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L’Unité, combien de divisions ? par Geneviève Confort-Sabathé

Geneviève Confort-SabathéEx-mili­tante du PCF (un an)
Ex-co- porte-parole des CUALS de l’Hérault
Ex-mili­tante du PG (une semaine)
Mili­tante sans parti…

Il fut un temps où la gau­che intel­lec­tuelle fran­çaise fei­gnait de s’inter­ro­ger, non sans caus­ti­cité, autour d’une for­mule fameuse qui oppo­sait Sar­tre à Aron. Les exé­gè­tes du pre­mier n’y allaient pas de main morte, pré­fé­rant, à tout pren­dre, « avoir tort avec Sar­tre plu­tôt que rai­son avec Aron ». Le débat n’était guère animé car la gau­che intel­lec­tuelle fran­çaise était sar­trienne par nature. Ter­rassé par cette for­mule lapi­daire, Aron avait-il rai­son pour autant ? Voilà bien une ques­tion que nul ne se posait puis­que le ques­tion­ne­ment mani­chéen impli­quait un enga­ge­ment indé­fec­ti­ble et quasi reli­gieux pour le cha­ris­ma­ti­que bigleux.

Quel­que qua­rante ans plus tard, la gau­che intel­lec­tuelle fran­çaise, épar­pillée en mul­ti­ples cha­pel­les, reprend l’antienne, pos­tu­lant le même enga­ge­ment indé­fec­ti­ble et quasi reli­gieux pour l’U-NI-TE, évi­tant, par là même, de se poser la ques­tion de l’oppor­tu­nité de par­ti­ci­per à des élec­tions sans enjeu.

« Plu­tôt avoir tort avec les Uni­tai­res que rai­son avec les Divi­seurs… Voire !»

La grande nou­veauté est, qu’en France, le débat poli­ti­que s’est déporté sur la gau­che radi­cale. L’autre, la social-démo­crate, sem­ble sous assis­tance res­pi­ra­toire. Le rose pâle se porte livide.

La gau­che intel­lec­tuelle radi­cale, désor­mais seule garante des len­de­mains qui chan­tent, se déchire entre Uni­tai­res sans con­di­tion, Uni­tai­res sous con­di­tion, Divi­seurs con­traints et Divi­seurs con­trits. Les  obser­va­teurs  média­ti­ques rejet­tent, clas­si­que­ment, la res­pon­sa­bi­lité du désas­tre pré­vi­si­ble aux élec­tions euro­péen­nes sur ceux qui refu­sent la « main ten­due ».

La poli­ti­que de la « main ten­due » n’en demeure pas moins d’une grande sub­ti­lité. Qu’on en juge : « Un parti enfan­çon (le PG) tend la main à un parti sénes­cent (le PCF) qui s’empresse de l’agrip­per tout en refu­sant de ten­dre l’autre à un parti adu­les­cent (le NPA), lequel pré­texte une arthrose de cer­tai­nes de ses pha­lan­ges pour évi­ter de sor­tir les mains qu’il a piton­nées aux poches. Agrip­pés aux jam­bes des trois cham­pions, des alter­na­tifs verts, rou­ges et mul­ti­co­lo­res, des objec­teurs de crois­sance, des com­mu­nis­tes uni­tai­res et des liber­tai­res fédé­rés ou pas, des syn­di­ca­lis­tes en rup­ture de cen­trale, tirent à hue et à dia».

Jamais une élec­tion n’a été plus acces­si­ble à la gau­che radi­cale, jamais un piège n’a été mieux tendu. Per­sonne ne s’inter­roge sur l’oppor­tu­nité d’envoyer une minus­cule flot­tille de dépu­tés au par­le­ment euro­péen, un par­le­ment pour­tant sans pou­voir, un « par­le­ment crou­pion », véri­ta­ble alibi de la Com­mis­sion euro­péenne omni­puis­sante. Un par­le­ment dont le seul droit est de mur­mu­rer NON lorsqu’une loi hideuse lui passe sous les yeux. Veto dont il n’a usé que qua­tre fois en qua­rante ans (Bol­ken­stein, mon amour !). Quant à pro­po­ser et défen­dre un pro­jet de loi, ses sta­tuts ne le lui per­met­tent pas.

