou tombés aux oubliettes de l’histoire et des archives de la presse, que l’on a tremblé et tremble encore pour les siens comme pour toute l’humanité en apprenant l’existence de ce fantomatique et inoubliable nuage radioactif « made in URSS » annonciateur macabre de LA catastrophe puis de LA tragédie de Tchernobyl.

Quand on est de ceux qui ont tout autant voire plus mal vécu encore la funeste et terrifiante quadruple réplique catastrophique, 25 ans après, à Fukushima, au beau milieu de ce Japon « ultra moderne » désormais plongé dans la non moins tragique et inextricable réalité radioactive qu’on découvre lovée jusqu’au fond des sacs d’aspirateurs domestiques.

Le sentiment de gâchis et de gabegie ressenti à l’écoute de cette logorrhée promotionnelle si bien portée par le sinistre Besson en rupture désormais de carrière politique, comme le sentiment de la défaite face au pouvoir de la déraison la plus inouïe qu’on ait jamais rencontré de toute sa vie, arrivé à l’heure du bilan de cette année 2011, tout ce fatras et tout ce fracas insensé de désinformation et de prosélytisme pronucléaires mêlés faisaient la dose nécessaire et suffisante pour foudroyer sur pied, comme en un claquement de doigt, le plus solide des taureaux de combat.


Au diable !

Au diable les demi-vies de tel ou tel polluant radioactif, au diable les histoires de fusion de « coeurs » qui n’en sont que dans les bouches criminelles empressées de donner un peu de l’âme de la bête à cette création d’illuminés, cette machine infernale, maléfique et pernicieuse en quête permanente d’autonomie. Ce que l’on ressent, ce qui remue les tripes et peut rendre haineux, c’est le sort réservé à toute cette humanité asservie, utilisée, manipulée, pilotée et finalement réduite à la valeur d’ajustement d’un système scientiste, techniciste, affairiste et génocidaire contrôlé depuis quelques bureaux impersonnels, aseptisés et climatisés, où quelques en-cravatés pondent du conseil financiarisé assisté par ordinateur. Qu’ils aillent au diable !

Récemment, j’écoutais une émission de radio[1] de service public chargée de composer une nouvelle fois sur le thème brillamment choisi du «rayonnement nucléaire de la France » réunissant une diversité d’experts professionnels sensés produire un débat contradictoire. Premier malheur, il n’y avait pas un seul authentique antinucléaire autour de la table. C’est comme si on avait réuni, les 4 ou 5 candidats à la Présidentielles 2012© actuellement classés au Hit Parade avec plus de « 5% » ( d’on ne sait pas quoi ) pour discuter de la fin de l’Euro : tout le monde sait qu’aucun n’en porte le projet… pour l’Euro comme pour le nucléaire d’ailleurs, sinon ce serait fait depuis longtemps.

Qu’on ne se méprenne pas, autant je me contrefiche pour l’heure du sort de l’Euro autant, arrêter, stopper et abolir le nucléaire est tout à fait vital.

Bertrand Barré, est l’un de ces personnages étranges peuplant la nucléocratie française. Né en 1942, il jouit en quelques sortes, à bientôt 70 ans, d’une retraite spéciale de « réserviste » appelé comme conseiller d’Areva à la rescousse du lobby dont finalement il montre assez bien combien il en est un membre éminent. À nouveau, il était chargé ce jour-là de relation publique, c’est à dire chargé d’égrainer les arguties prédigérées et maintes fois ressassées, rabâchées et rodées dans les nombreux symposium, colloque, séminaire, débat, rencontres et autres conférences consanguines dont il dit pourtant que « ce n’est pas sa distraction préférée ».

Service « de relation » publique : premier volet

Il n’est pas utile de réécouter plus qu’une fois l’émission pour repérer la gymnastique truffée d’éléments de langage et de formulations alambiquées chargés de rendre digeste un chapelet de contrevérités dissimulatrices au point qu’entendre l’éhonté une deuxième fois aurait du être fatal au poste de radio.

Pour une mise en jambe, prenons une première question que d’autres s’étaient refilés comme la patate chaude pour que ce cher B. Barré puisse s’en saisir.

La voici :

« Est ce qu’il faut arrêter l’EPR de Flamanville, est ce que celui-ci est dangereux ?»

Barré répond à partir de 29’53”. Citation :

« Oui, euh, ce serait très paradoxal d’arrêter le réacteur qui est le plus sûr du parc français parce qu’effectivement c’est la même filière, comme la dit Bernard Laponche, mais avec énormément de renforcements de sécurité en particulier - pour l’affaire Fukushima - bah les diésels de Flamanville, ils sont d’abord répartis en deux bâtiments différents, des bâtiments très costauds avec des portes étanches, avec les réservoirs de fuel à l’intérieur et puis il y a six diésels pour la tranche dont un seul suffit pour apporter assez d’électricité après l’arrêt du réacteur. Donc, non, je ne suis absolument pas d’accord. C’est la même technologie mais avec des sauts très importants en matière de sûreté. L’arrêter ce serait stupide. »

Première observation : le Titanic aussi était étanche et même insubmersible ! Et, comment peut-on décréter sûr un réacteur qui n’a jamais encore fonctionné nulle part ? D’ailleurs, le Titanic n’a t-il pas coulé dès son premier voyage et emporté avec lui par le fond la quasi totalité de ses passagers les plus modestes ?

Deuxième observation : à la centrale du Blayais, alors qu’elle était inondée lors de la tempête de 1999, quand bien même les « diésels » eut été insubmersibles et installés dans le même local aux murs «super costauds», encore aurait-il fallu que les réservoirs furent remplis de fuel, or ils ne l’étaient pas ! Comment est ce seulement possible ? Comment cela peut-il encore être justifié ? Par la déplétion pétrolière ? Déjà ?

