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L’« agionamenteur » des accrédités !

Geneviève Confort-Sabathé

Para­doxa­le­ment, c’est pour avoir vécu à cré­dit que les riches de la pla­nète et leurs thu­ri­fé­rai­res (ban­quiers, assu­reurs, tra­ders) ont perdu tout cré­dit auprès des peu­ples.

Et c’est bien dans les deux accep­tions du mot « cré­dit » qu’il faut cher­cher la cause de l’enfu­mage effi­cace qui per­mit de dis­si­mu­ler si long­temps la faillite de la finance mon­diale. Cer­tes, on ne prête qu’aux riches, tant en terme de cré­di­bi­lité qu’en terme de créance.

D’un côté, le cré­dit est « prêté » natu­rel­le­ment aux célé­bri­tés d’influence, hom­mes et fem­mes (le capi­ta­lisme en talons hauts cla­que aussi), aux capi­tai­nes d’indus­trie (ceux qui manoeu­vrent leurs entre­pri­ses comme des ber­li­nes alle­man­des), aux accré­di­tés des cer­cles de réflexion et autres ini­tiés de secte maçon­ni­que, reli­gieuse ou autres, lau­réats des médias d’obé­dience libé­rale mais aussi socio-libé­rale (socia­lis­tes pour faire court). Ce cré­dit est social, cul­tu­rel, psy­cho­lo­gi­que.

De l’autre, le cré­dit est « vendu » à ceux qui ne béné­fi­cient pas des mêmes réseaux, de la même con­si­dé­ra­tion, de la même sur­face média­ti­que, de la même créance. Autre­ment dit, tous les pau­vres en influence et en pognon.

Le cré­dit « prêté » aux riches leur per­met donc d’accé­der à l’autre, le cré­dit « vendu »,  mais sans avoir à mon­trer patte blan­che. Qui ose­rait ima­gi­ner que de si esti­ma­bles per­son­nes puis­sent être insol­va­bles ? On prête donc sur du vent, le vent de la con­si­dé­ra­tion.
Même si la domes­ti­ca­tion du per­son­nel poli­ti­que n’encou­rage pas les peu­ples à la méfiance, la cré­di­bi­lité des éli­tes, pour­tant soi­gneu­se­ment entre­te­nue par les grands médias, en a pris un sacré coup.

Les citoyens euro­péens sont étran­glés dans des cré­dits sans fin que j’appelle, joyeu­se­ment, les cré­dits «  revol­ving/revol­ver » en rai­son de leur pro­pen­sion à inci­ter au sui­cide les mal­heu­reux endet­tés. Une sorte de mort à cré­dit.

Pas éton­nant s’ils hési­tent à uti­li­ser leur bul­le­tin de vote pour per­met­tre à des salauds ou leurs com­pli­ces d’accé­der à un sta­tut pres­ti­gieux accré­di­tant leur pro­pen­sion natu­relle à tra­hir le populo cré­dule. Il faut dire que les dépu­tés euro­péens ont for­te­ment ten­dance à se trans­for­mer en maqui­gnons dès lors qu’ils ont une situa­tion assise dans l’hémi­cy­cle de Stras­bourg. Là, ils oublient jusqu’à leur idéo­lo­gie et s’aco­qui­nent, au coup par coup, avec n’importe quel groupe poli­ti­que. Ainsi, le citoyen lambda croit voter pour un député de gau­che ou un éco­lo­giste et il décou­vre qu’il a élu un VRP mul­ti­car­tes.

Pour chas­ser l’abo­mi­na­ble spec­tre de l’abs­ten­tion mas­sive, les poli­ti­ques euro­péens ont entre­pris un acte de con­tri­tion géné­ra­lisé. Ils font amende hono­ra­ble, pro­po­sent la mora­li­sa­tion du capi­ta­lisme, pro­met­tent de pren­dre en compte les nou­vel­les don­nées socia­les, poli­ti­ques et mêmes socié­ta­les. Ils envi­sa­gent un véri­ta­ble aggior­na­mento des pra­ti­ques du capi­ta­lisme mon­dia­lisé.

Pre­mière étape de cette actua­li­sa­tion à mar­che for­cée, les élec­tions euro­péen­nes sont un test, de grande ampleur, sus­cep­ti­bles de redon­ner du cré­dit aux éli­tes du capi­ta­lisme ou au con­traire de les dis­cré­di­ter défi­ni­ti­ve­ment.

Car l’aggior­na­mento annoncé pour­rait appa­raî­tre comme un « agio­na­men­teur », une sorte de poker men­teur dont le but est de sau­ver le sol­dat « agio » pour con­ti­nuer tran­quille­ment de spé­cu­ler sur les tran­sac­tions moné­tai­res tout en rete­nant tou­jours un petit quel­que chose sur tou­tes les opé­ra­tions ban­cai­res des petits clients.

Les son­da­ges mon­trent que les citoyens euro­péens ne sont pas prêts à se lais­ser ton­dre. Un taux record d’abs­ten­tion ren­drait toute poli­ti­que illé­gi­time. Sur­tout si cette poli­ti­que est impo­pu­laire et basée sur les recom­man­da­tions de la Ban­que cen­trale euro­péenne, de la Com­mis­sion et du Con­seil des minis­tres des États mem­bres. Sur­tout si cette poli­ti­que s’appuie sur les arti­cles du Traité de Lis­bonne, imposé à tous les citoyens des peu­ples d’Europe par la for­fai­ture des dépu­tés fran­çais.


Voir aussi  le Dos­sier |N!| : Tra­vailler plus pour rem­bour­ser plus


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Geneviève Confort-Sabathé

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