Voilà un débat qui per­met­trait peut-être de réa­li­ser l’U-NI-TE autour d’un boy­cott à la mesure de cette immense escro­que­rie. Seu­le­ment, il fau­drait renon­cer aux espè­ces son­nan­tes et tré­bu­chan­tes qui accom­pa­gnent de leur doux chant toute par­ti­ci­pa­tion réus­sie à une élec­tion. Voilà pour­quoi cer­tains par­tis nais­sants, renais­sants ou semi-exsan­gues pous­sent à l’U-NI-TE à fond la caisse, ou plu­tôt à fond le tiroir-caisse.

Il n’en reste pas moins que le débat sur l’U-NI-TE, la faire ou pas, et avec qui, n’est pas à négli­ger car il (re)pose la ques­tion du vote utile. « Tous ensem­ble, Tous ensem­ble… der­rière le PS », pour­rait bien deve­nir  « Tous ensem­ble, Tous ensem­ble… fai­sons l’U-NI-TE ! »

Poser la ques­tion de l’unité avant celle de l’oppor­tu­nité de par­ti­ci­per, c’est comme deman­der à un enfant de pren­dre son vélo et péda­ler sans lui indi­quer le but du voyage. L’ins­tru­men­ta­li­sa­tion de l’urgence sociale et éco­lo­gi­que res­sem­ble furieu­se­ment à une fuite en avant, comme l’enfant con­damné à péda­ler pour évi­ter de tom­ber, nous serions con­dam­nés à faire l’U-NI-TE pour évi­ter une embar­dée popu­laire, une de ses révol­tes qui finit en révo­lu­tion. Il suf­fit d’écou­ter les éli­tes poli­ti­ques de la gau­che radi­cale ou du syn­di­ca­lisme d’accom­pa­gne­ment, elles crè­vent de peur. Une peur vis­cé­rale du peu­ple et de ses débor­de­ments.

Pour les Uni­tai­res sans con­di­tion (emme­nés par les diri­geants du PG), la poli­ti­que de la « main ten­due » con­fine à l’axiome, toute vérité qui ne s’y réfère est frap­pée d’ana­thème. Il me paraît essen­tiel, au con­traire, de la poser comme sim­ple hypo­thèse d’école néces­si­tant, au moins, le temps de la réflexion. L’agi­ta­tion média­ti­que faite autour de ce con­cept de mau­vaise pro­pa­gande sem­ble des­ti­née à jus­ti­fier l’échec éven­tuel du car­tel des gau­ches radi­ca­les et à dési­gner, a priori, des boucs émis­sai­res (le NPA voire les alter­na­tifs rétifs). La mayon­naise est en train de pren­dre. Il suf­fit de lire les édi­tos, plus per­sonne ne se demande ce que la gau­che radi­cale va faire dans cette galère euro-com­pa­ti­ble avec le traité de Lis­bonne. Les édi­tos s’emploient à cul­pa­bi­li­ser les Divi­seurs.

Pour les Uni­tai­res sous con­di­tion, la poli­ti­que de la « main ten­due » s’appa­rente à la poli­ti­que de la cla­que dans la gueule. Beau­coup moins polie mais sans ambi­guïté. La direc­tion du PCF ne veut ni de la Fédé­ra­tion, ni du NPA mais elle tend la main à la CNCU, som­bre éma­na­tion de la  gigan­tes­que OPA du PCF sur les CUALS. Lors du mee­ting fon­da­teur du Front de Gau­che à Fron­ti­gnan (Hérault), les CUALS avaient délé­gué, à la tri­bune, une jeune fille sans éti­quette visi­ble, pour­tant c’est un com­mu­niste qui repré­sente les CUALS de l’Hérault lors des dis­cus­sions du lundi qui regrou­pent les « par­te­nai­res » de l’atte­lage élec­to­ral. Des réu­nions où les com­mu­nis­tes font la pluie et le beau temps. His­toire de véri­fier mes inquié­tu­des, j’ai même adhéré au PG pen­dant une semaine (60 euros de ma poche), le temps d’y décou­vrir des pra­ti­ques anti­dé­mo­cra­ti­ques affo­lan­tes.  Les porte-parole dépar­te­men­taux et la can­di­date de l’Hérault pour les élec­tions euro­péen­nes y ont été dési­gnés par le fait du prince (le repré­sen­tant dépar­te­men­tal du PG) et ensuite pré­sen­tés, sur le site offi­ciel, comme ayant été élus à la majo­rité (pour les porte-parole) et à l’una­ni­mité (pour la can­di­date) ! J’ai assisté à ces bas­ses manœu­vres avant de « démis­sion­ner » sans fra­cas média­ti­que

