Dernière mise à jour 30/05/2017

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Cinq cents jours ?

Il nous reste cinq cents jours pour « sauver le climat ». La sentence est volontairement péremptoire. Elle émane le plus souvent des organisations non gouvernementales engagées dans la dénonciation de la grave question climatique et qui s’indignent légitimement de l’immobilisme des gouvernements politiques en la matière. Quelle est donc cette « nouvelle frontière » au-delà de laquelle le monde pourrait sombrer ou renaître ? C’est la conférence de Paris-Le Bourget prévue en décembre 2015. La dernière conférence mondiale sur le climat du cycle de Kyoto, conférence de la dernière chance avant le saut dans l’inconnu de l’après-Kyoto.

Le chorus des sonneurs d’alarme prêchant dans le désert des sociétés impuissantes a été rejoint récemment par la voix autorisée du ministre français des Affaires étrangères. M. Laurent Fabius, lui aussi semble s’inquiéter pour l’avenir de l’Humanité. Lui aussi déclare que « nous » n’avons plus que cinq cents petits jours pour préparer la prise des « bonnes décisions » le jour crucial venu, cinq cents jours pour éviter « un chaos climatique ». Lui aussi s’agacerait-il de constater qu’avant chaque conférence mondiale sur le climat des déclarations comme la sienne ont fleuri sans déclencher le salutaire sursaut ? M. Fabius sacrifie-t-il là à un rituel désormais attendu depuis la conférence de Copenhague en décembre 2009 ou bien aurait-il pris conscience que les déclarations sans effets ne sont maintenant plus tolérables face au risque de « l’emballement climatique » envisagé par les experts du GIEC ? Comme on aimerait pouvoir choisir la seconde éventualité !

Hélas, comment serions-nous dupes de la grandiose duplicité que voilà ? Les actes, en France comme ailleurs, continuent de trahir superbement les discours. C’est probablement parce que nous avons cinq cents jours devant nous que le gouvernement français continue d’aider l’industrie charbonnière dans ses recherches pour inventer « le charbon propre », fleuron incontesté du green washing. C’est sans doute encore parce que nous avons le temps que la réforme ferroviaire euro-hollandaise, mélange usinagazesque de fusion qui divise et de partition qui fusionne, stimulera le développement du trafic routier de marchandises que l’on tentera éventuellement de réguler par l’instauration d’une « taxe poids lourds ». C’est toujours probablement parce que nous avons tout notre temps que la Société générale – banque française de renom - soutien le projet Alpha Coal en Australie, véritable bombe à retardement climatique. Ce projet d’exploitation et d’exportation de charbon, s’il se concrétisait, provoquerait le rejet dans l’atmosphère de quelques 1,8 milliards de tonnes de CO2 sur une durée de vie du site de trente ans. La mine Alpha Coal émettrait l’équivalent de 11% des émissions annuelles de l’Australie, le Bassin de Galilée où elle se situe deviendrait le 7ème émetteur de dioxyde de carbone au monde, soit juste derrière l’Allemagne. L’exploitation de ce bassin minier serait alors compatible avec le scénario de réchauffement de la planète de 6°C[1] ! Et l’on prétend vouloir éviter le chaos climatique annoncé ?

Aujourd’hui, rien n’autorise donc à penser sérieusement que le « concert des nations » soit à l’unisson pour jouer la bonne partition lors du décisif rendez-vous. Nulle part sur la planète les États ne semblent prêts, par exemple, à remettre en cause les agissements des prédateurs du climat les plus avérés – et invétérés - à savoir les firmes transnationales des secteurs de l’énergie « carbonique » et de la pétrochimie. Il semble que l’espoir d’une « révolution pour le climat » passera donc inéluctablement par une ample mobilisation citoyenne. C’est pour elle, tout bien pesé, que les cinq cents jours vont être une phase décisive. Cependant, il conviendra que cette mobilisation ne soit pas bornée par la conférence du Bourget. Le fâcheux précédent de Copenhague 2009 ne doit pas être reproduit. Les ONG avait su alors mobiliser fortement leurs militants et sympathisants en amont de la conférence et l’on avait pu espérer à l’ouverture de celle-ci que la « pression de la rue » et son amplification médiatique seraient propices à favoriser de réelles avancées en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Le désastreux recul déguisé en « compromis » conclu le dernier jour de la conférence a créé une profonde déception chez les citoyens engagés pour le climat et a suscité une démobilisation difficile à digérer. Les «cinq cents jours » ont par conséquent un double enjeu : reconstruire et développer la mobilisation en vue de la « conférence de la dernière chance » ; prévoir la poursuite de la mobilisation après Le Bourget.

Une grave incertitude demeure : l’audience de la cause climatique va-t-elle grimper au sein de la société civile ? Dans une société de plus en plus inégalitaire, ceux qui ne goûtent pas encore aux délices du « bonheur conforme’[2] aspirent à y accéder. Comment faire comprendre au plus grand nombre que pour sauver la planète des remises en cause fondamentales de nos modes de vie sont nécessaires ? Faire reculer la confortable insouciance, tel est le pari décisif à relever. Une première occasion va nous être rapidement donnée : les 20 et 21 septembre prochain, à quelques pas du Bourget, se tiendra un grand rassemblement festif et réflexif pour le climat. Dans le « Triangle de Gonesse », à l’emplacement même où Auchan veut implanter en 2020 son délirant « Europa City » la longue marche vers l’après-Kyoto sera lancée[3]. Soyons nombreux à la rejoindre.

 

Notes:

[1] Chiffres publiés par les Amis de la Terre.

[2] Titre d’un livre percutant de François Brune (Editions du Seuil).

[3] Voir le site du Collectif Pour le Triangle de Gonesse : www.cptg.fr


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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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Commentaires (1)

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  22 août 2014, 20h48

Météo : vers un climat cauchemardesque pour les années à venir
http://www.sudouest.fr/2014/08/21/m...
Déclaration de l’OMM sur l’état du climat mondial en 2013
http://bit.ly/1oZmPT1

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