Dernière mise à jour 28/07/2017

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L’effondrement du système nucléaire a commencé

Imaginons l’évacuation d’une cinquantaine de millions de personnes. Plus que le nombre d’Espagnols. Impossible ? Et pourtant « le Japon était proche de ce scénario extrêmement grave », a déclaré Naoto Kan, Premier ministre du pays pendant l’accident de Fukushima. Le nucléaire fait planer une menace extrême sur notre civilisation. Et avec ses centrales vieillissantes, cette industrie est en plein déclin.

Depuis le 15 septembre, le Japon fonctionne à nouveau avec 0% d’énergie nucléaire : 4 réacteurs ont été détruits à Fukushima et sont encore en perdition, les 50 autres de l’île sont à l’arrêt. Cette situation avait déjà existé quelques semaines en 2012 mais, juste avant d’être remplacée par une instance un peu plus indépendante, la précédente « autorité de sûreté » nippone avait eu le temps de procéder à une dernière félonie en autorisant le redémarrage de deux réacteurs, à Ohi : il fallait d’urgence cesser de démontrer que le Japon pouvait fonctionner sans nucléaire. Mais les réacteurs d’Ohi viennent encore d’être arrêtés, pour maintenance, et comme les 48 autres réacteurs, ils ne pourront désormais redémarrer qu’avec l’aval de la nouvelle autorité de sûreté, mais aussi avec l’accord des autorités locales. Or ces dernières, mêmes lorsqu’elles restent favorables à l’atome, sont bien obligées de tenir compte de l’avis de la population… laquelle n’a pas du tout l’intention de revivre un drame nucléaire. En clair, cette fois-ci, c’est pour des mois, voire des années, et peut-être pour toujours, que le Japon fonctionne sans nucléaire. Et apporte de fait la preuve qu’un grand pays industrialisé, avec 130 millions d’habitants, peut se passer de l’atome. Ce qui est forcément aussi le cas de la France puisqu’elle compte deux fois moins d’habitants.

Mais, bien sûr, des voix s’élèvent pour dénoncer l’augmentation de la consommation d’hydrocarbures : pour remplacer l’électricité nucléaire, les Japonais ont remis en service de nombreuses centrales au fioul, au gaz ou au charbon. Elles étaient à l’arrêt mais avaient été gardées « sous le coude » : les opérateurs pressentaient-ils qu’ils en auraient à nouveau besoin ? Il est presque amusant de voir que des gens, qui ne se sont jamais préoccupés d’environnement, dénoncent subitement les émissions de CO2, dans le but de venir au secours de leur cher atome. Or, ils ne dont que souligner une évidence : c’est bien à cause du nucléaire que le Japon est dans une situation aussi difficile. Ce ne serait pas le cas si, au lieu de construire 54 réacteurs, le Japon avait investi depuis trente ans dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables. Et avait préféré la sobriété à la gabegie.

À l’âge des cavernes

Et encore, avant Fukushima, le nucléaire ne couvrait « que » 35% de la production japonaise d’électricité. Que va-t-il donc se passer lorsque la catastrophe se produira en France, et que nous serons subitement privés de 75% de notre électricité ? Eh bien il faudra économiser : débrancher les box, les lecteurs DVD, les Smartphones (au grand désespoir de Cécile Duflot), les éclairages inutiles, les voitures électriques, etc. Il faudra moins se chauffer l’hiver et ne plus se climatiser l’été. Et peut-être retourner vivre dans des grottes : à cause du nucléaire, sûr que nous allons revenir à la bougie ! En effet, contrairement au Japon, nous n’avons pas en France un parc de centrales thermiques prêt à prendre au pied levé le relais du nucléaire. Nous serons donc exemplaires : zéro nucléaire…. mais pas d’ émissions de CO2 supplémentaires. On devine les critiques déjà émises au début du drame de Fukushima : « Vous vous réjouissez de la catastrophe car elle prouve que vous aviez raison ! » Personne n’a vu un seul antinucléaire se réjouir mais, quanf bien même ce serait le cas, il faut tout de même noter que ce n’est pas ça qui a causé le drame : que les antinucléaires soient réjouis ou tristes, ce ne sont pas eux, mais les atomistes, qui font exploser les centrales nucléaires. Non, il ne s’agit pas de se réjouir mais « seulement » de prévenir que l’hypothèse de devoir retourner au Moyen Âge, après un Fukushima hexagonal, est plus que jamais probable. Et, bien sûr, personne ne sera préparé à cet effondrement. Vous-mêmes, chers lecteurs de Netoyens.info, bien qu’étant assurément parmi les plus avertis de nos concitoyens, savez-vous vraiment où sont vos bougies ? Saurez-vous les retrouver dans le noir absolu ? On noyés dans un nuage radioactif ?

Vieux réacteurs incontinents

Le 15 septembre, dans Le Journal du Dimanche, le nouveau président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Pierre-Franck Chevet, expliquaient ceci : « Notre parc a l’avantage d’être standard. Quand il y a un problème, on peut le traiter sur toutes les centrales si on le repère vite. À l’inverse, si on le détecte tardivement, il y a un risque qu’il apparaisse sur d’autres réacteurs. On peut avoir une anomalie grave, de la corrosion ou une fuite, sur cinq à dix réacteurs en France. Dans ce cas, l’Autorité de sûreté nucléaire pourrait les arrêter pour une durée indéfinie. » Fort bien, mais pourquoi seulement « cinq à dix réacteurs » ? Un défaut générique peut en effet affecter les 58 que la France a la « chance » de posséder.

