Dernière mise à jour 27/06/2017

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Nucléaire : arrêt immédiat!

Couv_arretimmediat.jpgNucléaire, il n’y a qu’un scénario pour éviter la catastrophe : l’arrêt immédiat

Depuis Fukushima nous savons que le risque de catastrophe nucléaire est une réalité chaque jour évitée.

Alors que les menaces perdurent et que les piscines de refroidissement du réacteur n°4 exposées à l’air libre peuvent en cas de nouveau séisme rendre Tokyo inhabitable, il est encore peu fait état de la réalité actuelle et future de l’accident. Nous en connaissons la raison : la catastrophe nucléaire dilue son impact dans le temps, permettant guerre des chiffres et mise en question de la réalité du désastre.
Malgré son ampleur, et la perspective de son aggravation, la catastrophe de Fukushima, si elle a eu un impact notable sur l’opinion publique, semble pourtant avoir eu peu d’effet sur la stratégie des mouvements antinucléaire.

Nous le savons, une catastrophe à Nogent sur Seine nécessiterait d’évacuer toute la région parisienne sans retours possibles pour plusieurs générations, Blayais rayerait de la carte le bordelais (et anecdotiquement son vin), Le Bugey, St Alban, Cruas ou Pierrelatte rendrait zone invivable, en cas de mistral, la vallée du Rhône et tout le bassin méditerranéen.
Comment alors se résigner face à la réalité de cette éventualité, et plaider pour attendre 10, ou 20 ans avec la quasi certitude que durant une si longue période, le pays le plus nucléarisé du monde sera le théâtre d’une catastrophe ?
Refuser de la vivre et préserver des régions qui auront mis tant de générations à se construire devient alors un devoir citoyen qui ne peut avoir qu’une réponse : l’arrêt du nucléaire ne peut attendre la catastrophe, il doit être immédiat.
Telle est l’option prise par le scénario d’arrêt qui appelle au débat face aux scénarios de transition énergétique. Il pose certaines questions légitimes auxquelles il est indispensable de répondre.

La sortie immédiate est-elle possible ?

Prenant en compte à minima les mesures d’économie d’énergie et de développement des énergies renouvelables nécessaires à sa réalisation, l’arrêt immédiat se caractérise par son pragmatisme, et lève  la confusion entre électricité et énergie. En voici les données principales :
Les centrales thermiques classiques disponibles (gaz, fuel, charbon) fonctionnent à moins de 20% de leurs capacités, il est possible d’en accroître immédiatement le taux de fonctionnement pour permettre l’arrêt d’au moins 26 réacteurs;
la durée de construction d’une centrale thermique fonctionnant au gaz ou au charbon est de trois ans, il est donc parfaitement possible d’en construire dans un délai très court ; 30 nouvelles centrales au gaz peuvent ainsi permettre la fermeture de 18 réacteurs de 910 MWé.
l’arrêt de la production de combustible de l’usine de Tricastin et de l’autoconsommation du nucléaire doit permettre d’arrêter environ 4 réacteurs.
le développement du renouvelable et du négawatt (efficacité, sobriété) est envisageable, mais restera limité, dans un court délai de 3 à 5 ans ; associées  à une loi de sobriété énergétique de 10%, ces mesures doivent permettre d’arrêter les 11 derniers réacteurs
Pour palier aux pointes de consommation, qui justifient aujourd’hui la surproduction d’énergie et le maintien des centrales thermiques, il faudra prioritairement mettre fin au chauffage électrique au moyen d’aide à l’isolation et à la substitution énergétique des logements « bénéficiant » de cette hérésie énergétique promue arbitrairement pour développer le nucléaire. 
D’un point de vue économique, il faut rappeler que ni EDF, ni l’Etat n’ont la capacité d’investir les 50 à 60 Milliards dans les 11 EPR qui seraient nécessaires pour remplacer tout le parc actuel. La construction de centrales combinées au gaz couterait quand à elle 4 à 5 fois moins, tout en permettant d’éviter la catastrophe dont le coût est estimé pour le moment au Japon à plus de 50 milliards d’euros !
La mise en œuvre de ce dispositif d’arrêt ne pourra être effective qu’avec le soutien majoritaire des citoyens conscients de leur impact et de la nécessité urgente et impérative de passer d’un contexte de « gestion de risque » à un contexte de « gestion de l’énergie ».
Cette condition de mise en œuvre démocratique, est un préalable qu’il nous parait indispensable de rappeler. Elle a été spontanément appliquée par les Japonais… après la catastrophe ; l’objet du scénario « immédiatiste » est de plaider pour qu’elle soit mise en œuvre… avant !

