Dernière mise à jour 21/11/2017

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Nucléaire : le danger vient des Autorités de sûreté !

En chute libre, l’industrie nucléaire mondiale joue sa dernière carte, celle des Autorités de sûreté. Une charmante pièce de théâtre qui ne trompe que ceux qui veulent bien y croire…

Le 11 août dernier, le pouvoir japonais a obtenu la remise en route d’un réacteur nucléaire alors que, depuis septembre 2013, le pays vivait avec 0 % d’électricité atomique. En effet, dans les mois qui ont suivi la catastrophe de Fukushima – qui sévit depuis le 11 mars 2011 (et va continuer pendant des décennies) –, les 54 réacteurs du « pays du Soleil-Levant » avaient été été fermés.

La remise en service du réacteur n° 1 de la centrale nucléaire de Sendaï a été validée par la Commission de réglementation de l’énergie nucléaire, la nouvelle autorité de sûreté nucléaire japonaise créée en juin 2012 à la place de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle, totalement à la solde du lobby nucléaire et qui dépendait d’ailleurs directement du ministère de l’Industrie. Mais, bien que prétendue « indépendante », la nouvelle Commission de réglementation de l’énergie nucléaire reste rattachée à un ministère, même si c’est celui de l’Environnement au lieu de l’Industrie. De plus, elle est présidée par Shun’ichi Tanaka, ingénieur nucléaire, ancien président de la Société japonaise de l’énergie atomique, organisme de propagande pro-nucléaire comparable à la SFEN (Société française d’énergie nucléaire).
Pendant environ deux ans, l’opinion publique a été bercée sur le thème de la nouvelle autorité de sûreté « intraitable », mais qui a finalement commencé à accorder des autorisations de remise en service de réacteurs nucléaires.

Après les réacteurs 1 et 2 de Sendai en juillet 2014, les réacteurs 3 et 4 de la centrale de Takahama ont obtenu le feu vert en février 2015. Mais ce dernier est annulé deux mois plus tard par un tribunal saisi par des habitants, décision confirmée le mois suivant en appel, la justice accusant même la Commission de réglementation de l’énergie nucléaire de légèreté. Entre temps, les procédures contre la relance des réacteurs de Sendai sont rejetées, malgré les éléments probants avancés par les plaignants, en particulier la présence à proximité de la centrale de volcans qui pourraient bien se réveiller, hypothèse non prise en compte. Annoncée pour l’automne 2014, la relance du réacteur n°1 de Sendaï a finalement été entamée le 11 août 2015, pour un retour à la production prévu théoriquement en septembre.

Quatre jours plus tard, assurément agacés de tant de mépris, les fameux volcans se réveillent, le niveau d’alerte étant placé au niveau 4 (sur une échelle de 1 à 5), ce qui signifie que les habitants doivent se tenir prêts à une éventuelle évacuation. « La probabilité d’une éruption à grande échelle du mont Sakurajima est désormais très forte », a averti l’agence de météorologie (c’est elle qui s’occupe des volcans). L’éruption fatale n’aura peut-être pas lieu cette fois-ci, mais ce ne sera alors que partie remise et, en tout état de cause, la veulerie de la nouvelle autorité de sûreté est d’ores et déjà avérée. Présentée comme « intransigeante », elle ne sert finalement qu’à donner du crédit à la relance des réacteurs, exigée par l’industrie nucléaire. Exigée… mais pas si évidente : le 21 août, la relance de Sendai était suspendue pour des problèmes de pompes défaillantes. À suivre…

Dans la cuvette, les experts !

Ce n’est guère mieux en Europe. En Belgique, des fissures importantes ont été découvertes en 2012 sur les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. Pourtant, de façon sidérante, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a autorisé leur remise en service en 2013, avant que de nouvelles révélations n’impliquent d’arrêter à nouveaux ces deux réacteurs qui sont fermés depuis. Toute déçue de ne pas avoir réussi à sauver la mise de l’industrie nucléaire (quitte à irradier des millions de personnes !), l’AFCN s’est rattrapée en autorisant les réacteurs de Doel 1 et 2, qui devaient pourtant être définitivement arrêtés cette année, à fonctionner jusqu’en 2025, et atteindre l’âge terrifiant de 50 ans… s’ils n’explosent pas avant !

Mais la cerise sur le ghetto (nucléaire) se trouve bien sûr en France : on a en effet appris en avril dernier que, avant d’être en faillite, Areva avait eu le temps de louper les cuves des réacteurs EPR de Flamanville (Manche) et de Taishan 1 et 2 (Chine). La seule cuve correcte est celle de l’EPR de Finlande, mais ce « miracle » s’explique facilement : la fabrication de cette cuve avait été sous-traitée au japonais Mitsubishi, le fameux « savoir-faire » nucléaire français n’a donc pas pu frapper ! Des tests ont montré que, pour certaines parties des cuves, la résistance de l’acier était de 36 joules au point le plus faible, contre un minimum réglementaire de 60 joules. Loin de décréter que ces cuves ne pourraient donc être utilisées, l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) a demandé à EDF et Areva de pratiquer des essais supplémentaires et, surtout, d’argumenter en faveur de l’utilisation des cuves.

Différentes prises de position laissent déjà entendre que, somme toute, les exigences réglementaires seraient excessives, que les zones les plus fragiles seront les moins irradiées en fonctionnement, etc. Et bien entendu, chacun y va de sa magnification de l’ASN, si « indépendante » et « intraitable ». Ainsi, il n’y aura rien à y redire… lorsqu’elle autorisera finalement l’utilisation des cuves défaillantes. C’est du moins notre pronostic. Résultat dans quelques mois…


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Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

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