Dernière mise à jour 29/05/2017

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Ce système que doit sauver le vote FN

vote-abstention.jpg« Peur sur les villes » titrait ce matin le plus beau spécimen de la presse gouvernementale, engageant un peu plus ainsi l’analyse médiatique dans l’inconvenance et le discrédit. On attend de lire la titraille de la presse du soir[1] qui ne devrait pas décevoir tellement la stratégie éculée du recours à l’épouvantail à moineaux et au vote utile est aussi le symptôme d’un argumentaire à bout de souffle toujours épris de la même idée fixe.

Avec 40 % de suffrages et une progression de 7 % depuis les dernières Municipales© (2008), le premier parti de France [2] vient d’adresser à la face du système, un blâme des plus cinglants. À ce niveau là de désaveux, le régime de la 5ème République devra s’étouffer de honte lorsqu’il annoncera, droit dans ses bottes, les résultats au terme du second tour, des résultats qui maintiendront cependant intacte la machinerie d’une démocratie de pure forme.

On ne change pas une équipe qui gagne

On invoquera Tocqueville bien sûr et quelques autres références historiques ou contemporaines doctes et expertes en matière de démocratie, autant d’autorités bien évidemment réputées clairvoyantes. Il n’empêche que l’indigence de l’analyse blablatique faussement effarouchée n’aura de cesse de travestir la vérité des motivations du vote abstentionniste qui, à ce niveau d’intensité et de persévérance, est sans doute la seule véritable démarche désireuse d’émancipation bravant ainsi le carcan systémique actuel maintenu encore en vie par un acharnement thérapeutique insensé.

Depuis quelques jours et jusqu’en ce lendemain de premier tour encore, le brouhaha des éditoriaux et des commentaires ne parlait que de cette « colère froide » qui, malgré le mutisme d’apparence, en disait long - devait-on comprendre - sur la désorientation, l’indétermination et ces éternelles incompréhensions que l’on prête sans cesse au peuple : elles le rendraient au mieux boudeur des institutions, au pire consommerait chaque jour un peu plus la rupture avec ces dirigeants qu’on appelle aussi « responsables politiques » ou « faiseurs d’opinions », tous reconnus comme les seuls détenteurs de l’explication de l’alpha et de l’oméga de toutes choses, et malheureux d’autant d’insuccès et d’incompréhensions. À défaut d’un aggiornamento véritable, le « changement maintenant » se contentera au mieux de remobiliser le réseau des arguties et des hypocrisies électoralistes habituelles en vue des prochaines Européennes©.

Colère froide ou indignations brulantes ?

Devant ce fait historique avéré d’un abstentionnisme obstiné et frondeur, en outre et quoiqu’on en dise, de plus en plus politisé, l’on devrait cesser de le stigmatiser pour préférer le prendre bien plus au sérieux autrement qu’en bidouillant à la dernière minute un vote blanc toujours aussi inutile[3]. Devant l’échec consommé du recours au mode explicatif des stratégies électorales, les gouvernances néolibérales de gauche comme de droite qui durcissent le ton sécuritaire et serrent la vis sociale et budgétaire marquant chaque jour un peu plus leur posture par des actes réactionnaires et brutaux, sont en train d’apprendre à leurs dépens qu’il leur faudra bien un jour renoncer à l’incurie oligarchique et au mépris systématique d’une démocratie réelle toujours en projet, chaque jour un peu plus menacée par la barbarie dont on attise les feux avec cynisme.

Malgré l’impératif de ces changements, la morgue des puissants encore aux manettes continuera de trouver les ressorts nécessaires à sa perpétuation puisque l’État et le régime pronucléaire qui l’anime s’est structuré durablement pour agir au service d’une dette programmée et odieuse et dans l’intérêt non pas des citoyens mais de la croute épaisse des nantis et des pouvoirs de l’argent.

