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Valls sans hésitation

valls-aurillac-2013.pngLe chapelet des renoncements de M. François Hollande s’égraine au fil des mois. Parmi les promesses non tenues par le candidat devenu Président de la République voilà seize mois il en est une pour laquelle l’on peut difficilement invoquer la cause budgétaire. Il s’agit du traitement réservé aux enfants de parents en instance d’expulsion du territoire français. Ils continuent d’être enfermés en centre de rétention au mépris des réprimandes européennes adressées à la France en ce domaine. M. Manuel Valls , Ministre de l’Intérieur, semble vouloir demeurer le gardien jaloux de cette honteuse pratique que les citoyens « normaux » souhaitaient ne pas voir survivre au règne calamiteux de M. Nicolas Sarkozy. M. Hollande a-t-il vraiment renoncé à être le « président normal » qu’il promettait de devenir ?

Rafraîchissons-nous la mémoire en relisant la réponse qu’avait adressé le candidat François Hollande au Réseau Éducation Sans Frontières (Resf) lors de la campagne de l’élection présidentielle 2012. La réponse était claire et nette, semblait sans ambiguïté :

« Je serai à cet égard particulièrement attentif au sort des enfants. Sur ce point je prends un engagement : celui de refuser la rétention des enfants. Je répondrai en ce sens précisément à l’appel que vous avez lancé avec l’observatoire de l’enfermement des enfants qui souligne avec force les conséquences de leur rétention. Tel a été également le sens de la condamnation de la France par la Cour Européenne des droits de l’homme dans l’arrêt Popov du 19 janvier 2012. L’intérêt supérieur de l’enfant doit primer. C’est pourquoi des alternatives à la rétention, telle que l’assignation à résidence, doivent être mises en œuvre dans le cas des familles avec enfants pour lesquelles une procédure d’éloignement est en cours. »

Rappelons également que M. Hollande était alors le candidat du Parti Socialiste dont il avait remporté les Primaires quelques mois auparavant. C’est dire si le candidat ne parle pas en son seul nom à l’époque. Il se souvient bien sûr du communiqué du Parti socialiste du 23 septembre 2009 :

« Le Parti socialiste, lors de la réunion de son Secrétariat national du 23 septembre, a décidé de signer l’appel lancé par le Réseau Éducation Sans Frontières, pour le respect par l’État des droits de l’enfant et de sa famille. Qu’il s’agisse de démembrement des familles lorsqu’un des deux parents est expulsé, ou de la mise en rétention des enfants avec leurs parents menacés d’expulsion en centre de rétention administrative, les droits des enfants sont mis à mal par la politique actuelle du gouvernement. Pour le Parti socialiste, l’intérêt supérieur de l’enfant doit rester au premier plan. Le maintien de l’unité familiale doit devenir la règle, mais ne doit plus servir de prétexte à l’enfermement d’enfants. »

Là aussi les choses étaient clairement dites.

Après les paroles viennent les faits. Ainsi, la famille Mejidov, un couple tchétchène et ses deux enfants, Ramyi (2 ans et demi) et Riyad (3 ans et demi), a été enfermée au Centre de rétention administrative de Rennes du 21 au 29 juillet dernier. Le 29 juillet, à 2 heures 30 du matin, la police est venue les chercher au CRA pour leur expulsion du territoire français. Ils se sont barricadés dans leur chambre et tentent de résister. C’est évidemment peine perdue face à la détermination des policiers. Les parents sont menottés, les deux jeunes garçons habillés par « les forces de l’ordre ». À 4 heures 15, ils sont embarqués à bord de deux véhicules qui font route vers Roissy où un avion pour Varsovie doit décoller à 9 heures 45 (vol AF1146). On ne sait pas dans quelles conditions le vol s’est effectué pour eux. En revanche, ce que l’on sait par des militants de Resf présents devant le CRA de Rennes c’est qu’entre 2 heures 30 et 4 heures 15 du matin les deux enfants ont beaucoup crié. C’est ainsi que la famille Mejidov a été expulsée de notre pays sans que sa demande d’asile politique ait été examinée.

Depuis l’élection de M. Hollande, au moins une vingtaine d’enfants, certains âgés de quelques mois seulement, ont été enfermés dans divers centre de rétention. Il s’agit probablement de l’un de ces « effets co-latéraux inévitables » de la politique du chiffre à laquelle tous les « préfets de la République » avaient été sommés de donner des gages sous la magistrature précédente et à laquelle M. Valls ne semble pas prêt à renoncer. Comment ne pas ajouter à cet indéniable manque d’humanité l’expulsion de pères ou de mères ayant de jeunes enfants scolarisés en France depuis plusieurs années ? M. Inacio Mendes Semedo, capverdien de 48 ans, vivait en France depuis 13 ans. Il habitait Montfermeil (Seine-Saint-Denis) avec sa compagne Béatrice, française, et son petit garçon de 5 ans, né d’une précédente union. Nicolas était scolarisé en maternelle, à Gagny. Naturellement, son père s’occupait de lui et participait à son éducation. M. Mendes Semedo a été arrêté le 30 mai dernier, à 7 heures du matin, à la gare RER de Gagny, alors qu’il se rendait à la sous-préfecture du Raincy afin de se renseigner sur l’avancement de sa demande de titre de séjour déposée en juin… 2012. Il a immédiatement été conduit au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, près de Roissy.

Son expulsion a été organisée pour le 9 juin, soit une semaine exactement avant la fête des pères !

Hélas, les deux affaires brièvement relatées ici sont prises parmi de trop nombreuses histoires de vies abîmées par la froideur et l’imbécillité d’une politique indigne d’hommes prétendant être de gauche. Elles suffisent à nourrir notre colère et notre écœurement. Ces gens que l’on maltraite ainsi et dont le seul crime est de ne pas posséder les papiers requis ne sont évidemment en rien responsables des divers aspects de la crise que traverse l’Europe. En faire des boucs émissaires est un penchant particulièrement minable.

M. Valls, vous êtes bien le digne successeur des sinistres Hortefeux et Guéant !



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Yann Fiévet

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