Dernière mise à jour 17/12/2017

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Pétrole : l'AIE compte sur la science et la chance

Le rapport annuel de l’AIE est, depuis 1993, un rapport toujours attendu. Celui de 2010, dix fois plus volumineux que le premier (76 pages contre 731 pages), est paru au début du mois de novembre. On dit partout qu’il n’est pas optimiste et par certains aspects, en effet, il ne l’est pas. Il reste que certains éléments de ce document peuvent être perçus comme ambiguës si on ne les examine pas attentivement. C’est l’un d’entre eux que nous allons regarder d’un peu plus près.

L’AIE introduit son rapport par une interrogation :

“Le monde semble sortir de la pire crise économique qu’il ait connu depuis des décennies. De nombreux pays se sont engagés, dans le cadre de l’Accord de Copenhague, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Le G20 et l’APEC se sont également engagés à éliminer progressivement les subventions inefficaces aux combustibles fossiles. Sommes-nous enfin sur la bonne voie pour parvenir à un système énergétique sûr, fiable et écologiquement durable ?”.

Il n’empêche, l’AIE confiante nous projette quand même dans un avenir fait encore d’une abondance qui laisse songeur.

On peut lire grâce au graphique ci-dessous que l’extraction mondiale d’huiles en tout genre va se stabiliser durablement durant les 25 prochaines années au terme desquelles, la “production” globale de brut devrait culminer à 96 mb/j (millions de barils par jour).

AIE - Pétrole 2010-2035

Est ce la sortie de crise, i.e. la reprise économique, qui paradoxalement pourrait expliquer cette confiance ? Que nenni. D’après l’AIE, se sont les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Copenhague et la décision - par le G20 et l’APEC - de ne plus subventionner  les combustibles fossiles à la pompe qui permettent ce constat et cette projection “optimiste” jusqu’en 2035.

Ce qui permet à l’AIE de relativiser une situation quand même tout à fait lourde de conséquences écologiques donc économiques et sociales, se niche dans la lecture attentive du graphique :

  • L’extraction du gaz (en violet) va croître légèrement et, plus inquiétant, en orange, celle du très énergivore et polluant pétrole “non conventionnel” ou pétrole lourd (sables bitumineux, schistes et autres agrocarburants) aussi.
  • En bleu marine, les sources pétrolières actuellement en exploitation qui déclinent, montre que l’AIE a bien assimilé le problème du pic pétrolier (2006) et de son inexorable déplétion,
  • En bleu clair… la grande surprise ! Le pétrole conventionnel ou pétrole léger car le plus facile et le moins couteux à raffiner, que l’on va devoir découvrir et/ou réussir à extraire !??? Une grosse cale dans cette construction incertaine qui permet cependant de maintenir l’édifice… en croissance vers les 96 mb/j annoncés. Ce qui reste encore à démontrer.

Certes l’AIE alerte sur les effets de dérèglement du climat qui ne manqueront pas de le réchauffer de 3,5 degrés plutôt que de seulement 2 degrés, si nous croissions et même seulement maintenions notre consommation globale de carburants.

Il encourage même à surenchérir les prix à la pompe plutôt que de subventionner les consommations comme le font les États-Unis pour soutenir leur économie tout en creusant un peu plus leur endettement. L’AIE d’ailleurs, prédit un prix du baril de brut à 200 dollars en 2035 alors qu’il se négocie en ce moment autour de 87 dollars.

S’il n’est pas augmenté volontairement par les gouvernements, il y a fort à parier que les marchés le pousseront à la hausse en tenant compte évidemment de la pression d’une demande déjà constituée pour moitié de la demande chinoise dont les transports flambent pour le grand bonheur des vendeurs d’automobiles européennes.

On peut même prédire que de nouveaux effets spéculatifs (jusqu’à 40% du prix du brut !) y contribueront par surcroît d’activisme de la part des acteurs présents sur des marchés qui n’ont jamais manqué, ces dernières années encore, de profiter de l’aubaine de la “volatilité” des cours - a fortiori quand les mouvements à la hausse comme à la baisse sont importants - pour tirer leur épingle du jeu spéculatif comme en 2008 où le prix du baril de brut avait culminé à 146 dollars.

Malgré toutes ces indications prudentes de l’AIE à l’attention des États et des acteurs économiques, il reste ce graphique que tout le monde retiendra. Un graphique qui affiche une très grande confiance en la science et les techniques mais aussi dans le capital “chance” des compagnies pétrolières pour parvenir à transformer en réserves prouvées, les réserves estimées et dont les plus importantes se trouvent en zone arctique aux conditions climatiques extrêmes ou en eaux profondes (8 000 m) au large des cotes sud-américaines.

Cette démonstration ressemble de plus en plus à un très inquiétant aveuglement que l’on retrouve un peu partout notamment chez nos élus et pas seulement ceux qui investissent lourdement l’argent du contribuable dans de nouveaux projets d’aéroports et d’autoroutes.

Enlevez cette manne pétrolière représentée par la part en bleu clair et sans cesse croissante sur le graphique mais tout à fait virtuelle et tentez de mesurer les conséquences de l’irréalisme de la prédiction. Le pétrole ne s’inventera jamais même dans nos rêves les plus fous, pas plus demain qu’en ces temps merveilleux où le virtuel fait prendre la moindre vessie pour une torche de raffinerie de pétrole.




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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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