Troisième observation : pour quelles raisons l’ASN - dont on sait qu’elle est en réalité bien moins indépendante que ne le serinent les ministres de tutelles - n’a pas pu faire autrement que de dire au bétonneur des côtes de Flamanville de revoir certains de ces ouvrages sinon que leur béton et le bétonnage était sans doute économiquement rentable mais faisait surtout penser à du « gruyère » ? En outre, on a trop entendu dire que l’EPR de Finlande était un prototype pour justifier les retards et les surcoûts de construction à rallonges, pour l’entendre et l’admettre une nouvelle fois pour l’EPR de Flamanville. Combien en faudra t-il encore pour ne plus entendre ses excuses ? Espérons, aucun. Et tant qu’il est encore temps, qu’on en profite pour arrêter les frais.

Pour aller plus avant encore dans l’analyse des interventions au cours de l’émission, prenons la dernière phrase qui renvoie à la question : Est ce qu’il faut arrêter l’EPR de Flamanville ?  Réponse : L’arrêter ce serait stupide.
Pourquoi est ce stupide selon Barré ? Pour le comprendre il faut reprendre le deuxième élément de la question : Est ce que l’EPR est dangereux ?  Réponse : C’est la même technologie mais avec des sauts très importants en matière de sûreté.

Foutaise !… on verra plus loin en quoi.

Arrêter

Dans la situation présente, le verbe « arrêter » est le maître mot du débat de fond et la bête noire du lobby en ces temps difficiles « post-début-catastrophe-Fukushima ». Il hante même les inconscients pronucléaires. Il fait l’objet de toutes les manipulations et de tous les amalgames prosélytes, pour une simple et bonne raison : la seule, authentique et véritable contestation antinucléaire en ce début de 21ème siècle est repérable justement parce qu’elle dit qu’il faut, non pas «sortir» en 30 ans mais, «arrêter» sans délai. Voilà posé le premier repère.

Mais, en quoi consistent les tentatives de tours de passe-passe ? C’est de faire l’amalgame entre l’arrêt de la construction et l’arrêt du nucléaire et de faire du chantage à l’augmentation de la facture EDF. Le tout couronné par un plaidoyer en faveur de la sûreté d’un réacteur EPR qui n’a pas fait encore la démonstration nulle part, ni en France, ni en Finlande ni même en Chine, qu’il fonctionnera un jour ! L’EPR, c’est encore de la fiction.

En matière de nucléaire on est jamais sûr de rien ou plutôt si : on est maintenant certain que ça va péter. Pourquoi en serait-il différemment dans un cas pareil ? Qu’on nous comprenne bien : plus on nous dira qu’on a ajouté et qu’on ajoutera de la sûreté, s’il le faut, si l’ASN le recommande, et plus on comprendra que c’est dangereux et que la facture sera lourde… certainement pas l’inverse !

Au fond, ce dont on veut nous convaincre relève de la plus pure hérésie. Seuls des fous de la simulation informatique peuvent tenter d’exonérer d’office de tout défaut un engin qui n’existe pas réellement. C’est tellement plus simple sur un écran qu’en grandeur nature et dans la vraie vie, qui, on vient de le voir dans les affaires de bétonnage, ont déjà commencé à jouer des tours aux prosélytes du tout atomique.

C’est que, sur ordinateur, l’EPR est doté «des sauts très importants en matière de sûreté» vient de nous rappeler notre cher B.B. !… Et qu’il ne faudrait pas en arrêter la construction sinon, on ne pourra pas en démontrer tous les « bienfaits ». Certes, c’est un inconvénient, mais pourquoi tenir autant à démontrer l’inacceptable : on voudrait ne jamais avoir à en vérifier l’utilité. Nous ferions bien mieux de changer de paradigme énergétique pour faire l’économie des très malfaisants, très encombrants et très certains déchets radioactifs.

En définitive, comment peut-on dénier autant au concret ce qu’il a de plus réel à savoir le vivant, ses aléas et ses incertitudes. Mais surtout, comment peut-on éluder l’essentiel des règles de son propre jeu à savoir celle de la rentabilité qui est le premier ennemi de la sûreté.

Blanc-seing et cartes blanches

Comprenez qu’on nous demande - sans vraiment nous le demander comme d’habitude - de leur laisser à nouveau, encore et encore, cartes blanches et blanc-seing pour terminer le chantier afin de démontrer, en réalité, qu’il ne faut pas arrêter du tout le nucléaire. Tout ceux qui, antinucléaires ou pas, remettent ne serait ce qu’ à dix ans une hypothétique sortie prennent pour tous, tout simplement, le risque de la relance et de la catastrophe. Car le premier EPR terminé et en fonctionnement, quoiqu’il en ait coûté d’argent bien sûr mais aussi de vie humaine, tout sera évidemment parfait et on aura de cesse de nous convaincre de passer à l’EPR suivant. À bon entendeur !

Pour le moment, le lobby fait le dos rond mais n’aspire qu’à remettre en œuvre la méthode des petits pas. Tout est bon pourvu que l’on ne cède rien et on ne cède rien évidemment même quand le gouvernement dit qu’il suivra toutes les recommandations de l’ASN, quel qu’en soit les conséquences que personne ne saurait prévoir pas même le coût de construction qu’on sait déjà pharaonique !? 6 milliards d’euro pour une cocotte minute intrinsèquement faite pour exploser, c’est sans doute cher payé mais ce n’est pas perdu pour tout le monde : vous avez dit béton ?