Cet abstentionnisme, loin d’être un signe de colère froide, froide comme on dirait ivre d’elle-même et prête à tuer, sous-entendu révolutionnaire comme on dirait sanguinaire, sans motif et sans objet véritables, c’est bien plutôt une somme grandissante d’indignations profondes et communes à laquelle il faudrait désormais prêter sincèrement l’oreille et donner droit. Au lieu de cela, c’est le vote pour un FN qui se dit et prétend être anti-système que l’on célèbre pour mieux, en réalité, couper court aux alternatives systémiques qui ne demandent qu’à éclore et fleurir.

Notes:

[1] Municipales : le FN triomphal, le PS sanctionné

[2] 39,5% : record historique d’abstention pour un premier tour des municipales

[3

… les bulletins blancs seront désormais comptés séparément des bulletins nuls, sans pour autant influencer les résultats. Cette reconnaissance, revendiquée de longue date par les défenseurs du vote blanc, ne modifiera pas les seuils électoraux nécessaires pour atteindre la majorité absolue ou pour se tenir au second tour d’un scrutin, par exemple.

Le vote blanc sera reconnu après les municipales - Le Monde.fr avec AFP | 12.02.2014 à 16h41 • Mis à jour le 12.02.2014 à 17h20

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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (12)

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  27 mars 2014, 00h28

Harlem Désir, le grand stratège de l’infantilisation fait son Caliméro !

Il y a une très grande injustice dans ce qui arrive à certains maires socialistes. Après le second tour, des décisions seront prises. En attendant, on a besoin de maires de gauche !

Oui mais, le message du premier tour des municipales a-t-il été entendu ?

« Le message, nous l’avons bien entendu. Il ne sera pas oublié et nous en tiendrons compte. »

Comment ?

Plus d’efficacité, plus de cohérence, plus rapide. Il faut accélérer. Il faut un dispositif plus resserré. Et puis il faut plus de clarté, plus de rapidité et surtout il faut plus d’explications, encore et encore. En somme, plus de pédagogie. Et puis il faut alléger les « charges ».

Décidément, tout change pour que rien ne change, toujours la même réponse qui suggère que tous les citoyens qui n’ont pas voté ou mal voté doivent retourner à l’école.


Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  27 mars 2014, 00h31

“Munici-pâles”

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  27 mars 2014, 01h48

Mouaaarf !

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  28 mars 2014, 09h44

Piqure de rappel :

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  29 mars 2014, 12h43

Vote blanc : quand une hypocrisie en chasse une autre !

... les bulletins blancs seront désormais comptés séparément des bulletins nuls, sans pour autant influencer les résultats. Cette reconnaissance, revendiquée de longue date par les défenseurs du vote blanc, ne modifiera pas les seuils électoraux nécessaires pour atteindre la majorité absolue ou pour se tenir au second tour d'un scrutin, par exemple.

http://www.lemonde.fr/politique/art...

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  29 mars 2014, 21h35

Se reposer ou être libre, entretien avec Cornelius Castoriadis : « Il faut une critique puissante du système » (25 novembre 1996)


Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  19 avril 2014, 01h01

Verbatim : Lordon à la matinale de France Inter du jeudi 17 avril 2014

Patrick Cohen : Notre invité ce matin, l’économiste Frédéric Lordon qui publie aux éditions Les liens qui libèrent « La malfaçon - Monnaie européenne et souveraineté démocratique » (Les liens qui libèrent, mars 2014).

On disait tout à l’heure Frédéric Lordon comment vous envisagiez la sortie de l’euro. Ce qui est intéressant c’est que, contrairement à d’autres, vous n’expliquez pas que cette sortie de l’euro se ferait sans dommages - on sait depuis longtemps que la révolution n’est pas un diner de gala - et vous écrivez ce serait « malhonnête de le cacher ou de le minimiser », « un bouleversement de cette ampleur… » - on parle aussi là de ce que nous évoquions tout à l’heure sur le défaut [de paiement] qui serait lancé par la France à l’égard d’une partie de sa dette… « un bouleversement de cette ampleur a plus que sa part de chaos, de difficultés économiques, probablement de régression transitoire du niveau de vie matériel », c’est-à-dire qu’il y aurait de grandes difficultés pour la France et les français dans le scénario que vous imaginez.

