Dernière mise à jour 24/09/2017

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Le nucléaire en soins palliatifs

Mois après mois, nous vous tenons au courant de la déconfiture de l’industrie atomique, dans le monde et particulièrement en France. La catastrophe est nucléaire (Fukushima), industrielle (EPR), financière (faillites de Tepco, d’Areva), judiciaire (affaires de corruption Uramin, « don d’Areva »), etc. Mais il faut savoir être fair-play et reconnaître l’acharnement désespéré des atomistes à essayer d’y croire encore, avec des effets d’annonce pittoresques, ou dérisoires, ou ridicules, souvent les trois ensemble.

Vous vous inquiétez du sort des liquidateurs, sacrifiés dans les centrales de Tchernobyl et Fukushima ? Rassurez-vous, on nous annonce « Une armée de robots en cas de désastre nucléaire » (Le Parisien, 16 juin 2015). « Ebull, Erose, Erase, ce ne sont pas les nouveaux héros du prochain Disney de science-fiction mais les noms de ces robots prêts 24 heures sur 24 en cas de détresse dans une centrale nucléaire. » Grâce à nos amis suisses (Le Matin, 13 avril 2015), nous apprenons toutefois que ce genre d’intervention est d’ores et déjà de mise, qui plus est en situation : dans la centrale de Fukushima. Mais cela ne fonctionne pas bien du tout : « Le robot-serpent était utilisé pour la première fois pour examiner l’intérieur du réacteur. L’appareil s’est arrêté après dix mètres et ignoré [sic] toutes les instructions données. »

Après les serpents, la bactéries : « Une bactérie pour décontaminer les sites nucléaires » (BFM TV, 16 juin 2015). Bigre, de quoi s’agit-il ? « Cela fait des années que la voie biologique est envisagée pour la décontamination des sites nucléaires, mais la découverte d’une nouvelle bactérie pourrait relancer cette option. » Peut-être que ces micro-organismes seront plus obéissants que les robots ? Mais, vous vous en doutez, les recherches n’en sont qu’au début et, d’ailleurs, nous pouvons pronostiquer qu’elles n’aboutiront pas avant quelques millénaires. Rien de grave puisque les contaminations radioactives durent encore plus longtemps…

Du coup, puisqu’il reste impossible de limiter les contaminations, le lobby nucléaire sort son joker : « Bionerd23 ». Qu’est-ce, ou plutôt qui est-ce ? Cet étrange pseudo désigne une jeune femme qui se balade dans la zone interdite autour de Tchernobyl et s’y filme entrain de manger des produits radioactifs, avec une prédilection pour les pommes. « Ses vidéos les plus regardées répondent à un besoin d’expliquer pourquoi les choses que nous considérons communément comme dangereuses ne le sont pas, ce qui explique aussi pourquoi elle ne porte habituellement aucune protection. » (Slate, 6 mai 2015). Questionnée sur le pourquoi de cet étrange activité, elle se défausse : « Je ne parle pas de ça. Ça n’a aucun intérêt. » Nous pensons au contraire qu’il y a beaucoup d’intérêts en jeu derrière tout ceci, et que cette dinde ne devrait pas avoir de mal à financer les traitements dont elle aura bientôt besoin. C’est en tout cas tout le mal que nous lui souhaitons. Non mais.

Centrales au sec

Chez nous, on en apprend aussi de bien belles : « Tricastin : la centrale nucléaire parée pour 10 000 ans contre les crues » (Le Midi libre, 16 juin 2015). « La centrale nucléaire est désormais parée pour résister à une crue décamillénale, autrement dit, une inondation qui ne se produit qu’une fois tous les 10 000 ans. » Eh bien il était temps : la centrale a été mise en service en 1980, ce n’est que 35 ans après que les protections nécessaires ont été mises en place. Nécessaires… mais sont-elles bien suffisantes ? Toutes les lignes Maginot sont faites pour être contournées. Et puis, une crue supérieure à la « décamillénale » peut se produire dans 20 000  ans… ou dans trois semaines : au vu des « réussites » d’EDF et Areva, ce ne serait guère étonnant !

Serpents, vipères, bactéries : l’industrie nucléaire ne croit pas vraiment s’en sortir avec de tels expédients. D’ailleurs, elle a compris qu’il était temps de passer aux choses sérieuses : « Areva accusé de procéder à des licenciements secs » (Le Figaro, 15 juin 2015). Des licenciements « secs », bigre ! C’est probablement un volet de la lutte contre les inondations. Et en tout cas il s’agit d’un vrai… séisme : pour la première fois depuis des décennies, l’industrie nucléaire française ne va plus seulement se débarrasser des malheureux précaires qui sont sacrifiés dans les opérations de maintenance les plus dangereuses, mais aussi de salariés permanents. Pour eux, adieu veaux, vaches, cochons, écrans plats, salaires généreux et primes rondelettes : le nucléaire n’est plus ce qu’il était.

D’ailleurs, à propos de vipères, les temps sont durs même pour l’ex-patronne d’Areva, Mme Lauvergeon et pour son mari Olivier Fric le bien nommé : la cellule anti-blanchiment de Bercy vient de découvrir que le bonhomme détenait un compte bancaire de 600 000 euros en Suisse, non déclaré au fisc français (Le Point, 17 juin 2015). Oui, vous avez bien lu : ce couple si décrié n’aurait mis à l’abri que la misérable somme de 600 000 euros. C’est bien là la preuve que l’industrie nucléaire est au plus mal. Bientôt, les Fric vont devoir faire leurs courses avec Bionerd23 dans la zone interdite de Tchernobyl. Vous reprendrez bien une petite pomme ?


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Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

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