Dernière mise à jour 20/07/2018

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Nucléaire : une semaine explosive !

On peut dire ce qu’on voudra du nucléaire - si possible du mal - mais le fait est que, en suivant l’actualité de cette industrie, on ne risquait pas de s’ennuyer en ce début d’automne !

Quel remue-ménage en quelques jours à peine, voyez un peu :

  • le 10 octobre, la Commission européenne piétine ses propres règles pour valider à la hussarde l’accord nucléaire passé entre EDF et le gouvernement britannique
  • le 14 octobre, les députés votent la diminution, de 75% à 50%, de la part du nucléaire dans la production française d’électricité. Mais “d’ici 2025”.
  • du 14 au 16 octobre, l’industrie nucléaire tient salon au Bourget
  • le 16 octobre, le PDG d’EDF est remercié.

Reprenons tout ça calmement. Au début des années 2000, les grands chefs d’EDF se mettent en tête de vendre des réacteurs nucléaires de type EPR à la Grande-Bretagne. Mais personne outre-Manche ne prête attention à cette idée, parfaitement saugrenue il est vrai. Alors, avec notre argent, EDF achète British Energy au prix fort (juste avant le crack boursier de 2008 !), la renomme EDF Energy, et… commande des EPR : le tour est joué !

Cependant, construire et exploiter des réacteurs nucléaire est une activité tragiquement déficitaire. Or, par un miracle encore inexpliqué (personne n’imagine qu’il s’agisse de corruption), EDF convainc le Premier ministre Cameron de signer un accord qui offre à EDF des conditions inouïes, en particulier un tarif garanti de rachat de l’électricité : pendant 35 ans, toutes les pertes seront remboursées à EDF par les citoyens britanniques !

Cet accord de dumping grossier n’a logiquement aucune chance de passer le filtre de la Commission de Bruxelles, tant il bafoue les règles européennes, et en particulier la fameuse “concurrence libre et non faussée” qui, pour une fois, pourrait avoir un effet positif.

Or, par un autre miracle encore inexpliqué (personne n’imagine là non plus qu’il s’agisse de corruption), la Commission Barroso, juste avant la fin de son mandat, s’autorise une dernière vilénie en validant l’accord EDF-Londres. Imaginez un footballeur qui tire un penalty à côté du but, et l’arbitre qui dit “Bon, ce n’est pas grave, je compte quand même but !”. On en est là.

Heureusement, la très antinucléaire Autriche a immédiatement annoncé qu’elle saisissait la Justice européenne, probablement bientôt rejointe par des entreprises du secteur de l’énergie, en particulier dans le secteur des renouvelables, gravement lésées par ce coup de force.

De toute façon, EDF et Areva sont incapables de construire leurs propres réacteurs EPR (respectivement à Flamanville et en Finlande), cumulant les malfaçons, les années de retard, et les milliards de surcoût : les mêmes déconvenues seront de mise en Grande-Bretagne si les chantiers EPR sont finalement lancés. Les Britanniques ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas avertis…

C’est dans l’allégresse de la bonne nouvelle venue de Bruxelles que s’ouvre au Bourget, quelques jours plus tard, le World Nuclear Exhibition (WNE) : un “salon international du nucléaire” pour célébrer l’atome.

Or, deux gros coups de froid viennent doucher l’ardeur des nucléocrates : d’abord, l’Assemblée nationale française vote la diminution de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50%, d’ici 2025. Certes, il ne s’agit là que de vaines promesses : où seront M. Hollande et ses gens en 2025 ? Mais, tout de même, voilà qui fait tousser dans les allées du WNE.

À peine le temps de respirer et la nouvelle tombe : Henri Proglio, le PDG d’EDF est remercié. Oh, bien sûr, rien à craindre de la part de son successeur, Jean-Bernard Lévy, qui arrive tout droit de Thalès, un pro de la guerre. Mais, en parcourant le site web de l’Usine nouvelle le 15 octobre, on peut lire les propos d’un responsable du salon : “On s’attendait tous à ce que monsieur Proglio soit reconduit (…) La semaine du WNE a été concomitante avec beaucoup d’informations parasites. Quel image cela va donner à tous les clients étrangers qui sont venus nous rendre visite ?

Une mauvaise image, bien sûr ! Comme l’EPR de Flamanville, comme celui de Finlande. Comme auparavant le surgénérateur Superphénix. En vérité, la seule “qualité” du nucléaire hexagonal est d’avoir pu compter pendant des décennies sur un énorme chéquier abondé sans limite par les citoyens de France, pris en otages.

Mais cette époque est révolue. EDF et Areva sont dans des situations financières catastrophiques. Et après avoir atteint 87 et 82 euros, leurs cotations à la bourse de Paris sont respectivement de 21 et 10 euros : encore un effort pour arriver à zéro !

Plus généralement, la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée de 17% en 2001 à 9% aujourd’hui. Ce véritable effondrement s’accélère encore du fait de la catastrophe de Fukushima, commencée en mars 2011, et du fait du vieillissement de la majorité des 390 réacteurs nucléaires encore en service sur Terre : beaucoup d’entre eux vont fermer définitivement, comme c’est le cas depuis peu de 5 réacteurs des USA.

En France aussi, des réacteurs vont fermer : ce ne sera vraiment pas grâce à l’inoffensive loi dite de Transition énergétique, ce sera du fait du délabrement avancé des réacteurs d’EDF. La question est seulement de savoir si ces fermetures auront lieu avant qu’une catastrophe nucléaire se produise, ou en pleine catastrophe, comme l’on fait les Japonais. Qui (sur)vivra verra…


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Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

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