Frédéric Lordon : Il y en aura de toute manière… mais je ne veux pas poursuivre cette discussion là pour la raison suivante qui est que nous sommes en train de discuter l’un des scénarios que je mets sur la table et qui est le scénario extrême. Et je ne voudrais pas que le scénario extrême évince le scénario central qui est le plus réaliste à mes yeux.
Le scénario extrême je le propose comme une option, si vous voulez, dans un menu politique  offert à l’appétit de ceux qui en ont beaucoup et qui ont des désirs de sortie du capitalisme. Mais le scénario central, ce n’est pas ça. Le scénario extrême, vous savez, c’est comme toutes les idées qui tranchent radicalement, on ne peut pas les discuter de manière approfondie en les circonstances qui sont les nôtres actuellement parce que pour convaincre qu’une idée extrême est malgré toute pas complètement folle, il faut lui donner le temps de la présentation argumentée et ce temps là nous ne l’avons pas.

PC : Alors restons sur le scénario central.

FL : Oui… Le scénario central qui n’est pas le scénario du défaut [de paiement], qui n’est pas le scénario de la sortie du capitalisme, mais qui est le scénario de la sortie du néolibéralisme européen… parce que c’est ça le point principal. Et c’est un point qui a à voir avec la souveraineté. C’est donc un point qui est de nature beaucoup plus politique qu’économique en vérité. Bien sûr il y a les avantages de la dévaluation mais à mes yeux c’est presque secondaire. Ce qui l’y va dans la rupture avec le néolibéralisme européen, c’est de l’annulation d’une opération qui est la caractéristique centrale de la construction européenne depuis le début des années 90 - et sans doute depuis plus longtemps - propriété de fait ou d’intention, je ne sais pas, je mentionne le débat (il serait intéressant mais on va le laisser de coté), et qui tiens en la soustraction de la souveraineté politique à toutes les échelles territoriales.
Alors il faut dire un mot d’abord de ce que c’est que la souveraineté. Car c’est le lieu de toutes les confusions intellectuelles. La souveraineté est une idée qui a exclusivement à voir avec le fait de délibérer et de décider. La souveraineté c’est que nous décidons. Ce ne sont plus les puissances divines qui nous dictent ce que nous devons faire, ce ne sont plus leurs envoyés spéciaux, c’est nous qui décidons. La souveraineté, c’est cela et cela seulement. Ainsi rigoureusement conçue, la souveraineté s’assimile en totalité à la démocratie. Le principe de la souveraineté ce n’est pas autre chose que le principe démocratique lui-même c’est-à-dire le droit de délibérer et de décider de toutes les matières qui intéressent les politiques publiques, tout le temps. Or ce droit de discuter de tout tout le temps qui est le coeur même de la démocratie, ce droit là est annulé par la construction européenne puisqu’il existe un très grand nombre de politiques publiques qui ont été soustraites aux périmètres de la délibération démocratique ordinaire pour être sanctuarisées dans les traités qui sont comme de juste inaccessibles. De telles sortes que, de toutes ces questions absolument fondamentales - elles semblent lointaines, elles semblent abstraites mais elles sont déterminantes pour les conditions matérielles d’existence des populations - de toutes ces questions nous ne pouvons plus discuter.
Et j’en donne très rapidement la liste :

  1. - La banque centrale doit-elle être dépendante ou indépendante ? On en discutera pas. La réponse a été donnée.
  2. - Doit-elle consacrer uniquement ses efforts à la lutte contre l’inflation ou doit-elle se préoccuper de croissance et d’emploi ? On n’a plus le droit d’en discuter.
  3. - A t-elle le droit de financer monétairement les déficits ? On n’a plus le droit d’en discuter.
  4. - Les soldes budgétaires…

PC : …on en discute de ça… aujourd’hui sous des formes détournées ou édulcorées mais on en discute…

