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Bangsters !

Le capitalisme financier est sorti indemne des tempêtes qu’il a ourdies en 2008. Indemne mais fragilisé. D’une fragilité inquiétante qui augure toujours de la crise fatale une fois encore repoussée. Toutes les analyses possibles ont été conduites qui dévoilèrent les véritables raisons des tempêtes récentes ; aucune leçon sérieuse n’en a été tirée. Les banques, une fois renflouées avec l’argent public, ont repris le cours cupide de leurs affaires. Parmi elles, celle de la Société Générale est des plus édifiantes quant à l’administration de la preuve de l’impossible moralisation du capitalisme. Les bangsters sont désormais au pouvoir.

Après trente ans de gestion néo-libérale de l’économie nous savons définitivement que le capitalisme et la démocratie sont inconciliables. À la délirante concentration du capital – tendance séculaire du capitalisme – s’ajoute désormais la concentration du pouvoir que l’on peine pour le coup à nommer encore politique. Fatalement, ces deux concentrations majeures de notre temps sont de plus en plus fréquemment en collusion étroite. Le scandale que constitue le jugement de « l’affaire Kerviel » est l’un des meilleurs révélateurs de cette collusion avérée, avec le surcroît d’intensité que l’allégeance sans failles de la Justice donne à la collusion. Ce n’est évidemment pas la condamnation de Jérôme Kerviel en elle-même qui est choquante. Les traders francs-tireurs ne sauraient nous émouvoir par leur déni de responsabilité que provoquerait, selon eux, l’implication des individus dans un système qui les grise. À moins de plaider la folie, ces flambeurs de la roulette financière ne doivent pas pouvoir échapper à la Justice quand ils sont pris la main dans le sac de nœuds des montages sophistiqués auxquels ils collaborent. Personne n’est obligé d’exercer ce métier-là. Des métiers plus nobles, plus altruistes existent où exercer ses talents. Seule la cupidité déraisonnable attire en ces lieux de perdition de l’intérêt général que sont les mythiques salles de marché des jeunes hommes et des jeunes femmes sans le moindre scrupule.

Que Jérôme Kerviel ait le temps de méditer tout cela en prison n’est donc en rien scandaleux. Tout autre est l’incroyable blanchiment de la banque employant le condamné au moment des faits incriminés, en l’occurrence la Société Générale. Alors que de nombreux faits prouvaient que ladite banque couvrait les agissements du trader imprudent, seule la culpabilité de ce dernier fut prononcée. Jérôme Kerviel étant l’unique coupable des pertes que ses hasardeuses spéculations ont occasionnées à la Société Générale, il est condamné à rembourser à son ancienne banque… 5 milliards d’euros. La facture est à l’échelle de la démesure des bulles spéculatives de la finance internationale débridée par trente années de dérégulation. Pour des faits autrement plus graves et que nous pourrions sans mal qualifier de criminels les condamnations prononcées par les tribunaux français ont été d’une grande légèreté. Ainsi, la Marée noire de l’Erika a coûté à Total 92 petits millions d’euros d’indemnités, la Catastrophe d’AZF Toulouse a représenté 2 milliards d’indemnités et aucune condamnation pénale malgré son lourd bilan de 31 morts. Seul le fonds d’indemnisation de la multitude de travailleurs forcés du nazisme a atteint les 5 milliards d’euros, dont la moitié seulement à la charge des groupes industriels et bancaires allemands (1). Les banques internationales, en provoquant la crise financière récente, ont coûté, par les plans de sauvetage, des milliers de milliards d’euros aux contribuables et font peser sur les peuples le coût de la récession avec sa flambée du chômage et de l’austérité en Europe comme aux États-Unis. Aucun des banquiers, des patrons de fonds spéculatifs, des « régulateurs » tels MM. Greenspan, Trichet et consorts n’a été inquiété. Tous bénéficient encore de leurs bonus, stock-options, parachutes dorés et, après leur coupable activité, de leurs retraites chapeaux.

Mais, dévoilons le pot aux roses de l’affaire Société Générale, comme il conviendrait de la dénommer mieux. Sur les 5 milliards de pertes estimées la banque en a déjà récupéré le tiers, soit 1,7 milliard d’euros qui lui ont été versés par l’État. En effet, dans l’opération de renflouement des banques françaises, l’État s’était engager à éponger les pertes subies par elles sur des opérations évidemment jamais appelées spéculatives. Il y fallait une condition : que la banque concernée ne soit pas responsable des pertes encourues. Dans « l’affaire Kerviel » il fallait donc absolument que la Société Générale soit réputée judiciairement innocente du « crime » imputé. Il fallait aussi que la Justice soit associée à la combine. Le verdict est alors sans surprise. Le citoyen qui y croit encore un soupçon n’a plus qu’à ravaler son écœurement légitime. Et la démocratie de rouler définitivement dans le caniveau !

(1) – Faits et chiffres cités par Attac-France.


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Yann Fiévet

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