Dernier commentaire sur ce premier passage : remarquez que pour l’énergumène nucléocrate, Fukushima n’est qu’une « affaire » ! Sous-entendu, un problème c’est à dire justement le contraire d’une affaire. C’est tout un état d’esprit, tout une mentalité qui se fait jour ici. Une conception parfaitement illustrée par le départ précipité des gens d’Areva encore présent à la centrale de Fukushima le 11 mars dernier, dès que la catastrophe était devenue certaine.

Eux, étaient bien placés pour savoir. Quelques heures plus tard et durant plusieurs jours, Besson allait essayer de nous convaincre que ce n’était pas une catastrophe. Pourrons-nous compter sur eux et les voir impliqués, personnellement, physiquement, dans cette «ligne de défense» qui devrait être constituée d’abord de « la force d’intervention rapide » puis, on ne le souhaite à personne, de l’armée de liquidateurs qu’il faudra bien trouver le jour où leur bouilloire atomique « dernier cri », nous aura fait le coup de l’explosion de « dégazage » radioactif, cet EPR ou l’un des 58 autres réacteurs tout autant archaïques de conception mais, après 30 ans de service, certainement périmés et bons à réformer ?

Tchernobyl a nécessité plus de 900 000 soldats liquidateurs !… En seront-ils la prochaine fois ou détaleront-ils à nouveau comme des lapins prenant les yens et les euros et laissant les retombées de MOX derrière eux ?

L’heure de prendre ses responsabilités

Le lobby français a, plus souvent qu’à son tour, eu sa chance : il a pipé des centaines de milliards pour sa recherche et pour le développement de son industrie. Il a aussi reçu plus d’un avertissement. Combien de catastrophes lui faut-il encore ? Le moindre que l’on puisse dire c’est que la confiance et surtout la patience sont épuisées. Maintenant, c’est non, niet, nada, rien, plus jamais de Tchernobyl, plus jamais de Fukushima. Ça suffit ! Dégage ! Sayonara !

NON… la relance que l’on cherche à nous imposer ne se fera pas en mon nom !

Les cabinets de lobbying qui couvent ces serviteurs zélés de l’oligarchie déguisée en personnels politiques professionnels et affairistes, squatteurs des arcanes de l’État tout comme les défroqués de l’ENA ou de Polytechnique abrités dans les bureaux douillets des firmes transnationales, faut-il encore le dire, sont le fer de lance de la fabrique de notre consentement. Ils ont pour y parvenir les moyens du plus gros budget mondial après l’armement, celui de la relation publique. C’est le terme aristocratique équivalent aux termes bien plus vulgaires que sont le «marketing» ou la «publicité» employés dans les cours de BTS ou les émissions de télé. Voyez cet exemple.

Mais, les sournois sont à l’œuvre et savent y faire. Quand ils vous disent « Industrie de l’armement et de défense», pourquoi ne disent-ils pas « industrie de la guerre et du terrorisme d’État » ? Quand vous entendez parler de relation publique, de conseil ou de publicité, pourquoi ne pas troquer pour lobbying, propagande, contrevérité autorisée ou mensonge tarifé ? Centrale électronucléaire ? Pourquoi ne pas dire, bombe atomique à retardement, arme de destruction massive ou arme génocidaire ?

Qu’on ne compte pas sur moi pour subir le discours des fourbes comme je ne compte pas sur leur électricité nucléaire ! Je vous encourage donc à vous méfier, à vous protéger des manipulations et à dire, vous aussi, haut et fort :

NON, je refuse d’être le liquidateur de vos errements atomiques,

NON, je refuse d’être complice de l’insulte permanente faite à l’avenir du monde et de nos enfants !

NON, je ne veux pas être de ces impis à la solde d’irresponsables ordonnateurs anonymes et planqués.

NON, je ne veux pas de cette électricité mortifère !

NON, je ne veux pas être tenu pour responsable,

NON aux mensonges et à la dissimulation, NON à la morgue nucléaire !

Peu importe la manière et les motifs, disons toutes et tous, tout simplement NON !
… et enfin tournons cette page macabre. L’épée de Damoclès en moins, nous serons plus tranquilles pour nous occuper du reste.

Factures : le nucléaire est au-dessus de nos moyens

Ouvrons les yeux, grands, TRES GRANDS OUVERTS ! S’ils emportent cette bataille de la relance, vous paierez toutes les factures à commencer par celle de l’électricité qui a déjà augmentée de 30% en 2 ans : vé-ri-fiez ! Mais vous paierez aussi celles de toutes les irresponsabilités à commencer par l’irresponsabilité politique : de quoi le Général de Gaulle est-il responsable aujourd’hui ? De quoi NS sera t-il responsable demain ?

Toutes leurs inconséquences auront à la clef une facture à payer, des factures qui se paieront toutes au prix fort, comme celle que payent depuis 25 ans les populations biélorusses, ukrainiennes et depuis 9 mois les gens du soleil levant, particulièrement les plus jeunes d’entre eux. Et d’autres encore paient aussi de ces factures sans rien d’autre en retour que du morbide, au Niger par exemple.

Mais, sans être exhaustif, il y a aussi une autre facture qui se paye cher aujourd’hui, rarement à plus de 100 km de chez vous. C’est celle que paye ces étranges «intouchables» du nucléaire exploités par Areva, EDF et leurs « mal-sous-traitance »

« La bouche accuse, le cœur absout. »

Venons en maintenant au deuxième exemple et à la réaction du même Bertrand Barré à la suite d’un reportage diffusé au cours de la même émission de service public. Le reportage justement veut s’enquérir de la réalité ouvrière de ceux que l’on appelle les « précaires du nucléaire » que l’on trouvera, dans le cas présent, en poste à la centrale de Chinon puis hébergés dans un camping, été comme hiver. Précaires, nomades, en fait des travailleurs prêts à subir des pressions inhumaines et, le savent-ils eux-mêmes, des esclaves modernes que l’on aura conditionné pour en faire de bons soldats prêts à donner, bout après bout, dose après dose, leur vie pour une poignée d’euros.