FL : le financement monétaire des déficits ? Mais je vous demande bien pardon. Ca reste un article du Traité et la Banque Centrale continue de s’y tenir rigoureusement.
Je veux dire… Ce n’est pas parce qu’il y a un dispositif comme l’OMT - qui d’ailleurs a été annoncé mais qui n’a jamais été activé…

PC : … vous y consacrez un chapitre dans votre livre…

FL : … que ceci change quoique ce soit à l’affaire. Donc je dis : de toutes ces questions qui ont été soustraites à la souveraineté nous devons avoir le droit de rediscuter. Et si ce droit a été annulé, c’est pour des raisons que j’ai dîtes tout à l’heure et qui ont à voir avec la fixation allemande sur ces principes.

PC : Une question d’auditeur pour vous Frédéric Lordon. François qui nous appelle de Paris. François bonjour.

François : Oui, bonjour. Bonjour M. Lordon. Est ce que vous n’êtes pas en train finalement de tirer sur la construction européenne alors que les politiques qui nous sont imposées, sont imposées par une majorité de droite au niveau du Conseil Européen, au niveau du Parlement Européen et au niveau de la Commission Européenne ? Parce qu’après tout, certes il y a les Traités, mais la Banque Centrale Européenne - tout le monde le sait - viole en catimini plus ou moins ces Traités et on pourrait très bien imaginer qu’une autre majorité politique européenne - par exemple celle que se propose de diriger Marin Schultz - dénonce l’austérité et finalement trouve avec les Traités les accommodements plus ou moins de bonne foi qui permettraient de passer outre au moins provisoirement - mais un provisoire ça peut durer - à ces fameux 3% qui finalement brident de fait les politiques des Etats et en ce moment celles de la France.

PC : Merci pour cette question François… question qui fait l’objet d’ailleurs d’une longue  réfutation de vous même, Frédéric Lordon, dans votre livre.

FL : Les auditeurs ne le voient pas parce qu’ils ont le son mais pas l’image mais Bernard Guetta était très content et effet…

BG : J’ai approuvé entièrement…

FL : Oui oui… vous approuviez entièrement je le sais bien puisque c’est votre ligne de défense de la construction européenne…

BG : pourquoi ligne de défense ?… d’attaque !

FL : … d’attaque si vous voulez… depuis très longtemps. Malheureusement, je crois que cette objection n’a rien de convaincant pour toute une série de raisons.
On pourrait commencer par faire observer qu’en 1997, alors que 13 sur 15 gouvernements de la zone euro étaient censément de gauche - je dis censément parce que on voit ce qu’est devenue la chose qui est étiquetée « gauche » actuellement - lorsque 13 des 15 gouvernements étaient donc de « gauche » (entre guillemets) ça n’a pas empêché qu’on vote le Pacte de stabilité avec juste l’ornement lexical de la croissance rajouté derrière. C’est-à-dire qu’on confirme les logiques de l’ajustement budgétaire qui était déjà inscrit dans le Traité de Maastricht. D’autre part, si l’on excepte cet argument qui est lié à la profonde indistinction tendancielle des partis de gouvernement - de telle sorte que la continuité des politiques économiques nationales est tout à fait granitique par delà toutes les alternances - si l’on excepte cet argument, il faut bien voir que de toute manière, même un changement de majorité avec une majorité qui serait bénévolante, qui serait de gauche, qui serait sympa etc… n’aurait que marge de manoeuvre extrêmement limitée car, peut-être qu’on peut procéder à certains accommodements avec les traités mais enfin pas au-delà de certaines limites car il y a des Etats qui veillent. Le TSCG a prévu que certains Etats pouvaient en dénoncer d’autres auprès de la Commission puis de la Cour Européenne de Justice pour violation de leurs engagements à réduire leurs déficits et donc, dans un ordre juridique bien conçu c’est la lettre du droit qui s’impose. Et la lettre du droit européen, elle est absolument sans ambiguïtés. Ce sont les principes inscrits dans les traités qui fonctionnent mécaniquement et qui ne laissent presqu’aucune marges de manoeuvre.

