Dernière mise à jour 20/08/2018

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Sarkozy, tu ne nous vois pas !

Geneviève Confort-Sabathé

Le G8 syn­di­cal (soit tou­tes les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les fran­çai­ses) vient encore de se sin­gu­la­ri­ser en orga­ni­sant une jour­née d’action sans mani­fes­ta­tions ni grè­ves. 

Un tru­blion de mes amis, outré par le sort réservé à un pro­fes­seur de Mar­seille, inter­pellé par la police zélée de Sar­ko­land, pro­pose, à tout un cha­cun, de mani­fes­ter son mécon­ten­te­ment dans sa pro­pre cave en bran­dis­sant un panon­ceau éclai­rant : « Sar­kozy, tu ne nous vois pas ! » 

L’idée me paraît excel­lente, elle ren­for­cera le sen­ti­ment de notre pré­si­dent qu’une grève, pour­vue qu’elle soit orga­ni­sée par la CGT et ses com­pli­ces, ne se voit effec­ti­ve­ment pas.

Les esprits cha­grins, par exem­ple les sala­riés virés de Cater­pillar et d’ailleurs, pour­raient voir, dans l’orga­ni­sa­tion de ce non-évé­ne­ment syn­di­cal, au mieux, un renon­ce­ment au rap­port de for­ces poli­tico-social et, au pire, une forme de col­lu­sion entre les états-majors syn­di­caux et les diri­geants tout court. La flui­di­fi­ca­tion du mou­ve­ment social par les sub­si­des de l’UIMM con­fine à la lubri­fi­ca­tion. Pas éton­nant que les éli­tes pati­nent. 

Le front syn­di­cal se fis­sure ? Heu­reu­se­ment, il nous reste le front poli­ti­que. Les z’obser­va­teurs de la vie publi­que, fei­gnant de s’inter­ro­ger sur le désin­té­rêt sus­cité par les élec­tions euro­péen­nes, y appor­tent une expli­ca­tion pré­fa­bri­quée : les Euro­péens sont très euro­péis­tes mais ils ne com­pren­nent rien au fonc­tion­ne­ment réel des élec­tions euro­péen­nes.

Autre­ment dit, les peu­ples sont incul­tes c’est pour cela qu’ils votent avec leurs pieds.

On pour­rait répon­dre à ces brillants obser­va­teurs de la vie publi­que que les Fran­çais, notam­ment, ont peut-être été légè­re­ment offus­qués que leur vote « NON » au TCE soit passé par per­tes et pro­fits. Ces bou­gons n’appré­cient peut-être pas que 80% des déci­sions pri­ses au Par­le­ment euro­péen fas­sent l’objet de négo­cia­tions secrè­tes entre le PPE et le PSE (autre­ment dit entre les libé­raux de gau­che appe­lés aussi socia­lis­tes et les libé­raux de droite), que 40% de ces mêmes déci­sions voient une entente entre les com­mu­nis­tes et le…PPE. Et puis, les élec­teurs fran­çais ont peut-être envie de voter pour ce qui les inté­resse : les ser­vi­ces publics, la sécu­rité sociale, l’emploi, la démo­cra­tie.

Or, les élec­tions euro­péen­nes res­sem­blent de plus en plus à une jour­née d’action, orga­ni­sée par les syn­di­cats fran­çais. Les sujets sociaux sont pous­sés sous le tapis rouge déroulé devant Bar­roso (le pesant pré­si­dent de la Com­mis­sion euro­péenne). Per­sonne ne les voit.

Evi­dem­ment, la pro­ba­bi­lité d’un taux mas­to­donte d’abs­ten­tion­nis­tes cons­cien­ti­sés agace les z’obser­va­teurs média­ti­ques qui y voient l’amorce du début d’un incen­die révo­lu­tion­naire. Après tout, une fois des­cendu à la cave pour agi­ter son dra­peau, on pour­rait y res­ter pour des réu­nions ultra-secrè­tes.

Le même tru­blion de mes amis m’enjoint de signa­ler à mes lec­teurs que les diri­geants syn­di­caux feraient bien de réac­ti­ver la machine reven­di­ca­tive avant, jus­te­ment, que les caves ne se rebif­fent !


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