Sachez le, un réacteur arrêté c’est 1 million d’euros par jour de manque à gagner ! Ils ont intérêt à faire fissa comme on disait au sein de l’armée d’afrique du nord, quitte à ce que l’on fasse des impasses, quitte à ce qu’il y ait des «pots cassés», quitte à signer d’inacceptables et délinquants R.A.S.

Ici nous touchons véritablement le coeur du sujet. Nous n’avons rien contre ces personnes que d’emblée nous respectons et d’une certaine manière que nous admirons pour le travail ignoré de toutes et de tous qu’ils accomplissent dans les tréfonds de l’enfer nucléaire. Ce sont nos concitoyens, nos compatriotes, nos frères. Si nous voulons l’arrêt sans condition du nucléaire c’est aussi par ce que nous trouvons leurs conditions de travail insupportables quand certains d’entre eux finissent par les confesser. Cela aussi, il faut que ça cesse !… peut-être même, d’abord.

Et si nous le leur disions clairement, et s’ils voulaient bien nous entendre. Ils pourraient prendre la décision, avec nous, de tout arrêter dès demain. Car sans eux, rien de cette machine infernale ne peut tourner. S’ils s’arrêtent, la machine aussi s’arrêtera et elle s’arrêtera très vite.

Alors qu’ils nous pardonnent de le dire : nous n’avons jamais rien demandé à personne, jamais. Le choix du nucléaire a été fait à notre place alors que l’on aurait pu tout à fait produire de la lumière autrement. Cette situation, cette exposition mortifère, la vôtre, c’est aussi la nôtre. Dès qu’on en a la connaissance, elle est inacceptable et ça fait bien trop longtemps, que pour ma part, j’en connais l’existence. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne suis plus un abonné d’EDF.

Rien ne justifie en effet que l’on impose un tel traitement à des travailleurs, à des salariés, quels qu’ils soient. Alors, quoi faire d’autres dans ce pays pour dire son désaccord complet tandis que par ailleurs on veut défendre le service public ! Le vrai ! Celui qui protège, celui qui va au-devant des difficultés des plus nécessiteux et des plus faibles, celui qui aime sa jeunesse, celui qui aime ses vieux. Pas celui qui joue les intrépides pour mieux extraire la substantifique subside de l’atome.

Service « de relation » publique : deuxième volet

Il faut plaindre ceux qui, comme ce fou mental d’Hervé Nifenecker au cours de la même émission de radio [à partir de 34min 22sec], sont prêts à se défausser sur le peuple alors que lui et ses pareils se sont toujours réservés le droit de faire jamais autre chose que ce qu’eux seuls ont voulu. Le nucléaire et la nucléocratie, c’est eux et personne d’autres. Ce sont les seuls responsables et un tribunal Russell [2] d’ailleurs les attend. S’ils sont effectivement responsables, ils devront comparaître, ils devront assumer leurs responsabilités d’empoisonneurs.

Comme vous le verrez, ce long préambule n’est pas sans arrière pensée. Il renvoie aux trois films que je vous proposerai plus bas de visionner qui, chacun à leur tour vont illustrer, démontrer et argumenter en faveur de l’abolition du nucléaire. Chacun à leur manière, en posant le sujet dans un contexte général, historique, puis en démontrant l’exact contraire de ce qui aura été décrit et déclaré par les zélateurs de la destruction de l’atome de vie et finalement en montrant ce que sont les conséquences réelles des propos totalement irresponsables qui dominent encore dans les réponses apportées par les précaires du nucléaire eux-mêmes dont on comprend bien qu’elles ont été parfaitement bien préparées : écoutez et remarquez comme tout est bien lisse et parfait malgré l’indigence de la condition de ces hommes. Sous couvert de discours carré, un florilège magnifique d’assujettissements, de renoncements peut-être et de résignations sans doute qui façonnent l’obéissance du moutonnier et du servile.

Réactions à nouveau de B. Barré à propos de la « sous-traitance nomade » (pourquoi ne pas dire « esclavage » ?) :

« Je voudrais expliquer juste que si ces gens sont des nomades du nucléaire c’est parce qu’ils sont des gens spécialistes pointus et très professionnels, justement. Donc ils vont de centrale en centrale parce que… ils ont une expérience qui font que, du fait, ils prennent moins de risque que les autres, qu’ils font les choses mieux que les autres. C’est pour ça. Alors, effectivement c’est une vie qui n’est pas agréable mais ils en sont très fiers.»

N’en jetez plus ! Croit-il vraiment à ce qu’il dit en le disant ? Il faut espérer que non car un jour, il pourrait être en situation de devoir en rendre compte. Faut-il apporter un commentaire ici ? Faut-il démontrer combien ce monsieur parle magnifiquement pour les gens dont il ne sait rien, ni de leur spécialités pointues, ni de leur supposée fierté, ni de leur condition de vie. Faut-il vraiment dire combien « ces gens » sont une affaire pour ce Bertrand Barré qui acceptera volontiers de dire qu’il n’est pas de ces spécialistes pointus et très professionnels et pour cause ?!… Faute avouée… dit-on. Mais surtout, faut-il que nous soyons en guerre pour envoyer ainsi des hommes au feu de l’atome ?! Mais quelle guerre au juste ?