PC : Juste une objection Frédéric Lordon. L’un des pays qui pratiquent l’une des politiques d’austérité les plus rigoureuses aujourd’hui en Europe, c’est la Grande Bretagne, c’est le Royaume Uni qui ne fait pas partie de la Zone euro…

FL : Ah oui ! Ca c’est une objection dont j’ai l’habitude également…

PC : pardon…

FL : …et vous faites bien de la mentionner. Car en effet, c’est un point qui est tout à fait important. Autant la dévaluation en elle-même n’a rien de l’arme fatale et ne suffit pas à résoudre nos problèmes. Autant la sortie de l’Euro est ce que j’appelle le programme des conditions nécessaires. Car il est bien évident que…

PC : … mais pas suffisantes…

FL : … mais pas suffisantes exactement : les conditions nécessaires par opposition aux conditions suffisantes. Car il y a un autre argument que sans doute beaucoup d’entre vous ici ont en tête et qui consisterait à dire - mais on reviendrait à la discussion précédente - que ce que l’Allemagne a imposé au terme de quelque chose qu’il faut bien qualifier d’ultimatum - les autres gouvernements y ont tout à fait consenti, le gouvernement français en tête et par pur et simple ralliement idéologique. Je dis cependant que si en effet la sortie de l’euro ne nous débarrasserait pas de nos oligarchies et de nos idéologies libérales nationales, cette sortie n’en rendrait quand même pas moins la manœuvre d’une transformation possible beaucoup plus à notre portée du simple fait qu’elle serait rendue au processus de la confrontation des idées dans le cercle de la nation c’est-à-dire sans avoir - une fois cette bataille là menée et rêvons un peu gagnée - devoir aller en référer à l’étage supérieur qui est celui de l’Union Européenne où il nous faudrait la validation de tous nos autres petits camarades. Ce qui, évidemment, est d’une improbabilité notoire.

PC : Alors une autre question au standard d’Inter. Michel qui nous appelle de la région parisienne. Bonjour !

Michel : Bonjour Monsieur Lordon, bonjour à vous tous. J’aurais voulu poser deux questions à savoir :

  • la première, qu’elle serait la parité lorsque vous voudrez revenir de l’Euro au franc nouveau tout en sachant que [???] il faut 6,56 fr pour avoir un euro,
  • et la deuxième question, au même niveau, qu’elle est la différence entre ce que vous proposez et le programme du Front National.

FL : on va passer sur la parité parce que je soupçonne une petite erreur dans la question. Ce sont des questions purement nominales donc que nous disions que le nouveau franc vaut 6,57 euros ou que nous disions que le nouveau franc vaut 1 euro est une pure conversion nominale ça n’a rigoureusement aucun impact. C’est la même chose que de passer de l’ancien franc au nouveau franc donc c’est tout à fait sans conséquences.

PC : En rr… en rrr…

FL : …la vraie question des parités (!), ça serait de savoir… supposons que nous sortions de l’euro en déclarant que nominalement qu’un franc égale un euro, c’est bien entendu pour procéder à une dévaluation et alors après c’est la question de l’ampleur de cette dévaluation qu’il s’agit de déterminer. Mais là, si vous voulez, on ne peut pas répondre à cette question comme ça. Que sera devenu l’euro ? Restera t-il un euro ? La question demande à être posée. Sinon la dévaluation sera évaluée contre les autres devises : dollar, la lire éventuellement, etc, etc. Bon peu importe.

PC : Pardon je marque une parenthèse parce que dans votre livre vous proposez, vous envisagez, la mise en place d’une monnaie commune et d’un système monétaire, en quelque sorte, à deux étages si j’ai bien compris avec la possibilité pour des monnaies nationales  de modifier leur taux de change, de dévaluer et réévaluer, mais à l’égard du monde extérieur, en dehors de la Zone euro ce serait l’euro qui serait la monnaie qui serait convertible vis à vis du dollar et de toutes les autres grandes monnaies de par le monde.