Quel impact se scénario immédiat a-t-il sur le dérèglement climatique ?

Cette sortie « immédiate », permise par le recours à ce qui peut être mobilisé immédiatement, c’est-à-dire le thermique fossile, peut paradoxalement s’accompagner d’une stagnation ou même d’une diminution de la production de gaz à effet de serre.
Ainsi l’Allemagne, qui a arrêté 7 réacteurs nucléaires et construit des centrales à gaz et à charbon, a réussi à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre, grâce à un programme volontariste de réduction de 10% de la consommation d’électricité (appareils ménagers plus économes, meilleure isolation des bâtiments, aides aux véhicules économes).
Dans le contexte autrement plus dramatique de l’après Fukushima, le Japon a promulgué en juillet 2011 une loi obligeant les entreprises et les particuliers à réduire leur consommation d’électricité de 15 %, pour faire face à la fermeture de l’ensemble des réacteurs. Cette mesure n’a pas impacté lourdement la vie quotidienne des japonais, si ce n’est par la réduction de l’éclairage public et publicitaire et celle de la climatisation.
Il est aujourd’hui impossible de calculer avec exactitude les économies de CO2 induites par le nucléaire : selon les sources, les estimations de grammes de CO2 par KWh générés par le nucléaire varient de 5g (pour EDF) à 120 g.
Sur la base de l’estimation moyenne de 66g/KWh, le résultat en France serait le suivant : l’arrêt, au bout de trois ans, des 58 réacteurs, avec la mise en service à pleine production des centrales thermiques existantes et la construction de 30 nouvelles CCG, conduirait à une augmentation des GES correspondant à 66,1 millions de tonnes de CO2, soit une augmentation de 15%  des émissions globales en France.
Le CO2 n’étant cependant qu’un des principaux gaz à effet de serre – il pèse pour 50 % du total, l’impact en France du scénario sur les GES dans leur ensemble serait donc de 7,5% (15 % x 50 %).
Et si l’on retient l’hypothèse haute d’émission de CO2 par le nucléaire, soit 120 g/KWh, l’impact du scénario serait encore inférieur de moitié et ne correspondrait plus qu’à une augmentation de 3,75 % des émissions de GES.
Il s’agit là d’une vision au niveau national. Cette augmentation pourra aisément être compensée si l’on réduit l’impact des autres polluants, notamment dans les transports dont l’aérien n’est aujourd’hui pas pris en compte.
Mais les gaz à effet de serre ne connaissant pas les frontières, si l’on considère le poids du nucléaire français dans la production primaire d’énergie dans le monde (1 %), l’impact serait négligeable.
En fait, la cause principale des gaz à effet de serre est liée à l’énergie nécessaire pour maintenir la surproduction agricole ou industrielle. Les transports, qui produisent au moins quatre fois plus de gaz à effet de serre que la production d’électricité, sont notamment au cœur de l’organisation politique et économique de nos sociétés victimes de la mondialisation, et de l’organisation des villes et du territoire dépendants de l’automobile..