Qui est prêt à accepter cette « servitude moderne » faite de « R.A.S. » et de « sacrifice » qu’aucun abonné d’EDF, qu’aucune citoyenne et qu’aucun citoyen français, jamais, n’accepterait que l’on impose à quiconque si jamais on leur demandait leur avis alors que, justement, ils ne savent rien de la réalité concrète de ces ouvriers risque-tout et qu’on ne les a jamais ni éclairé ni consulté sur la question !

Mais, c’est vrai. Pourquoi informer un peuple des réalités du nucléaire puisqu’on se contrefiche de son avis depuis toujours ?

Complexe mais tellement évident !

Les lecteurs de plus en plus nombreux des articles publiés par Netoyens.info savent que les auteurs ont en général une appétence particulière pour l’analyse complexe des choses de notre monde de brutes épaisses et d’esclavagistes affairés.

Je dis bien « complexe » car si l’on veut comprendre le système tel qu’il va à notre perte, compliqué à souhait par la veulerie et l’incompétence des gens qui dirigent et se piquent de gouverner, il faut faire l’effort d’une démarche qu’on enseigne finalement peu à l’école.

Pour tenter de parvenir à mes fins, pour essayer à nouveau de vous convaincre qu’il est temps que nous obtenions l’abolition de la peine nucléaire, une fois n’est pas coutume, je voudrais vous proposer de visionner trois films que vous n’avez probablement pas encore vu. J’aurais pu en choisir d’autres et j’imagine déjà qu’on pourra me faire le reproche du choix d’un d’entre eux ou même des trois. J’espère cependant que vous accepterez la démarche et que vous prendrez votre courage à deux mains… pendant qu’il est encore temps.

Bientôt ce sera la relance à moindre frais et, à la clef, l’accident irréversible. Jugez en par vous mêmes.

 

Âmes sensibles s’abstenir

 

  1. De la servitude moderne

  2. R.A.S - Nucléaire, rien à signaler (bande annonce)

    Extrait 1
    Extrait 2
    Intégral
  3. Le sacrifice

Garde à vous !

Après le visionnage de ces trois films, vous aurez compris comme moi et bien d’autres, de plus en plus nombreux, combien le hiérarchisme des casernes et de l’entreprise cotée au « cacaquarante » est par essence et en réalité absolument antidémocratique. Il est aussi une caractéristique de la République et particulièrement de la 5ème Rep du Général de Gaulle. L’organisation pyramidale est aussi intrinsèque au paradigme nucléaire dont le grand Charles aura été l’initiateur tout puissant.

Ce paradigme, cette logique implacable qui, quoiqu’on en dise, nous a été imposée, aura façonné notre société jusqu’à créer les conditions de l’acceptation quasi générale d’une industrie pourtant délétère et mortifère dont il est impossible de dissocier la facette militaire de la facette civile. Je crois en faire toute la démonstration ici.

Le meilleur et le dernier exemple en date, est ce four de la Socodei, filiale d’EDF supposée civile, qui a explosé le 12 septembre dernier crachant un « geyser de métaux » irradiés en fusion d’origine civile et militaire, faisant un mort et 4 blessés dont un brûlé, agé de 27 ans, au 3ème degré sur 85% du corps : que fait-il à l’hôpital militaire Percy de Clamart (région parisienne) alors qu’il avait été évacué par hélicoptère au CHU Lapeyronie à Montpellier ?

Certes, l’hôpital Percy « dispose d’un service de traitement des grands brûlés » mais il dispose comme par hasard aussi d’un « service de traitement de blessés contaminés par la radioactivité » ! Partant, on comprend moins bien pourquoi on s’évertue à nous faire croire que c’est un accident industriel donc civil et non pas un accident nucléaire impliquant des métaux irradiés d’origine militaires. Quoiqu’on en dise, comme la République, l’industrie atomique est aussi une et indivisible et il faut bien ça pour faire de l’atome un business juteux dans le dos de la population et sur le dos des salariés.

Les autorités françaises disent-elles toute la vérité à propos de ce père de famille de 51 ans d’origine espagnole dont le cercueil au blindage spécial a été fermé avant que les siens puissent le voir une dernière fois ? Allez savoir.

À la force du marché

Civile et militaire ici ne font qu’un, indissociables jusque dans la culture d’entreprise que (sup)porte cette légion nucléaire qu’on découvre coutumière du R.A.S., ce fer de lance d’une armée dont l’un des grands chef est aussi un ancien commando qui veut mettre en oeuvre, on l’a vu, « une ligne de défense » digne de la ligne Maginot et une «force d’action rapide » dont l’idée a été directement tirée de la FAR franco-allemande. L’ennemi à combattre, à réduire, à dominer, à domestiquer - croit-on - n’est autre que cet atome qui constitue l’essentiel invisible de la vie qu’on s’ingénie à détruire par la fission et à la force du marché. C’est un ordre qui en faisant la guerre à l’atome, fait la guerre aux principes même du vivant. C’est cet ordre là qui conditionne les esprits. Ici, on dirait l’ordre comme on dirait, la mort.

Une légion nucléaire mais une légion ouvrière d’abord. Abandonnée à son sort dont la solde s’alimente d’abord à la source d’une fierté, s’il en est, qui doit tout à une tradition d’endoctrinement militaire, bien avant la source bancaire sonnante et trébuchante. En vérité, la précarité est une condition du maintien de cette légion bien plus sûre que la fierté tant vantée par notre cher B.B. même si elle ne gâte rien, au contraire, de la bonne conduite des affaires. Sinon, cette unité très spéciale du tripalium atomique se serait disloquée et dissoute d’elle-même depuis belle lurette par la simple pénurie de main d’œuvre. On en connaît qui ont quitté ce travail devant les pratiques intrépides instituées. Mais, dans un pays fait de chômage de masse depuis plusieurs décennies, l’inacceptable devient vite un passage obligé pour bon nombre d’entre nous.