FL : Oui, c’est ça. Le système de monnaie commune est un système à deux étages qui avait envisagé d’ailleurs au moment de la négociation dut Traité de Maastricht sous des formes tout à fait vagues et dans le détails desquelles jamais on était entrés très profondément,  et il s’inspire d’un projet qui, alors lui pour le coup était précis, qui était le projet de Keynes en 1944, le projet de chambre de compensation internationale qui était un système de cette nature. Ceci pour dire que le retour aux monnaies nationales n’est pas incompatible avec le recommencement de la construction d’un commun monétaire à terme et sous une forme radicalement différente de ce à quoi nous avons droit actuellement.

PC : … et plutôt sans l’Allemagne dites-vous. Alors !

FL : … et plutôt sans l’Allemagne pour les raisons que j’ai dites tout à l’heure. Mais je veux surtout répondre à la deuxième partie de la question…

PC : … sur le Front National qui effectivement est la seule formation politique qui euh… reprend vos propositions.

FL : je ne vais pas faire un procès d’intention à l’auditeur qui a posé cette question mais je voudrais dire très généralement parlant que dans un monde discursif bien ordonné cette question ne devrait pas être posée. Elle ne devrait pas être posée. Non, elle ne devrait pas être posée car…

PC : … vous vous inscrivez dans le champ politique aussi d’une certaine façon.

FL : Oui mais attendez, laissez moi aller au bout de mon argument. Cette question de la sortie ou de la transformation de l’euro ou de son maintien emporte des enjeux économiques et politiques intrinsèques qui sont suffisamment élevés pour qu’on ne les soumette pas aux pollutions extrinsèques du Front National. Et on voit bien en vérité que cette question du  Front National charrie sans cesse de sous-entendus, d’implicites et même d’insinuations qui ont conduit d’ailleurs, je le dis en passant, à des dégradations des débats publiques qui sont tout à fait regrettables et qui parfois même recourent à des procédés que je n’hésite pas à qualifier de honteux.
Alors, quant à la différence maintenant entre ce que je préconise et les solutions du Front National, étant dit préalablement que j’exècre littéralement ce parti et que précisément j’essaie de faire tout pour ne pas lui laisser le monopole de ces questions.
Il faut en revenir à la question de la souveraineté. Car si l’on a dit qu’envisager un très haut niveau de généralité et d’abstraction, être souverain, se déclarer souverainiste ce n’est pas autre chose que se déclarer démocrate, ça n’empêche pas qu’il y ait des différence par après. Il y a ce que l’on pourrait appeler un souverainisme de droite et un souverainisme de gauche et ça n’est pas la même chose. Le souverainisme de droite c’est celui qui consiste à rendre la décision à des gouvernants supposément éclairés et qui ont pour tâche de conduire le peuple.

Et puis vous avez la variante d’extrême droite qui est de rendre les instruments de la délibération et surtout de la décision à des gouvernants autoritaires et au surplus racistes - ce qui ne gâte rien dans le paysage bien sûr - dont l’intention principale en l’occurrence ne consiste à rien d’autre qu’à renouer un compromis de classe avec le capital, un compromis post-mondialisation mais qui laisserait absolument intact la position de domination et la position directrice du capital à l’intérieur de la société. Soit le miroir aux alouettes intégral pour ne pas dire le parfait piège à cons pour les salariés et les classes populaires.

La souveraineté vue de gauche c’est autre chose. La souveraineté de gauche c’est de rendre la décision aux intéressés pour toutes les matières qui les intéressent c’est-à-dire de pousser aussi loin que possible le principe démocratique - ce qui suppose d’étendre la subsidiarité autant qu’on le peut - et notamment, pourquoi pas, de faire régner ce principe de souveraineté dans l’ordre économique là où elle a été rigoureusement bannie c’est-à-dire dans la délibération collective qui gouverne la vie des collectifs de production c’est-à-dire les entreprises.