Pen­dant que les Uni­tai­res jouent la mon­tre, les Divi­seurs con­traints jouent le « tchat » et  Oli­vier B. s’invite en « fac­teur réseau ». Fi des par­tis oppor­tu­nis­tes, vive le réseau, tous les réseaux ! Ecu­mant la Toile, l’élite révo­lu­tion­naire du NPA a pour mis­sion de rin­gar­di­ser les Uni­tai­res, les pré­sen­tant au mieux comme des pro-nucléai­res hon­teux, au pire comme des sup­plé­tifs du PS, char­gés de « fixer » les élec­teurs, dès le pre­mier tour des élec­tions régio­na­les et natio­na­les à venir. Pour réus­sir son tra­vail de sape, le NPA uti­lise des intel­lec­tuels qui s’affron­tent, par cour­riels poli­cés, sous le regard las d’un public décon­te­nancé. Pen­dant ce temps, les néo-mili­tants ron­gent leur frein en espé­rant que les sta­tuts du NPA qui pré­voient la mise en place d’une large plate-forme de porte-parole les libè­rent enfin de l’omni­pré­sence média­ti­que d’Oli­vier B.

Quant aux Divi­seurs con­trits, ils appar­tien­nent à des réseaux citoyens for­te­ment cour­ti­sés par les stra­tè­ges du NPA. Long­temps relé­gués au mili­tan­tisme sou­ter­rain, sym­bo­lisé par la stra­té­gie de la gué­rilla paci­fiste, ces réseaux sor­tent de l’ombre. Si les sou­tiers affi­chent l’air con­trit de ceux qui seraient bien res­tés dans l’ano­ny­mat des cam­pa­gnes, leurs che­faillons, allé­chés par des pla­ces (pour­tant bien peu nom­breu­ses) se pour­lè­chent les babi­nes. Le NPA sem­ble avoir jeté son dévolu sur ces grou­pes infor­mels, riches de mil­liers de mili­tants purs et actifs. Cer­tains réseaux sont sur le point d’implo­ser, celui des Objec­teurs de Crois­sance res­sem­ble à un arbre fou­droyé. Ecar­telé, ce réseau fort d’ima­gi­nai­res col­lec­tifs et d’uto­pies créa­tri­ces auquel j’envi­sa­geais d’adhé­rer voit, depuis plu­sieurs semai­nes, ses chefs s’insul­ter sur la Toile. Cer­tains capo­raux envi­sa­gent même une (més)alliance avec l’ex-chan­tre de Géné­ra­tion Eco­lo­gie pour pou­voir s’asseoir à la table de l’Europe. Il paraît que la soupe y est bonne.


    Cette lon­gue dis­ser­ta­tion pour­suit deux buts :

  • Appe­ler tous les mili­tants des par­tis con­cer­nés mais aussi  tous les citoyens enga­gés dans des réseaux de résis­tance, à se mobi­li­ser pour que s’ébau­che un vrai débat sur l’uti­lité d’épui­ser nos for­ces mili­tan­tes pour envoyer quel­ques repré­sen­tants au par­le­ment euro­péen. La recher­che de l’U-NI-TE n’a de sens que si elle pro­duit du bon­heur, de l’uto­pie, de l’espoir.
  • Se réap­pro­prier le mou­ve­ment social, aujourd’hui con­fis­qué par les syn­di­cats majo­ri­tai­res. La grève géné­rale recon­duc­ti­ble est notre seule chance d’impo­ser un vrai bou­le­ver­se­ment. Les élec­tions euro­péen­nes sont une illu­sion, les grè­ves géné­ra­les ont changé la donne en Amé­ri­que latine, pro­vo­qué la démis­sion du gou­ver­ne­ment en Islande et mena­cent l’empire béké dans les ter­ri­toi­res d’Outre-Mer.

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