Dernière mise à jour 19/11/2017

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Le masque de Marine

Au grand bazar des idées fausses la grande campagne promotionnelle est maintenant lancée pour la mise sur orbite de la première figure de l’extrême-droite française. À encore huit mois du prochain scrutin présidentiel la promotion la plus efficace ne vient pas du Front national lui-même mais des médias de masse par l’entremise de journalistes qui font de ce parti un parti comme les autres, qui salue la performance que constituerait l’entreprise de dédiabolisation orchestrée par la digne héritière du fondateur de l’organisation perçue longtemps comme indigne.

Des émissions entières lui sont consacrées. Cela fait audience. Il est vrai que Marine Le Pen ne s’est pas encombrée d’une Primaire, elle s’est proclamée depuis longtemps candidate naturelle du Front « au nom du peuple ». Chez Les Républicains, il sont finalement sept – dont une seule femme ! - à se partager les projecteurs, ce qui ne facilitera sans doute pas la visibilité de tous. Au Parti socialiste, les projecteurs ne s’allumeront qu’après dissipation des brumes automnales enveloppant les candidats potentiels à la candidature. Pour EELV il ne faut pas moins de quatre projos car si le parti est petit grande est l’écologie. Mais, venons-en au problème crucial que la médiacratie s’échine à ne pas voir : la nouvelle coqueluche des journalistes politiques avance masquée sans que l’on y prenne garde.

Le 19 septembre dernier, l’émission « C’est dans l’air » - titre ô combien racoleur – «était totalement consacrée à la grande rentrée politique de Marine Le Pen . Cette rentrée avait juste eu lieu la veille, c’est dire si France 5 avait décrété par avance que l’évènement vaudrait son pesant d’Audimat. La patronne du Front avait choisi Fréjus pour cette occasion à ne pas rater, une ville du Sud profond conquise par son organisation lors des dernières Municipales, une ville qui n’est pas baignée que de soleil comme on le sait. Le plateau de l’émission ne réunissait que des « spécialistes de la vie politique » hexagonales , notamment Christophe Barbier de l’Express et Catherine Nay de… Valeurs actuelles.

Le fil conducteur de l’émission tenait en une question : comment Marine peut-elle espérer crever « le plafond de verre » qui l’empêche de développer son audience au-delà de son électorat traditionnel ? En un mot, comment peut-elle devenir plus respectable encore ? On constata vite que les invités parvenaient mal à dissimuler leur admiration devant le travail déjà accompli dans la construction de l’œuvre de séduction entreprise par celle qui est désormais l’objet de tous les regards de la médiasphère. Ce fut un grand moment de surréalisme télévisuel : c’était à celui qui dispenserait le meilleur conseil pour permettre à l’intéressée de capter l’attention et les suffrages de nouvelles franges du corps électoral. Le citoyen averti de la chose politique ne devait pas – pour peu qu’il regarde cette émission – en croire ses oreilles.

Les ficelles sont épaisses mais tout le monde ne les voit pas. Ces émissions réunissent des invités représentant des sensibilités différentes que l’on monte en épingle pour mieux dissimuler que sur l’essentiel la connivence est de règle. On y parle clairement, on se respecte les uns les autres sans jamais hausser le ton, on proclame souvent des évidences en donnant l’impression d’avoir en fin découvert une chose nouvelle à laquelle personne n’aurait songé jusqu’alors. Toutes choses qui confirme dans ses certitudes le téléspectateur moyen qui a toujours besoin d’être rassuré. Si les experts le disent…

Citons le cas, entre autres incongruités du temps médiacratique contemporain, de la révélation faite par l’inénarrable Catherine Nay justement le 19 septembre. Selon elle, Marine Le Pen qui était éloignée du féminisme s’en est nettement rapprochée depuis quelques mois. Ce sont les évènements survenus à Cologne dans la nuit de la dernière Saint-Sylvestre qui auraient déclenché cette révolution mentale. Les allemandes agressées sexuellement lors de cette horrible nuit aurait fait prendre conscience à celle qui « jusque-là n’affirmait pas sa féminité » ce que vivent les femmes en certaines circonstances, ce qu’être une femme veut dire.

Au passage la journaliste politique – c’est son titre, nous n’y pouvons rien – en profita pour signaler que les agresseurs n’étaient pas des migrants arrivés de fraîche date en Allemagne mais des Marocains installés en ce pays depuis plusieurs années. Cela ne mange pas de pain ! Pour achever de nous convaincre la spécialiste asséna ceci : Marine Le Pen est désormais proche d’Elisabeth Badinter. Une si fine analyse politique en effet avait de quoi nous achever. Les femmes savent maintenant sans doute pour qui voter l’année prochaine. La perplexité nous envahit. Pourquoi des journalistes participent-ils ainsi à nourrir la vague montante d’une « peste brune ».

Qui fait tout ce qu’elle peut pour cacher son nom ? Le principal parti de l’extrême-droite française et les idées qu’il véhicule n’ont pas fondamentalement changé. Des livres éminemment sérieux nous le démontrent depuis des années. Ils sont écrits patiemment par des sociologues ou des journalistes – il en existe de compétents – qui se sont réellement immergés en ces lieux de perdition des valeurs humaines que sont les diverses officines gravitant autour du Front. Ils en reviennent horrifiés et nous font part de leur effroi. Chacun a le droit de les lire, à commencer par Catherine Nay. On peut aussi regarder d’un peu près ce que signifie vraiment la gestion municipal des villes tenues par des élus issus de ce parti pour imaginer ce que cela donnerait à plus grande échelle. On mesure alors la dose d’incompétence et le climat de haine qui s’y développent.

Nous, citoyens enseignés par les leçons de l’Histoire, devons inlassablement dénoncer ces journalistes, imprudents et souvent impudents, qui servent d’ascenseur confortable à la vague lepéniste. Si tous ceux qui sont encore armés mentalement pour y résister font défaut, d’autres armes demain parleront. A-t-on vraiment compris à quel point certaines franges de notre police ne demandent déjà qu’à se mettre, le moment venu, au service de « l’établissement de l’Ordre » ?


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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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