PC : Frédéric Lordon, la dernière question revient à Bernard Guetta

BG : Les régions dans les différents Etats-Nation délèguent une très très grande partie de leur souveraineté à l’Etat-Nation, se lient donc ainsi les mains. En quoi est ce qu’il serait plus choquant ou est ce qu’il est - puisque c’est le cas - plus choquant que les Etats-Nation délèguent une large partie - délèguent volontairement - une large partie de leur souveraineté à un ensemble qu’ils ont volontairement constitué. Première question.

Deuxième question. Comment expliquez-vous… quelle est votre explication tout simplement du fait que le parti - je sais que vous n’aimez pas qu’on dise la gauche de la gauche alors… parti de la vraie gauche j’en sais rien… alors bon, bref - le parti le plus à gauche de l’échiquier politique grec refuse mordicus toute sortie de l’euro et a fortiori de l’Union Européenne.

Troisième question…

PC : Oh là !

BG : Non non mais c’est très rapide, c’est très rapide !

FL : oh mais bien sûr…

BG : Troisième question. Troisième question. Si l’Allemagne a tellement gravé dans le marbre ces principes - ces principes comme vous dîtes - dans le marbre des traités européens, comment expliquer vous que la même Allemagne ait accepté d’aider la Grèce…

FL : (sourire)

BG : mais noooon ! mais à des conditions absolument discutables…

PC : bon…

BG : mais que je condamne pour ma part… mais d’aider la Grèce et, beaucoup mieux, que l’Allemagne ait accepté l’institutionalisation d’un fond de solidarité financière entre les Etats de l’Euro alors que les traités, à la demande de la même Allemagne, proscrivent form-elle-ment, noir sur blanc, la solidarité financière entre ces Etats de la Zone Euro ?

PC : Eh bien il nous reste 10 secondes euh !… (Sourires)

FL : Voilà ! C’est le problème en effet…

PC : Non… on va essayer

BG : Bah, choisissez un point !

FL : Oui, je vais en prendre un ou deux. La question à laquelle j’aurais répondu le plus volontiers c’est la première… [???] non, car c’est la question la plus profonde et la plus complexe c’est-à-dire celle qui appellerait le plus de développement car elle met en vérité le doigt sur l’absence de communauté politique européenne authentique, de communauté politique européenne constituée : il y a un agrégat d’Etats-Nation mais ceci ne fait pas une communauté politique telle que sont rendus possibles des transferts inter-régionaux. Je ne peux pas rentrer dans le détail de cette question. J’y consacre un chapitre du livre d’ailleurs et je regrette de ne pas pouvoir en dire davantage.

Deuxième question : Syriza « qui refuse mordicus la sortie de l’Euro ». Syriza est d’abord plus divisée que vous ne le dites. Il y a une partie du parti d’Alexis Tsipras qui plaide et très vigoureusement pour la sortie de l’Euro. Mais je dois vous dire que pour moi c’est un mystère de la même manière que le refus du Front de Gauche de prendre un position claire sur cette question demeure un mystère. Un mystère pas totalement opaque. J’ai quelques pistes à ce sujet. Dans le cas de Syriza, je crois que l’on assiste à un recentrage de ce parti tout simplement par opportunisme politique et, au spectacle de l’effondrement du PASOK [parti social démocrate grec], ce qui a donné à Syriza l’idée qu’il avait là un réservoir de voix à conquérir assez facilement et qui lui permettrait peut-être de devenir majoritaire. C’est une explication possible.

Quant à l’acceptation de l’Allemagne du plan de soutien à la Grèce, je vous Patrick Cohen qui fait de grands signes…

PC : Eh oui, on est très en retard.

FL : … et il a l’air de dire que visiblement, à celle-ci non plus on ne va pas pouvoir répondre.

PC : Ah non, non, non… je ne veux pas vous laisser croire aux auditeurs qu’il y a là une façon de censurer vos propos.