Et c’est bien aussi dans les casernes que l’on pratique l’assujettissement des corps et partant qu’on se garantit l’obéissance des consciences jusque sur ces champs de bataille où la dose à prendre n’a pas d’autre véritable pare-balles que le blindage psychologique et mental que l’on veut bien se donner, quitte, parfois, à lui donner un coup de pouce artificiel. C’est que la dose, quand il faut y aller, il faut y aller. Comme le dit d’ailleurs, Dédé Soriano, 57 ans, qu’une polyarthrite rhumatoïde évolutive non reconnue comme maladie professionnelle a rendu définitivement inapte au travail à l’âge de 42 ans alors qu’un professeur de médecine l’avait immédiatement liée au nucléaire après un examen sanguin :

« En choisissant ce métier, on sait aussi que d’une certaine façon, on est payé pour prendre des doses de radioactivité »

Et de poursuivre pour montrer tant la dose était difficile voire impossible à éviter :

« On assurait la maintenance et la révision à chaque arrêt de tranche sur tous les sites en exploitation en France. On changeait les éléments combustibles. Il fallait aussi vérifier tout le circuit primaire, de la robinetterie au générateur de vapeur, en passant les joints, les couvercles, les clapets et les vannes ».

« Moi je ne voudrais pas cracher dans la soupe. Le nucléaire, ça permet à des milliers de familles de la région de casser leur croûte. »

L’interview se termine sur ces mots incroyables en guise d’aveux :

« J’imagine qu’aujourd’hui, les agents sont mieux protégés. Mais je constate aussi que les installations ayant vieilli, les organes crachent beaucoup plus… »

Marche ou crève… comme dans la fission

Comment dire ? Prendre une dose ce n’est pas exactement la même chose qu’avaler de travers ou se fouler le poignet. C’est non seulement prendre un risque singulier mais c’est en outre attraper la mort bien plus vite que réellement obligé sous les ordres et la contrainte d’une technocratie protégées, lointaine et aveugle. Il ne doit pas être si rare que des ouvriers après une prise de conscience salutaire, abandonne la carrière. Car, en vérité, qui oblige à l’embrasser toute une vie durant ? Personne.

Toutefois, il est vrai que s’il n’y a pas réellement d’obligation, il y a aussi la contrainte économique. Comment, en effet, une société comme la nôtre, au 21ème siècle, peut-elle encore accepter qu’un concitoyen s’expose à ce point simplement pour pouvoir « casser la croûte » ? Cependant, il est impossible de comprendre l’attitude « droit dans ses bottes » de notre Dédé Soriano, ce blessé irrémédiable, si on ne lui reconnaît pas la fierté de la blessure reçue au combat. Pour qui fait-on ça ? Pour le « casse croûte » de la famille ? Sans doute. Mais il y a sûrement d’autres motivations à défaut d’autres raisons. On pense notamment à l’attrait du « challenge » consistant à braver les forces de la nature, comme une occasion trompe-la-mort de faire monter l’adrénaline. J’ai joué et j’ai perdu, pourrait-il dire. C’est ainsi.

Ce consentement moderne qui consiste à concéder à la mort un peu tous les jours pour tenter de gagner sa vie un peu tous les mois, cette étrange jeu à la roulette russe où l’enjeu est un sacrifice fortuit qu’on découvre quand le croupier a lancé « rien ne va plus », c’est à dire trop tard. Toute cette acceptation faite de concessions et d’histoires qu’on s’invente est le résultat évident d’un conditionnement.

Plus fréquent qu’on peut le penser, on peut le voir pratiqué tous les jours dans le cadre de la concurrence libre et non faussée où tout ne doit être que compétition, où l’individu livré à lui-même doit, pour se réaliser pleinement, être capable de rivaliser à tout moment contre tout et contre tous. D’aucuns, vous le verrez d’ailleurs, se comparent aux pilotes de formule 1 et portent la tunique rouge de la fameuse Scuderia, avec le blason d’Il Cavaliere sur la poitrine. Encore un peu plus loin dans le raisonnement, au sein même de ce que l’on nomme l’élite de l’armée française, on trouvera, la légion étrangère. Tout un état d’esprit : « Marche ou crève », dit-on, « comme à la légion ! ». Marche ou crève… comme dans la fission ?

« Cours comme un chien et fuis comme un lièvre »

Voilà ce qu’il y a de commun entre le nucléaire de De Gaulle et le nucléaire de Staline. L’État d’un seul homme providentiel et de la dictature éclairée à l’électronucléaire. L’État surpuissant, incontrôlé, au dessus des lois, au dessus du Peuple. La différence, c’est que cette France n’a pas encore subit son Tchernobyl, une catastrophe et une tragédie qui aura consumé 900 000 likvidatory, tous ou presque des militaires russes, ukrainiens ou biélorusses, qui pour beaucoup auront reçu comme récompense, la dose létale en quelques minutes, un diplôme valant pour médaille en toc, le droit de prendre ses jambes à son cou, et déjà la certitude d’une fin de vie en lambeau, dépecés plus au moins lentement par cet ennemi atomique involontaire et pacifiste qui aura fini par les ronger tous, de l’intérieur, tôt ou tard, à l’insu de son plein gré. Trop vite en tout cas. « Cauchemar ! » répétait Anatoli dans sa chaise roulante avant que son cœur, atomisé, ne le lâche.

