Dernière mise à jour 17/12/2017

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Paris gourmand

Paris flotte mais ne sombre pas. Paris ne s’est pas fait en un jour. Paris vaut bien une messe. Que de flatteries, égrainées au fil des siècles, pour construire l’éloge éternel de la « ville lumière », capitale d’un État-nation dont l’hyper-concentration est sans égale en Europe. Et que de mépris pour la « province » (pays vaincu) contenu à l’envers de cette suffisance à jamais entretenue.

Le parisianisme est indéfectiblement consubstantiel à la construction politique de la France. Les efforts pour desserrer l’étreinte, dans la seconde moitié du siècle dernier, ont eu, hélas, peu d’effets sur l’évolution des mentalités présidant à la caricaturale dichotomie, notamment au sein de la classe médiacratique. On assiste même depuis le tournant de ce siècle à une reprise en main de l’État. Pire, un discours se développe qui accrédite l’idée que désormais la « région-capitale » serait déshéritée.

La région-capitale à un nom : Ile-de-France. Tout un programme ! Une petite France à part qu’il faudrait protéger de l’océan obscur qui l’entoure. Une « petite » France qui concentre, sur 4% du territoire de l’hexagone, 20% de la population du pays, l’essentiel du pouvoir économique incarné par la localisation francilienne de la quasi-totalité des sièges sociaux des grandes entreprises françaises, la plupart des directions de l’Administration « centrale ». Bref, si cette région est à plaindre c’est plus pour son hypertrophie – engendrant de multiples nuisances – que pour son insuffisante richesses. Pourtant, elle en redemande. Sa gourmandise est insatiable. Elle attend tout du « Grand Paris » décidé sous Nicolas Sarkozy. Et voilà que maintenant, cerise sur le monstrueux gâteau, l’organisation des JO de 2024 lui est attribuée. Et tant pis si ses muscles les plus saillants doivent devenir gonflette. Ainsi, le Grand Paris Express qui devrait entrer en service en 2023, plus grand chantier d’Europe, comprend la création de 200 kilomètres de lignes et 68 nouvelles gares. Quand le réseau de transport francilien existant bat de l’aile partout en raison de son vieillissement et de son manque d’entretien régulier on préfère construire de nouvelles lignes. Au lieu de rénover le réseau actuel afin de faciliter les déplacements domicile-travail des franciliens on va leur proposer des liaisons neuves souvent entre villes-dortoirs. A l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique cette folie des grandeurs tourne délibérément le dos à la nécessaire sobriété économique et à une véritable politique d’aménagement du territoire national.

Emmanuel Macron et Nicolas Hulot affirmait il y a peu encore qu’il convenait de réduire la voilure de ces projets pharaoniques eu égard, justement, à la réduction de l’empreinte écologique de l’Ile-de-France. Ils sont depuis sous pression, des élus politiques d’abord, des bétonneurs ensuite. Un vrai tir de barrage. Plusieurs sénateurs franciliens de toutes tendances politiques ont demandé le 22 novembre dernier au Président de la République le maintien intégral du projet du Grand Paris Express. Dans un courrier co-signé notamment par le président de la commission des finances Vincent Eblé (PS) et les vice-présidents du Sénat Philippe Dallier (LR) et Vincent Delahaye (UC), ces sénateurs écrivent sans ambages que ce projet “est un projet visionnaire au service de la croissance, de l’économie et de l’emploi, une cohérence pour les territoires, un acte de confiance pour les entreprises et les investisseurs”. “Cette vision, cette cohérence et cette confiance doivent être maintenant réaffirmées”, poursuivent-ils. Ils y ajoutent l’imparable argument de « la cohérence Nationale » ! La veille de ce courrier sénatorial, un collectif de plusieurs dizaines de maires d’Île-de-France de tous bords, dont la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) et le maire de Rueil-Malmaison, et président de la Métropole du Grand Paris, Patrick Ollier (LR), avait réclamé eux aussi le maintien de l’intégralité du projet. Les géants du BTP, Vinci, Bouygues, Eiffage ne sont évidemment pas en reste. Ils ajoutent leur chorus à ce concert de pressions. Le chantier de 35 milliards d’euros est pour eux un Jackpot attendu. Ils ne sont pas prêts de lâcher la juteuse affaire. D’ailleurs, le chantage à l’emploi a déjà commencé.

M. Macron saura-t-il résister au chant de toutes ces sirènes, chant fait de toutes les croyances tirées du passé, à commencer par les mirifiques promesses habituelles de créations massives d’emplois ? Il est fortement permis d’en douter : lui aussi est convaincu que le salut économique de la France passe par le bon rang que Paris saura tenir dans « la compétition entre les grandes métropoles ». La gourmandise de Paris va se faire goinfrerie ! Soulignons – suprême indice – que le staff réuni autour du tout nouveau secrétaire général du mouvement En Marche ! est presqu’entièrement parisien. François VILLON le disait déjà dans sa Balade des Femmes de Paris, Il n’est de bon bec que de Paris. Éternel, disions-nous !


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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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