FL : … non mais, écoutez…

PC … il y a juste une pendule et…

FL : … mais oui je sais !

PC : … et un temps qui passe. Mais vous reviendrez Frédéric Lordon…

FL : [geste qui laisse entendre que cela reste à voir]

PC : … et je recommande votre ouvrage « La malfaçon - Monnaie européenne et souveraineté démocratique » pour alimenter le débat à quelques semaines, ne l’oublions pas, d’élections européennes importantes. Merci d’être venu. Dans un instant, le billet de Walter.

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  01 mai 2014, 23h58

Le Pen, antisystème ? Vraiment ? ? ? :

Marine Le Pen : sa peur bleue de l’abstention aux européennes

Et puis vous avez la variante d’extrême droite qui est de rendre les instruments de la délibération et surtout de la décision à des gouvernants autoritaires et au surplus racistes - ce qui ne gâte rien dans le paysage bien sûr - dont l’intention principale en l’occurrence ne consiste à rien d’autre qu’à renouer un compromis de classe avec le capital, un compromis post-mondialisation mais qui laisserait absolument intact la position de domination et la position directrice du capital à l’intérieur de la société. Soit le miroir aux alouettes intégral pour ne pas dire le parfait piège à cons pour les salariés et les classes populaires. - Frédéric Lordon, France Inter, jeudi 17 avril 2014

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  14 mai 2014, 03h10

Participer, c’est légitimer. Légitimer c’est accepter !


Faut-il faire sauter Bruxelles ?
Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  21 mai 2014, 00h10

Réponse aux exhortations de notre Raoul national en déshérence politique depuis la campagne présidentielle de Bové en 2007 (qu’alors il conseilla) et après un passage cuisant au NPA qui l’a ensuite précipité dans un refuge au Parti Gauche… mais pour aller où ? (le lire ici).
 
Mary Harris Jones alias Mother Jones disait du temps d’Octave Mirbeau  :

“Les syndicats doivent mobiliser leurs femmes sur les problèmes de l’industrie. La politique n’est que la domestique de l’industrie. Les ploutocrates ont occupé leurs femmes. Ils les occupent avec le vote et la charité.”

Hors le renversement complet du système capitaliste, je ne vois aucune solution. Et selon moi, le père qui vote pour la perpétuation de ce système est tout autant un meurtrier que s’il prenait un pistolet pour tuer ses propres enfants.

Citations à retrouver in Manière de voir n°118, Les révolutions dans l’histoire, pages 7 et 8

Le constat est étonnant. Près d’un siècle et demi plus tard, quelques guerres mondiales et quelques catastrophes nucléaires en prime, la leçon ne semble toujours pas comprise par ceux-là même qui entendent embarquer le plus grand nombre dans leurs errances électoralistes.

Celles et ceux qui, partant derrière cette sérénissime avant-garde aveuglée, doivent s’aviser qu’ils seraient de fait condamnés à voir se répéter toujours la même histoire de leur infantilisation et de leur humiliation : Mother Jones était contre le droit de vote des femmes parce qu’elle était d’abord et avant tout contre le droit de vote tout court… mais pour l’aboutissement d’un authentique projet démocratique qui aurait appris à s’en passer.

Pire encore qu’une mascarade, voter était pour elle - et c’est encore pour nous - l’arme du système capitaliste (n’ayons pas peur des mots) mis entre les mains de gens “décitoyennisés” chaque fois qu’ils sont volontaires ou qu’ils consentent à leur propre suicide politique.
Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  12 août 2014, 18h17

Badiou : de la démocratie et de ses versants étatique et mouvementiste en Grèce et ailleurs…

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  10 septembre 2014, 01h35

Voter ne sert à rien: la preuve par Boone

ou Le «remaniement» de l’Elysée est la preuve que voter ne sert à rien : http://ericdupin.blogs.com/murmures/2014/06/voter-ne-sert-a-rien

Du même auteur : Non, le FN n’est pas aux portes du pouvoir

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