Mais la France atomique n’est plus exactement celle-là. Même à part, même au dessus de tout y compris de la démocratie, même encore et toujours orchestrée par cette même baguette militaire qui ne produit que la musique dont peut être capable celle qu’on appelle « la grande muette », cette France là, elle aussi, aura subit les mutations et les transformations néolibérales voulues par un capitalisme financier insatiable, une grande siphonneuse soiffarde du moindre point de taux de profit. Désormais, inconscients de ce que signifie le risque nucléaire, les nouveaux managers férus de « gestionite aigüe » allaient gérer le risque comme on gère des paquets de lessive pour mieux aller arracher la rentabilité et les points croissance avec les dents… de la mal-sous-traitance.

La baguette est désormais dans la main invisible de transfuges schizophrènes. Toujours porteurs de l’uniforme, ils auront en outre endossé celui du dictat et de l’ordre financier. C’est ce nucléaire là, celui où l’on a troqué le mutisme d’antan pour l’omerta des mafieux ou de ces Yakuzas totalement inconscients qui auront eu raison de quatre bouilloires atomiques à Fukushima. La catastrophe et la tragédie étant loin d’être terminée là-bas, le néolibéralisme appliqué au nucléaire pourra compter à son actif au moins, pour commencer, 17 000 futurs morts prématurés, rongés comme les liquidateurs de Tchernobyl par le feu nucléaire, morts dévoués économiques à la cause du fallacieux «All Japan» pour une poignée de Yens.

17 000 japonais chômeurs ou pauvres, c’est une meilleure performance que 900 000 désignés volontaires soviétiques me direz-vous ? Mis à part ce cynisme de la rentabilité, je me dois d’avancer que, malheureusement, rien est moins sûr car, tout indique qu’on aura mieux protégé la population autour de Tchernobyl que le gouvernement Japonais ne le fait autour de Fukushima Daiichi et les régions alentours. La différence, la valeur d’ajustement, pourrait bien être cette fois-ci la population dans son entier. L’explication est simple. On n’avait pas besoin de payer les liquidateurs de Tchernobyl autrement que d’un diplôme sans valeur et à ce tarif, on pouvait en irradier sans vergogne. La loi du marché quant à elle n’a pas plus de scrupules et surtout aucune morale mais elle a la force de l’arithmétique du niveau primaire qui fait qu’un liquidateur japonais, même mal payé, est bien plus cher qu’un likvidatory biélorusse ou ukrainien. La Tepco étant décrétée insolvable et le Japon un territoire surpeuplé, les conséquences sont évidentes, c’est le peuple qui paiera la facture. Explications par le Dr Michel Fernex.

Populisme antinucléaire

Nombreux sont les antinucléaires qui comme moi, après Tchernobyl, avaient misé sur une nouvelle catastrophe en Europe et singulièrement en France plutôt qu’au Japon. Jusqu’ici maintes fois évitées, parfois de justesse, il se trouve que, depuis trop longtemps, toutes les conditions n’en sont pas moins réunies bien au contraire. Autrement dit, on ne perd rien pour attendre car ça ne peut pas s’arranger avec des réacteurs chaque jour un peu plus vétustes, vieillis, usés, avec une crise systémique qui n’en fini pas de réduire les moyens disponibles et de nous plonger dans la récession économique. Demain matin peut-être, l’irréversible sera à la Une des journaux.

L’atome de NS est d’ores et déjà, plus que jamais en 2012, la synthèse que l’on vient d’essayer de décrire, synthèse du hiérarchisme militaire de la République héritée de De Gaulle et de la révolution conservatrice revancharde du « travailler plus pour rembourser plus ».

Le chef actuel de la majorité présidentielle et avec lui tous les séides du néolibéralisme, n’ont eu de cesse de nous répéter depuis 20 ou 30 ans qu’à l’heure de la mondialisation il fallait que la France s’ouvre et regarde ailleurs ce qui se faisait de mieux. Qu’à cela ne tienne ! Monsieur le Président.

Je ne vois pas d’Allemagne, ni de Suisse, ni d’Italie ni même de Japon éclairé à la bougie et pourtant ! Dans l’Europe atomique il n’y aura bientôt plus que le nucléaire de la France et à vous entendre, cette fois-ci ce sont les autres qui devraient prendre exemple. Votre rhétorique, Monsieur le Président, décidément, affichent de plus en plus les incohérences de la démence. Le réalisme aura procédé par élimination et par votre décision antidémocratique de maintenir coûte que coûte ce fleuron défraichi et dangereux, vous voudriez faire partager tous les risques avec ceux qui ont décidé d’y renoncer définitivement… y compris nous.

Non. Ce n’est plus de conviction mais d’un entêtement au mieux électoral, au pire égotiste. Un aveuglement même qui nous fait conclure que dans ces conditions, la prochaine catastrophe, tout bien considéré, sera pour nous si nous ne vous arrêtons pas immédiatement dans cette course insensée de la relance atomique.

Un dernier mot. Je crois que certains antinucléaires font inconsciemment le jeu des pros. Ils se fourvoient quand ils évoquent « l’erreur humaine » comme cause de la catastrophe de Tchernobyl. Une ancienne ministre de l’écologie l’intègre même comme telle dans ce qu’elle appelle la « gestion de l’interface » entre la décision de la sortie « un jour » et la sortie effective. Ils font fausse route comme De Gaulle traitait les français de « veau ». Par là, on voit trop l’erreur et on ne regarde pas assez la condition. Dans ce monde-ci, l’être humain comme les singes qu’on se prépare à exposer pour mesurer l’impact des rayonnements dans la forêt de Minami Soma City près de Fukushima, sont en fait les instruments d’un système dont la force logique et les rouages sont constitués pour broyer toute humanité et oblitérer son avenir.

