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Pollueurs de tous les pays, donnez-vous la main!

À la mi-mars 2014, les trois quarts de la France ont été submergés par une pollution stagnante, constituée en particulier de dangereuses particules dites fines… ce qui n’a pas empêché divers commentateurs et politiciens de traiter de cette affaire avec de gros sabots.

L’image de la Tour Eiffel plongée dans un brouillard grisâtre a fait le tour du monde, faisant passer la capitale de l’Hexagone pour une vulgaire mégapole chinoise : on se demande où les gentils milliardaires issus de ce pays vont désormais bien pouvoir dépenser leurs fortunes s’ils doivent fuir l’atmosphère parisienne ! Il faut dire que les particules fines en question sont fort nocives pour la santé, moins d’ailleurs chez les oligarques que chez les individus les plus fragiles comme les enfants ou les personnes âgées. C’est alors que divers coupables, parfois fort exotiques, ont été désignés : la météo, les Allemands (le « péril boche » a décidément encore de beaux jours de par chez nous !), mais aussi les énergies renouvelables. Voyons donc tout cela.

Avant tout, cette satanée pollution aurait été causée par un phénomène scandaleux : le beau temps. Conjugué à l’absence de vent, il génère un « couvercle chaud atmosphérique » qui fait alors stagner les fameuses particules nocives. Le pays presque unanime n’a cessé de dénoncer les pluies incessantes de ces derniers mois et voilà que, à peine apparu, le soleil est mis en accusation : il faudrait savoir !

Heureusement, les fins limiers des chaînes d’information ont remarqué, après quelques jours d’enquête, que la stagnation de la pollution n’en était pas la cause. Les vrais coupables ont enfin été révélés : selon Airparif, l’association en charge de la surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, cette pollution est générée à parts égales par trois sources majeures : les transports, l’industrie, le chauffage (principalement au bois).

Concernant les transports, les véhicules diésels ont été pointés : alors qu’ils émettent précisément des particules fines, ils représentent 70 % des moteurs contre à peine 10 % il y a 30 ans. Bien sûr, quelques voix se sont élevées pour promouvoir la « solution » de la voiture électrique : rechargée par les centrales nucléaires, elle ne serait donc coupable d’aucune pollution… si l’on veut bien « oublier » les déchets radioactifs, les éventuelles catastrophes comme Fukushima, les ravages des mines d’uranium. Et ceux des mines de lithium, métal fort recherché pour élaborer les batteries « propres ». Et si l’on veut bien oublier que, lorsque l’électricité utilisée en France n’est pas nucléaire, elle est la plupart du temps importée d’Allemagne où sévissent d’infâmes centrales au charbon. Infâmes… mais fort utiles à la France atomique qui est notoirement incapable de couvrir ses pointes de consommation, en particulier le soir en hiver.

Qu’à cela ne tienne, lorsque cette électricité passe la frontière, elle devient immédiatement « propre », les Allemands gardant théoriquement pour eux la pollution. Oui mais voilà, tel un vulgaire nuage radioactif se jouant de la ligne Maginot, la pollution germanique aurait franchi la frontière et serait venue stagner chez nous. Il n’en fallait pas plus pour que soit dénoncée la sortie de l’atome initiée outre-Rhin, à comparer à notre prodigieuse industrie nucléaire si « propre » car ne produisant pas ces fameuses particules fines faisant la une de l’actualité.

Du nucléaire chauffé au bois

Mais c’est alors (AFP, 20-03-2014, 18h26[1]) qu’a ressurgi une curieuse affaire : le combat acharné mené depuis des années par les dirigeants de la gigantesque usine atomique d’Areva, à La Hague, pour produire leur énergie avec des chaudières au bois et non plus au fuel. Notons en effet que, pour sa propre consommation, cette usine se garde bien de faire appel à l’énergie nucléaire, probablement jugée trop incertaine. Mais le plus amusant est que le remplacement des chaudières au fuel par du bois aura pour conséquence de multiplier par 100… les émissions de particules fines : bigre, voilà que notre industrie nucléaire sape elle-même un de ses meilleurs arguments.

Pour faire bonne mesure, on apprend aussi que « la production des centrales nucléaires françaises est affectée par les renouvelables » (AFP, 19-03-2014, 15h21[2]). En particulier, la production de plus en plus massive d’électricité éolienne oblige EDF à ralentir ou à stopper des réacteurs, ce qui en diminue de fait la production tout en usant prématurément les matériels (robinets, etc.). Mais alors, sur qui allons-nous pouvoir nous défausser lors du prochain épisode de pollution si l’on ne peut plus accuser nos voisins allemands ? Et si notre parc atomique échouait à sauver notre environnement et notre santé ?

Horreur, on imagine déjà des écologistes, voire même d’irresponsables décroissants, mettre en cause pêle-mêle l’atome et la surconsommation, et même la consommation tout court. Consommation d’énergie mais aussi d’objets en tous genres obligeamment fabriqués à notre attention par les Chinois (les pauvres cette fois, pas les milliardaires). Finalement, c’était mieux cet hiver quand il pleuvait pendant des semaines. Il n’y avait pas de « couvercle chaud atmosphérique », la tour Eiffel était bien visible, la pollution urbaine opportunément évacuée par les vents vers les campagnes où, c’est notable, se trouvent déjà les centrales nucléaires. Le temps change, les temps changent.

Notes:

[1] Le projet de chauffage bois d’Areva La Hague vivement critiqué AFP du 20/03/14

[2] Nucléaire: la production des centrales françaises affectée par les renouvelables


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Stéphane Lhomme

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