Un scénario immédiat, vertueux pour la biosphère … et l’humanité

Loin d’accroître le risque climatique par ces émissions supplémentaires de GES, le scénario de sortie du nucléaire « à grande vitesse » présente l’intérêt stratégique de remettre au premier plan la question de la sortie de l’énergie fossile après l’arrêt définitif du nucléaire, et la remise en cause de la civilisation industrielle telle que nous la connaissons.
Elle présente par ailleurs l’avantage de pouvoir s’inscrire dans la temporalité d’une mandature, ce qui devrait limiter fortement les risques de revirement politique et de remise en cause du choix de sortie, comme cela à pu être le cas en Allemagne ou en Belgique. Il faut toujours garder à l’esprit l’inconstance de la mémoire publique, qui se caractérise par l’oubli des accidents lorsque ceux ci s’éloignent dans le temps… Puisse cette conscience rester vigilante… avant la catastrophe ! C’est le pari citoyen que font les défenseurs de l’arrêt immédiat.

Pierre Lucot et Jean-Luc Pasquinet
Auteurs de « Nucléaire Arrêt Immédiat – Pourquoi, comment ? Le scénario qui refuse la catastrophe» Golias 2012
Et co-auteurs de « Nucléaire – Combattre les idées reçues » Utopia 2011
Contact des auteurs pour une présentation du scénario ou pour informations : arret.immediat@online.fr


Retrouvez l’article de Pierre Lucot et de Jean-Luc Pasquinet et bien d’autres dans le mensuel La vie est à nous / Le Sarkophage

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Jean-Luc Pasquinet

Auteur: Jean-Luc Pasquinet

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Commentaires (1)

ValDuv ValDuv ·  08 octobre 2013, 19h10

Et ça continue…

Centrale Nucléaire du Tricastin

Explosion d’une pompe, 3 salariés contaminés

Trois salariés de la centrale nucléaire du Tricastin ont été touchés lundi 7 octobre 2013 par des liquides radioactifs lors de l’explosion d’une pompe hydraulique au coeur de la zone contrôlée, entre les réacteurs 3 et 4.

Aucune information de la Direction EDF n’a filtré jusqu’à présent mais on peu supposer que c’est lors d’opération de pompage de tritium que l’accident s’est produit. En effet depuis le mois de juillet une fuite de tritium est en cours dans cette centrale sans que EDF puisse en préciser l’origine. Le CAN84 a demandé le 25 septembre dernier à l’ASN de prononcer sans attendre la mise à l’arrêt de la centrale et des 4 réacteurs.

Du liquide contaminé radioactif - dont la Direction ne précise pas la teneur (certainement du Tritium radioactif qui fuit depuis le mois de juillet) - a été projeté et s’est répandu sur les vêtements des salariés. L’un d’eux été hospitalisé et tous ont été pris en charge par un service spécialisé en radioprotection pour y suivre une décontamination. On ne connait pas à cette heure-ci la gravité sanitaire et environnementale de ce nouvel accident à la centrale du Tricastin, l’une des principales poubelles nucléaires qui accumulent depuis des années incident sur incident, contamination sur contamination et dont les réacteurs vétustes présentent aussi des fissures.

Depuis la constatation de la fuite, EDF avait une semaine pour en indiquer l’origine et y remédier. Aucune information n’est venue informer la population malgré l’exigence de l’ASN.

Les directions tant d’EDF et d’Areva, véritable état dans l’état, n’appliquent toujours pas depuis plus d’un an les dispositions post-Fukushima ce qui a conduit l’ASN à prendre à l’encontre des exploitant plusieurs mises en demeures demeurées à ce jour lettre morte.

Une nouvelle fois le Collectif citoyen antinucléaire de Vaucluse (CAN84) demande à l’ASN la mise à l’arrêt de la centrale nucléaire EDF du Tricastin et de tout le site où, la semaine dernière encore, un autre accident nucléaire s’est produit chez Areva-Eurodif. Accident qui a entraîné la suspension officielle par l’ASN des opérations de récupération de l’UF6 (uranium enrichi) initiées dans le cadre du pré-démantèlement de l’usine d’enrichissement d’uranium.

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