Qu’on oublie jamais : quand le chaos vient puis quand vient le jour où c’est le chaos, quelle que soit votre opinion, soyez toujours du côté du peuple

 

 


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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (11)

edrobal edrobal ·  23 décembre 2011, 18h24

“Je crois que certains antinucléaires font inconsciemment le jeu des pros. Ils se fourvoient quand ils évoquent « l’erreur humaine » comme cause de la catastrophe de Tchernobyl.”
Je ne suis pas d’accord avec cet argument. Le lobby nucléaire communique beaucoup sur la sureté en prétendant avoir tout prévu y compris une chute d’avion. Or c’est l’évènement surement le moins probable. Par contre, l’erreur humaine est l’évènement à la fois le moins prévisible et le plus probable. C’est aussi celui qui semble ne jamais être intégré dans les scénarios d’accident. Donc, en mettant l’accent là dessus, on pointe une des plus graves lacunes de cette industrie.
Tout système qui fonde sa fiabilité sur l’infaillibilité humaine est par principe non fiable.

EJ EJ ·  19 janvier 2012, 07h47

La petite musique médiatique qui pointe «l’erreur humaine» comme elle sert la «cellule psychologique» après chaque catastrophe a comme toute chose sa part de vérité : ici de l’infaillibilité humaine comme du risque zéro qui n’existent pas. Mais elle tient lieu bien trop souvent - c’est ici l’hypothèse - de réflexe dans le commentaire et surtout de l’impensé qu’impose le corridor bien balisé de la «pensée unique» qui domine encore. Autant de tare qui caractérise le moment et célèbrent la dictature du « courtermisme » comme la quête frénétique de profits.
Posons la question autrement. Comment se fait-il que l’on ne qualifie jamais d’«erreur humaine» les décisions et les actes totalement destructeurs de Mme Merkel et MM. Papandréou, Monti ou Sarkozy ? La liste n’est pas exhaustive bien sûr. Au début de la «criiiise» et même encore récemment, on leur octroyait généreusement le «courage» de la décision. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Dès que l’aura du titre ou du mandat est absent du descriptif et des attendus de la situation, on découvre une facilité confondante à mettre à l’index celui qui, au bout de la chaîne de décision, se doit d’agir dans un contexte qu’on trouvera passablement dégradé si on veut bien le voir, contexte qui, à mon sens, fonde largement les conditions de « l’erreur ». Trop facile d’accabler le bonhomme quand toute une société s’en remet aveuglément à un système compliqué par les irresponsabilités (y compris la nôtre au point que l’on doute de vivre encore en démocratie), les incompétences et autres lâchetés parsemées dans la structure hiérarchique.
Voilà ce que j’ai essayé de démontrer ici en évitant de me contenter des évidences et de l’écume des réalités blablatiques. Pour le comprendre il eu fallu sans doute en prendre le temps.

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Par AFP Publié le 12 octobre 2013 à 13h40

Les autorités japonaises ont peut-être sous-estimé de 20% la radioactivité à laquelle les employés de la centrale de Fukushima ont été exposés après la catastrophe, rapporte samedi l’Asahi Shimbun citant le Comité scientifique de l’Onu sur les conséquences des émissions radioactives (UNSCEAR). Le quotidien s’appuie sur la version résumée d’un rapport de l’UNSCEAR qui a évalué la radioactivité à laquelle ont été exposés 25.000 personnes ayant travaillé à la centrale avant la fin octobre 2012 sur la base de données fournies notamment par le gouvernement et l’exploitant Tepco. Or, les examens thyroïdiens auxquels ils ont été soumis assez longtemps après la catastrophe de mars 2011 ne tiennent pas compte de l’iode 132 et 133, dont la radioactivité s’atténue plus vite. Si ces conclusions sont exactes, davantage d’employés de la centrale pourront bénéficier d’un suivi médical gratuit, écrit le quotidien.

EJ EJ ·  28 avril 2014, 01h06

“Il y a encore beaucoup de pays souffrant d’un large écart entre les riches et les pauvres. Des millions de personnes vivent encore sous le seuil de pauvreté et c’est à elles qu’il faut penser”, a expliqué le Dalaï Lama qui estime que l’atome est une solution préférentielle pour répondre à la demande énergétique dans les pays en développement.
http://lenergeek.com/2014/04/25/au-japon-le-dalai-lama-apporte-un-soutien-inattendu-au-nucleaire/


Ce soutien pourrait être décevant là où le bouddhisme officiel bénéficie depuis de nombreuses années d’un enfumage new age mal digéré.

Il n’est surtout pas surprenant car ce dalaï lama est un de ces «progressiste» techno idolâtre qui, on le découvre ici, semble penser que les écarts iniques de richesse n’existent pas aussi en France, au Japon et ailleurs où le nucléaire est roi !

Et si nous parlions du Niger où l’atome fait plus de ravages qu’il apporte sa lumière ultra subventionnée ?

Faut-il, par exemple, qu’il ignore la réalité sociale de ceux qu’on appelle “la viande à REMS” pour tenir de tels propos ? Sont-ils, en France, de l’élite polytechnicienne de la République ? Sont-ils ceux qui émargent le plus dans cette industrie ? Bien sûr que non. Loin s’en faut.

Cette caution philosophico-mystique qui nous vient moins des sommets du monde que du fin fond d’un exil politique oublié a aussi quelque chose de fétichiste qui rend la prise de position particulièrement insupportable et inacceptable.

Elle doit être absolument dénoncée car d’autres de même acabit pourraient bien embrayer ce mauvais esprit.
Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  30 avril 2014, 15h07

Fukushima : il photographie les radiations

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