D’ailleurs, nous connaissons déjà au moins un de ces défauts, et non des moindres : tous les réacteurs sont conçus, construits, exploités et (plus ou moins bien) entretenus par… de simples êtres humains. Faibles et faillibles. Distraits ou inconscients. Parfois déprimés, suicidaires, ou au contraire amoureux, ou pensifs, ou arrogants, etc. Le danger est donc extrême, et il est démultiplié par le vieillissement du parc atomique mondial : la très grande majorité des réacteurs en service sur Terre sont anciens et fonctionnent de plus en plus mal. À tel point qu’ils sont parfois fermés définitivement par leurs propriétaires… alors même qu’ils peuvent légalement continuer vingt ans de plus ! Aux États-Unis, ces derniers mois, pas moins de cinq réacteurs ont ainsi cessé leur activité : trop vieux, trop délabrés, trop déficitaires. En France, une des plus vieilles centrales, celle du Tricastin (Drôme), fuit : des contaminations sont détectées sous les réacteurs. Ce n’est pas encore Fukushima, certes, mais ça vient. Ce n’est là que le début d’un processus irréversible, qui a hélas toutes les chances de se poursuivre de façon dramatique.

Nous avons déjà signalé dans ces colonnes que la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée de 17% en 2001 à 9% aujourd’hui. L’industrie nucléaire s’effondre sous nos yeux, les réacteurs se désagrègent, les contaminations se multiplient. Construire 400 réacteurs sur notre planète n’était pas irresponsable seulement à cause des risques immédiats et des déchets, mais aussi parce que, tôt ou tard, ce parc allait être au bout du rouleau. Se désagréger. S’effondrer. Nous y sommes.

Vous reprendrez bien un peu de plutonium ?


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Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

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Commentaires (6)

ValDuv ValDuv ·  20 octobre 2013, 20h43

Pour info…

Londres et EDF relancent le nucléaire après Fukushima
20/10 | 17:42

L’officialisation attendue lundi d’un projet de nouvelle centrale en Grande-Bretagne porté par EDF et des groupes chinois marquera un succès majeur pour l’industrie nucléaire après la catastrophe de Fukushima de mars 2011, estiment des experts du secteur.

Selon la presse, Londres et EDF dévoileront un accord permettant à l’électricien public français et à ses partenaires de construire deux réacteurs de type EPR à Hinkley Point, dans le Somerset (sud-ouest de l’Angleterre), un projet estimé à près de 16,5 milliards d’euros et le premier de ce type en Europe depuis Fukushima.

Lire plus : http://www.lesechos.fr/entreprises-…

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  20 octobre 2013, 23h16

Accord nucléaire EDF/Londres : des réacteurs ultra-subventionnés…mais qui ne verront jamais le jour

  • Le nucléaire est tellement déficitaire qu’il nécessite de lourdes subventions publiques
  •  qui vont assurément être annulées par Bruxelles : l’accord EDF/Londres n’est qu’un coup de bluff

Source : Observatoire du nucléaire

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  21 octobre 2013, 21h12

Accord nucléaire Londres-EDF : les plus gros mensonges

Les dirigeants d’EDF, accompagnés par la plupart des médias français, mentent effrontément concernant l’accord nucléaire Londres/EDF. Voici les principales rectifications à connaître.

http://observ.nucleaire.free.fr/acc…

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  23 octobre 2013, 19h01

Accord nucléaire en Grande-Bretagne : EDF a utilisé des méthodes relevant de la corruption
http://observ.nucleaire.free.fr/acc…

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  26 octobre 2013, 02h43

AREVA : confirme ses objectifs, baisse des ventes au T3

* CA en baisse de 5,8% au T3 à E2.084 mlns
* Carnet de commandes en baisse de près de 11% au 30 septembre

Extrait :

Areva, qui avait en début d’année pris comme “hypothèse” de renouer avec un bénéfice net sur l’exercice, vise un excédent brut d’exploitation (Ebitda) supérieur à 1,1 milliard d’euros et un flux de trésorerie opérationnel libre avant impôts à l’équilibre.

Entre juillet et septembre, le groupe a toutefois vu ses ventes reculer de 3% à périmètre et change constants (-5,8% en publié) à 2,08 milliards d’euros.

Au 30 septembre, le carnet de commandes s’élève à 42,02 milliards d’euros, un montant en baisse de 10,6% par rapport au 30 septembre 2012. Ce total ne tient toutefois pas compte des accords récemment signés avec EDF pour le projet d’Hinkley Point.

Sur les neuf premiers mois de l’année, les ventes d’Areva totalisent 6,85 milliards d’euros et signent une augmentation de 7,6% à données comparables.

Toutes les divisions du groupes ont contribué à la progression des ventes, à l’exception de l’activité des énergies renouvelables dont le chiffre d’affaires sur neuf mois plonge de 26,6% à 292 millions d’euros.

Sources:

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  01 décembre 2013, 23h04

La situation sur le site de Tricastin, avec Roland Desbordes, Président de la CRIIRAD

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