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Transition atomique

« Il faut aussi programmer la construction d’une nouvelle génération de réacteurs, qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être rénovées », a récemment déclaré Ségolène Royal, ministre de l’Automobile nucléaire, de la Croissance verte et du Développement électrique durable (L’Usine nouvelle,  13-1-2015). Voilà qui réjouit le président d’Électricité de France, Jean-Bernard Lévy, désireux de lancer de nouveaux chantiers EPR calamiteux. Mais un détail risque de contrecarrer les ardeurs des nucléocrates : le déclin irréversible de l’industrie nucléaire.

À quelques jours d’intervalle, la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, et le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, ont annoncé la « nécessité » de construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France. Heureusement, ces « rêves » n’ont quasiment aucune chance de se réaliser : parce qu’EDF et Areva sont incapables de construire des réacteurs, parce que leur financement est impossible, et parce que l’industrie nucléaire mondiale – et donc celle de la France – a entamé sa chute finale qui, même si elle prendra quelques décennies, est désormais irréversible.

Incompétence industrielle d’EDF et Areva

Areva et EDF, les deux prétendus « champions du nucléaire », sont incapables de construire un malheureux réacteur, qui plus est leur propre modèle, le fameux EPR. En Finlande, Areva a commencé en 2005 la construction de ce machin qui devait entrer en service en 2009 et coûter 3 petits milliards. Dix ans plus tard, le chantier est loin d’être achevé et son coût, qui approche désormais les 10 milliards, fait l’objet d’interminables procédures judiciaires entre Areva et son client nordique.

Après avoir bien ri des déboires d’Areva, avec la certitude de détenir compétence et fiabilité, EDF a lancé son propre chantier EPR en 2007, à Flamanville (Manche), et… est confrontée au même désastre industriel et financier : le réacteur est à ce jour bien loin d’être achevé alors qu’il devait entrer en service en 2012, et la facture initiale de 2,8 milliards d’euros a déjà plus que triplé.

Même s’ils prétendent avoir « essuyé les plâtres », on se demande bien comment EDF et Areva, qui sont incapables de construire chacune un réacteur, pourraient subitement en faire plusieurs et réaliser ainsi les rêves atomiques de Mme Royal et M Lévy…

Financement impossible

C’est durant les fameuses « Trente Glorieuses » (années 50, 60 et 70) qu’a été construite et financée la grande majorité des réacteurs nucléaires encore en service aujourd’hui sur Terre. À cette époque, l’argent coulait à flot et, sans s’embarrasser de débats démocratiques et sans prendre en compte les oppositions au divin « Progrès », les « élites » de ces pays ont décidé arbitrairement de consacrer des sommes incommensurables à l’édification de nombreux réacteurs.

Aujourd’hui, alors que tous ces réacteurs sont vieillissants et ont commencé à fermer les uns après les autres (5 fermetures définitives ces derniers mois aux USA), il est impossible de rééditer ce coup de force, car cette fois la société civile veille au grain mais, surtout, parce que les caisses sont vides : celles des États et celles des entreprises.

Cette situation est parfaitement illustrée par le montage inouï consenti par David Cameron à EDF qui voudrait construire deux réacteurs EPR en Grande-Bretagne : le Premier ministre britannique a offert des garanties financières insensées, dont en particulier une clause d’achat de l’électricité à un tarif élevé pendant pas moins de 35 ans.

Cela signifie que, pendant des décennies, les ménages britanniques devront rembourser à EDF les pertes financières du projet. À ce compte, n’importe quel projet industriel ultra-déficitaire peut être rendu « rentable ».

Vaine compromission de la Commission Barroso

Alors que l’accord Londres-EDF bafoue allègrement les règles en vigueur au niveau européen, la Commission Barroso, à quelques jours de la fin de son mandat, a arbitrairement validé le projet, s’offrant une dernière félonie avant de s’échapper pour éviter le goudron et les plumes.

Heureusement, la courageuse Autriche, dont la constitution rejette noir sur blanc l’atome, a annoncé qu’elle lançait en justice européenne une procédure qui a non seulement de grandes chances d’aboutir mais, dans tous les cas, qui va entraîner un gel du projet quasi rédhibitoire.

Et ce d’autant qu’EDF a le plus grand mal à boucler son affaire : son partenaire français Areva est quasiment en faillite et ses partenaires chinois, appelés à la rescousse, exigent de gigantesques contreparties industrielles et stratégiques : il est désormais plus que probable que le projet nucléaire d’EDF en Grande-Bretagne ne verra jamais le jour. Et il n’est pas besoin d’être devin pour comprendre que, sauf à découvrir miraculeusement un trésor de plusieurs milliards d’euros, tout projet nucléaire en Europe sera alors anéanti.

Crash du nucléaire mondial… et français

Quelques dizaines de réacteurs sont certes prévus en Chine, ce qui peut paraître beaucoup vu de chez nous, et ce qui peut malheureusement préfigurer un Fukushima chinois, mais ce programme ne couvrira même pas 1% de la consommation d’énergie du pays. Globalement, la part de l’atome dans la production mondiale d’électricité est passée de 17 % en 2001 à 9 % à ce jour, un véritable effondrement qui n’a aucune chance de s’arrêter.

Hélas, la fin de vie de l’industrie nucléaire va être parsemée d’accidents, de centrales à démanteler, de montagnes de déchets radioactifs. Mais de cela, Ségolène Royal et Jean-Bernard Lévy n’en parlent pas. Il est vrai que c’est moins exaltant que d’annoncer la construction de « belles » centrales toutes neuves…


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Stéphane Lhomme

Author: Stéphane Lhomme

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Comments (1)

Cécile (à Montpellier) Cécile (à Montpellier) ·  31 March 2015, 18h54

Ils nous cassent les pieds avec leurs nouveaux réacteurs et bla bla bla. Et quand bien même ça existerait, et quand bien même ça ne serait pas un gouffre où disparaît l’argent public pour rien, il restera toujours le problème des déchets dangereux pendant cent mille ans, et l’impossibilité à signaler leur emplacement pendant toute cette longue durée.

Il y a cent mille ans, c’était l’Homme de Néanderthal. Imaginons qu’il ait eu besoin de nous avertir : “Oups, désolé, faut pas aller par-là, c’est hyper-dangereux” …

Par écrit ? Raté : voir le mal qu’on a eu, à seulement déchiffrer les hiéroglyphes qui étaient beaucoup plus récents que ça.

Par oral ? Encore raté : voir le mépris des colons devant les “légendes” sur les endroits tabous de la forêt équatoriale … “légendes” dont on se demande si elles n’avaient pas pour but de signaler des foyers de contamination microbiologique.

Nouveaux réacteurs ou pas, la question reste définitivement celle des déchets. Qui ressortiront tôt ou tard de leur cachette, et causeront encore plus de victimes qu’ébola.

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