Dernière mise à jour 25/05/2018

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Sale temps pour les mégalos

Un vent mauvais a commencé de souffler contre la folie des grandeurs des bétonneurs. Du même coup, le ciel semble s’éclaircir pour les opiniâtres adversaires des « grands Projets inutiles et imposés ». Certes, ces projets sont très nombreux et d’autres vont encore fleurir dans l’imagination des aménageurs restant désespérément accrochés aux dogmes du temps révolu de la Croissance sans f(re)in mais déjà plusieurs d’entre eux ont été ces derniers mois suspendus ou stoppés net dans leur construction publicitaire et médiatique, sans attendre donc la pose de la première pierre. Cela annonce-t-il de la part des « décideurs », avec un grand retard coupable, un début de remise en cause du schéma de pensée productiviste ? Une timide prise de conscience que le coût de la destruction des écosystèmes est désormais insupportable serait-elle en train d’émerger ? Hier arrogants, les promoteurs semblent perdre un peu de leur superbe sérénité.

En décembre dernier, le Comité directeur de la Fédération Française de Rugby a voté l’abandon du projet de construction du « Grand stade de Rugby » sur l’ancien hippodrome d’Evry devenu propriété des pouvoirs publics en 2013. Ce « temple du ballon ovale aurait accueilli 82 000 Places pour un nombre annuel de rencontres peu élevé et sa gestion acrobatique aurait été confiée à la FFR. Le projet de stade ayant été situé au coeur d’un parc de 113 hectares on imagine aisément les appétits d’urbanisation à l’entour suscités par la perspective de cette implantation. Les écologistes locaux continuent de souhaiter quant à eux que ce parc soit consacré au développement d’un projet d’agro-écologie. En décembre également, la cour administrative d’appel de Lyon a entériné l’arrêt du chantier du controversé village de vacances Center Parcs que le groupe Pierre & Vacances veut construire à Roybon (Isère). En première instance, le tribunal administratif de Grenoble avait annulé l’arrêté préfectoral autorisant l’aménagement de ce village de vacances, arrêté qui ne respectait pas les dispositions de la loi sur l’eau. L’Association “Pour Chambaran Sans Center Parcs”, mobilisée pour sauver la forêt gravement menacée par ce projet touristique, n’est pas pour rien dans cette première victoire et va maintenir sa vigilance. 

Trop risqué et inadapté : telles sont les conclusions sans ambiguïté du conseil général de l’environnement et du développement durable, concernant le projet EuropaCity dans le Val-d’Oise. Son rapport, commandé par le ministère du Logement et de l’habitat durable et rendu public début décembre, remet en cause ce colossal projet : 80 hectares de commerces, restaurants, hôtels et espaces de loisirs… Le tout implanté sur les excellentes terres agricoles du « Triangle de Gonesse », entre les aéroports de Roissy-CDG et du Bourget. Rappelons que le projet Europacity a fait l’objet d’un débat public organisé par la CNDP entre le 15 mars et le 30 juin 2016, que les diverses réunions tenues à cette occasion dans diverses communes du Val d’Oise, de la Seine-Saint-Denis et à Paris avaient permis de souligner les incohérences de ce temple dédié sans vergogne au consommationnisme et magnifiquement emballé par toutes les outrances communicationnelles[1]. Le Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG) qui se bat contre le projet depuis 2011, outre qu’il défend la préservation des terres agricoles contre les appétits d’urbanisation du périmètre, s’attache avec pertinence à démontrer le caractère éminemment illusoire des perspectives d’emplois et de fréquentation du site avancées par Alliages & Territoire, filiale d’Auchan, qui pilote le projet. Comme le ciel au-dessus d’Europacity se couvre de nuages de plus en plus menaçants, le promoteur a décidé d’en abandonner la piste de ski d’intérieur, maigre concession faite à la nécessité devenue impérieuse de bâtir une économie écologique capable de contenir le réchauffement climatique. Et le groupe Auchan de s’agacer : le sémillant Christophe Dalstein, directeur d’A&T, a été débarqué un peu avant Noël. Un drôle de cadeau pour celui qui n’avait pas ménagé sa peine durant plusieurs années au service du clan Mulliez. Il mesure peut-être aujourd’hui à quel point on lui avait demandé de vendre un produit invendable.

Le plus emblématique des GPII est sans conteste le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, un aéroport surdimensionné capable d’accueillir le Concorde s’il volait encore ! L’entêtement des pouvoirs publics à vouloir concrétiser ce projet confine désormais à l’absurde. La rapporteuse publique de la cour administrative d’appel de Nantes, Christine Piltant, le 7 novembre dernier, pendant près de quatre heures et demie, lors de l’audience de ladite Cour, dans une salle bondée, a présenté, les arguments juridiques de fond justifiant, au titre de la loi sur l’eau, l’annulation de quatre arrêtés préfectoraux autorisant les travaux de construction de l’aéroport. Le site, réservé il y a 40 ans pour y construire cet aéroport, comprend plus de mille hectares de zone humide, en tête de trois bassins versants, dotée de 59 mares, explique la rapporteuse publique. La zone humide de la zone d’aménagement différé (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes joue donc « un rôle important pour les milieux aquatiques et l’écosystème en aval ». Or la directive européenne-cadre sur l’eau demande aux États membres de s’opposer à tout projet pouvant détériorer les masses d’eau. Hausse des températures, salinité, manque d’oxygène : Christine Piltant fait un relevé précis des dommages attendus sur la ressource en eau du territoire si l’aéroport est construit et exploité. « Les fonctionnalités biogéochimiques de la plateforme seraient impactées. » La conclusion de son réquisitoire est alors sans appel. Le projet d’aéroport causerait trop de dommages à l’environnement tandis qu’il existe une alternative « avérée » à la construction de l’aéroport : l’aménagement de l’aérogare actuelle de Nantes Atlantique. Les opposants étaient alors « en droit » de se réjouir. Leur joie ne dura qu’une semaine. La cour administrative d’appel de Nantes leur a donné tort, le 14 novembre, en validant les arrêtés préfectoraux permettant de démarrer le chantier suspendu depuis quatre ans. C’est Justice ?

L’entêtement de l’État à propos de Notre-Dame-des-Landes ne s’explique pas uniquement par le juteux dédommagement à verser au groupe Vinci en cas de renoncement au projet d’aéroport. Un tel renoncement, compte tenu de l’ampleur de l’opposition qu’il a engendrée, deviendrait potentiellement un exemple à suivre partout où des aménageurs rétrogrades prétendraient sévir demain. À Notre-Dame-des-Landes, la ZAD – ici Zone à défendre – doit tenir, au nom de l’avenir. Et elle gagnera, au nom du bon sens !

Notes:

[1] Le bêtisier d’Europacity est à ce titre édifiant . On le trouve ici : https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/171216/le-betisier-deuropacity-chapitre-1 


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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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