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Vers une nouvelle traversée du désert ?

Mabesoone_LM_26-12-11.jpgHier, j’ai reçu ma première demande d’article en huit mois. Je crois rêver !

Jusqu’au mois de mars – la catastrophe nucléaire, on me demandait en moyenne deux à trois articles par mois, principalement pour des magazines littéraires spécialisés dans le haïku : il y en a une dizaine au Japon. Mais, depuis mes deux ou trois articles très engagés contre le nucléaire, au printemps dernier et depuis la parution au Japon de notre recueil « APRÈS FUKUSHIMA », plus rien !

Tout le monde sait que le monde du haïku contemporain, très conservateur, est intimement lié au lobby nucléaire. Bref, le magazine « Haïku » publié par Kadokawa m’a enfin demandé un tout petit travail : 2 haïkus inédits et une très courte interview pour le numéro de mars qui sera consacrée au thème suivant : « Un an après le 11 mars ». Je joins la traduction en français de mes réponses à l’interview [1] :

Haïku : Quel haïku retenez-vous de l’année 2011 ?
Laurent Mabesoone :
Fukushima est devenue « F U K U S H I M A »…
Et les gosses sont toujours
En culotte courte.
Shin NAKAMURA, mère de famille à Fukushima-shi.

H: Quelque chose a-t-il changé, au cours de l’année 2011, dans votre façon d’écrire des haïku ?
LM: TOUT a changé. Le regard que je porte sur ma fille de trois ans, mon regard sur la « société des adultes », mais aussi ma perception de toutes les autres créatures autour de moi. Car, désormais, elles sont toutes souillées par la radioactivité. J’ai compris qu’il y a des choses encore plus importantes que le haïku dans ma vie. J’ai compris que les pays utilisant l’énergie nucléaire - mon pays d’origine, la France, en fait bien partie, bien sûr - tous ces pays perpétuent un discrimination au dépens des enfants et des classes défavorisées, notamment dans les campagnes, avec un but précis : le profit financier. J’ai compris que tout doit commencer par l’abolition de cette discrimination et par une sortie immédiate du nucléaire.

H: Quel est le « mot de saison »  [2] , ou bien les « mots de saisons » que vous pensez utiliser avec prédilection dans l’avenir ?
M: Je ne compose plus en fonction de tel ou tel mot de saison. Pour moi, maintenant, tout dépend de la façon de traiter le sujet concret, de la façon de me situer par rapport à la Nature. En fait, je pense que tout dépend de ce que l’on est dans la vie réelle, les considérations stylistiques viennent après. Enfin et surtout, aujourd’hui, presque tous les « mots de saison » sont dénaturés par la radioactivité. Tous ceux qui, dans le monde du haïku, refusent encore de voir la réalité sont condamnés à disparaitre, tôt ou tard.
Par exemple, depuis l’accident nucléaire, peut-on prétendre encore que les « mots de saison » suivants ont le même sens ? « Riz nouveau de l’année » (shinmai), « cueillette du thé » (chazumi), « chasse aux champignons »(kinoko gari), « beau mois de mars » (sangatsu, yayoi), « commémoration de la bombe d’Hiroshima » (Hiroshima ki), etc… Tous ces mots n’auront plus jamais le même sens en japonais.
Mais il y a peut-être un « mot de saison » particulier pour moi, il s’agit de celui-ci : « commémoration de la catastrophe de Fukushima » (Fukushima-ki, Genpatsu-ki). Seulement, cette expression ne figure encore dans aucun dictionnaire, dans aucun saijiki (lexique de kigo). Il est de notre devoir, poètes de haïku, de donner vie à ce mot nouveau en composant des œuvres profondes sur le sujet.

H: Quel genre de haïku voulez-vous composer dans l’avenir ?
M: Je ne sais pas. Avant tout, je voudrais m’unir avec les habitants de ce pays pour faire en sorte de sauver nos enfants.

Notes :

[1] Qu’en pensez-vous ? Avec de telles réponses, j’ai l’impression que je suis reparti pour une nouvelle «  traversée du désert » !

[2] En japonais « kigo » : code saisonnier considère comme quasi-indispensable dans un haïku.
cf. http://www.osk.3web.ne.jp/logos/saijiki/


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Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

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Comments (2)

Szamosfalvi Albert Szamosfalvi Albert ·  26 December 2011, 21h37

C’est forte possible , je pense que avec cette nouveau élément terrible tout est chamboulée , car je pense que le Haiku exprime ou rével une certain équilibre qui est fondemantalement disparu avec cette tragédie . Peut être vous êtes les dernieres pôètes , qui gardent le silence .

Janek Janek ·  27 December 2011, 05h47

Comme disait Ferrat:
“Le poète a toujours raison,
Qui voit plus haut que l’horizon,
Et l’avenir est son royaume.”

Peut-être que la première réponse à l’interview est un peu brusque, mais je trouve les deux autres très pertinentes. J’espère de tout coeur que vous serez publié.

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