Dernière mise à jour 30/04/2017

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Le grand retour du nucléaire n'a pas eu lieu

Depuis des années, industriels, gouvernements et médias font croire que le nucléaire est sur le point de se relancer. Hélas pour ces mauvais perdants, nos fleurons EDF et Areva sont en pleine déconfiture et leurs campagnes de pub (financées avec notre argent) n’inversent pas la tendance.

À la fin du siècle dernier, le nucléaire était une industrie fatiguée,déconsidérée par la catastrophe de Tchernobyl, et sans perspective autre que de gérer tant bien que mal les réacteurs déjà présents. Mais, dès le début des années 2000, un petit club d’adorateurs de l’atome – industriels, politiciens, journalistes spécialisés – a décidé de sortir de cette atonie. C’est ainsi que, sous la conduite de la grande prêtresse Anne Lauvergeon, a été inventé le concept du « grand retour du nucléaire » : finie la déprime, les réacteurs allaient pousser partout sur la planète comme des… champignons.

Première étape de cette stratégie : cesser d’avoir « le nucléaire honteux » et même, grâce à de puissantes campagnes de communication, en faire une énergie aimable et aimée. Pour ce faire, « Atomic Anne » réunifia plusieurs entreprises de l’atome (Cogema, Framatome, etc.) et créa la multinationale Areva. Aussitôt, les journaux, radios et télés ont été envahis de publicités entraînantes, dont un fameux clip animé [1] dont la bande son était la chanson Funky town, un succès disco de l’année 1980. Quant aux animations, elles étaient directement inspirées du clip du groupe Röyksopp sur sa chanson entêtante Remind me. Ironie de l’Histoire, cette chanson raconte les états d’âme d’un garçon qui a laissé l’élue de son cœur en Grande-Bretagne pour aller travailler… au Japon ! Le choix de cette chanson était-il une prédiction subliminale de la catastrophe de Fukushima ?

Mais revenons à nos brebis (galeuses) : rénover l’image de l’atome était une chose, encore fallait-il concrétiser l’affaire en vendant au moins un réacteur. C’est ainsi que, en 2003, Areva fit un pont d’or à la Finlande pour qu’elle s’offre, à prix cassé, un réacteur EPR.

À cette occasion, le Premier ministre de l’époque, M. Raffarin, fit une démonstration de ce que peut être le niveau zéro de la politique. Il déclara en effet : « Quant on connaît l’attachement à la protection de l’environnement d’un pays comme la Finlande, cet achat est bien la preuve que le nucléaire est écologique. »

Décryptage : comme au café du commerce, M. Raffarin considère que, avec leurs célèbres étendues enneigées, les pays nordiques sont forcément de grands protecteurs de la nature. En réalité, on trouve en Finlande pas mal de « gros dégueulasses » comme les industries papetières, extrêmement polluantes et terriblement consommatrices d’énergie. L’achat d’un EPR par Helsinki n’était donc en rien la preuve du caractère « écolo » du nucléaire… bien au contraire !

L’atome est atone

Mais revenons à nouveau à nos moutons (de Panurge). Une fois ce réacteur vendu, en réalité bradé, il ne restait plus qu’à compter les nouveaux acheteurs qui, c’était certain, allaient suivre l’exemple finlandais et commander d’innombrables EPR.

Pour cela, le concept de « grand retour » fut exporté par Mme Lauvergeon partout sur la planète, dans d’innombrables colloques industriels et auprès de nombreux médias du monde entier. Mais, bien sûr, c’est en France, le royaume de l’atome, que cette thèse a été le plus massivement assénée à la population.

Les éditorialistes et journalistes spécialisés dans l’énergie de la plupart des grands médias français n’ont ainsi pas ménagé leurs efforts, à grands coups de reportages, dossiers complets et autres enquêtes pour accréditer la thèse du retour en grâce de l’atome. Mais la vie est injuste : tous ces efforts, ces mensonges bien emballés, ces tromperies habiles se sont révélés vains : le « grand retour » ne s’est jamais manifesté.

Areva tenta bien, début 2011, un dernier coup de poker : une nouvelle et gigantesque campagne mondiale de publicité grâce à un clip ruineux contant l’histoire de l’énergie, laquelle aboutissait « naturellement » aux centrales nucléaires [2].Mais cette campagne était à peine lancée que, le 11 mars 2011, se produisit la catastrophe de Fukushima. Une fois de plus, la prédiction subliminale avait frappé : le clip d’Areva était titré « Une histoire qui n’a pas fini de s’écrire ». Ils ne croyaient pas si bien dire !

Depuis, c’est la bérézina : Areva est en faillite, EDF suit de près, les chantiers des EPR de Finlande et de Flamanville n’en finissant plus de… ne pas en finir, etc.Mme Lauvergeon a été débarquée d’Areva et, comme par hasard, l’affaire de corruption Uramin a enfin pu émerger : le mari d’Atomic Anne, le bien nommé M. Fric (véridique !) est mis en examen et sa dame invitée par les juges à venir s’expliquer sur la disparition de sommes astronomiques : au moins 5 milliards, sûrement beaucoup plus à l’arrivée.

Mais voilà : dans le nucléaire, plus on est nul, plus on insiste ! C’est en particulier le cas de certains éditorialistes et journalistes spécialisés, qui se sont pourtant tant et tant trompés depuis 15 ans, mais qui y croient encore. Les voilà donc qui soutiennent le projet absurde d’EDF de construire deux EPR en Grande-Bretagne, opération qui n’aura qu’un résultat : ruiner définitivement EDF !

C’est à se demander si, finalement, ce ne sont pas des antinucléaires infiltrés : en soutenant les projets de l’industrie nucléaire, ils contribuent à son effondrement. Encore un petit effort SVP !


Notes:

[1]  Vous pouvez le voir à cette adresse : https://www.youtube.com/watch?v=E3B__ovj2jU

[2]  Visible ici : https://www.youtube.com/watch?v=rUg1Cpnj8KA


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Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

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Commentaires (1)

jean-daniel lavergne jean-daniel lavergne ·  23 août 2016, 10h56

Bravo pour vos info.„ peut être pourriez vous faire plus court ?

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