Dernière mise à jour 28/06/2017

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Arnaud Montebourg : premier ministre du redressement nucléaire

Areva_Lauvergeon_Montebourg.jpeg«Le nucléaire est une filière d’avenir» a déclaré, dimanche dernier 26 août [1], le premier ministre du redressement nucléaire dans un journal national. Cette saillie médiatique n’étonnera personne car, en réalité, il avait déjà recouru à cette même formulation très précise le 19 novembre 2011 dans un journal régional [2] toujours très présent dans son fief politique très nucléaire de la Saône et Loire.

Tout le monde a en mémoire cette très spectaculaire passe d’armes entre les dirigeants d’EELV et ceux du PS au moment des négociations pré-électorales de cette année 2012 impliquant La Présidentielle© et les législatives. Dans le dossier nucléaire, il était apparu que le texte initial avait été revu au tout dernier moment changeant la compatibilité des deux projets en la défaveur très relative d’EELV. On devrait comprendre désormais qui en a été le plus éminent des artisans du coté PS (cf. illustration photo : crédit Midi Libre et l’Expansion).

Même très spéciale par ses vertus apocalyptiques, la production électro-nucléaire n’en est pas moins une industrie et nous le savions depuis longtemps, Arnaud Montebourg - comme son ex-camarade et sinistre Besson dans la Drôme et bien d’autres comme la député Sandrine Hurel en Haute normandie (Penly) ou le député Christian Bataille dans le Nord) - est comme élu local de Saône et Loire extrêmement concerné par l’industrie nucléaire : sur le territoire qui l’a élu député par trois fois sans discontinuer dans la 6ème circonscription depuis 1997, Areva anciennement Cogema, brille par une présence remarquée du coté de Châlon-sur-Saône.

Au sein du mouvement écologiste et anti-nucléaire local, en effet, on n’hésitait pas encore cette année à mentionner la présence d’un vivier conséquent d’emplois fictifs résultants d’une stratégie de captation des compétences en ingénierie et ce malgré des résultats économiques déplorables. Rappelons au passage que l’État possède encore 85% du capital d’Areva [3] (GDF-Suez 40%, EDF 84%).

Le décor étant désormais planté, peut-on réellement dire que la déclaration d’Arnaud Montebourg est aussi incohérente que certains le prétendent ?

Enfumage électronucléaire

Depuis hier, on entend ici et là soit des déclarations d’apaisement en provenance du PS soit des hauts cris faisant le procès en incohérence s’appuyant d’une part sur la présence de ministres EELV qui défendent une « sortie du nucléaire » progressive très inspirée par le scénario Négawatt et d’autre part la déclaration du candidat à La Présidentielle 2012© proposant l’arrêt de Fessenheim.

Incohérence ? La réponse est évidemment non. Bien au contraire, tout cela s’articule parfaitement pour le grand bien d’un projet de relance programmée de l’industrie du nucléaire dont le lobby mondialisé surveille l’avancée ici en France comme d’ailleurs au Japon au moment où le premier ministre Yoshihiko Noda vient d’annoncer une sortie de nucléaire en 30 ans [4]. Étrange prise de position alors que les réacteurs atomiques japonais sont tous à l’arrêt (excepté ceux de la centrale de Ohi) et que, dans la double crainte d’une catastrophe supplémentaire provoquée par la saison des moussons qui s’amorce, les japonais manifestent massivement tous les jours pour l’arrêt total et irréversible de cette industrie (cf. notre commentaire suivant cet édito).

Mais revenons à l’actualité nucléaire française.

Premièrement, le ministre Montebourg est cohérent non seulement avec lui même mais aussi avec le Chef de l’État quand, dans le dossier PSA/AULNAY, il ne trouve pas mieux comme solution que de proposer une subvention à l’achat de voitures électriques. Quant à savoir quel sort sera réservé aux 3300 ouvriers du site et de ceux de la sous-traitance alentours, rien. On s’en étonne même alors que l’on pouvait s’attendre au moins à la décision de soumettre à l’Assemblée Nationale un projet de loi anti « licenciements boursiers » qui viserait à interdire tout plan social quand l’entreprise est bénéficiaire, un texte qui au Sénat, a pourtant déjà été voté par la majorité de gauche.

Deuxièmement, on a longuement critiqué ici et ailleurs l’idée d’une politique de « sortie du nucléaire » montrant qu’elle équivalait de facto à la programmation de son prolongement alors que la réalité concrète que produit cette industrie - à commencer par celle qui est vécue par les ouvriers les plus exposés au coeur même des centrales - devrait nous conduire sans délai à la mise en oeuvre déterminée d’une politique d’arrêt définitif et irréversible du nucléaire incluant un programme de sanctuarisation des sites (et non pas d’un ruineux démantèlement comme s’y est engagé aveuglément EDF), le tout dans le courant du quinquennat actuel (cf. les nombreuses références d’articles publiés notamment sur Netoyens).

Troisièmement, notre bon président François Hollande, avait très exactement dit dans sa campagne qu’il engagerait «la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025». Pas besoin d’être grand clerc pour voir que cette formulation est celle d’une très habile équation qui cherche à relativiser la part de l’électronucléaire dans le mixte énergétique de la production d’électricité sans la réduire. Pour passer de 75% à 50%, faut-il le dire, vous avez essentiellement deux solutions :
- soit vous réduisez en valeur absolue la part électro-nucléaire dans le cadre d’une production globale stable d’électricité et sa part relative diminue mécaniquement;
- soit vous augmentez la part du renouvelable (en valeur absolue) sans réduire la part électronucléaire (en valeur absolue) et mécaniquement sa contribution relative baisse.

On attend encore la date effective de sa MAD (Mise à l’Arrêt Définitive) mais, lorsque le candidat désormais élu proposait de fermer « la centrale de Fessenheim » dans le courant de son quinquennat, il décidait aussi l’arrêt de la production des deux réacteurs de 900MWe soit 1800MW. Mais n’oublions pas qu’il proposait de fait de les remplacer par l’EPR de Flamanville (Flamanville 3 [5]) de 1630MWe dont il décidait le maintien de la construction malgré tous les déboires de ce chantier et les surcoûts pharaoniques pour un total avoué d’au minimum 6 Milliards d’euros [6].

On voit donc très clairement se dessiner la réelle politique pro-nucléaire du gouvernement, une politique au long cours assumée depuis toujours par la droite et une certaine gauche plus productiviste qu’écologiste, que de fait les élus et les ministres EELV adoubent, politique qu’on remarquera aussi comme absolument cohérente avec le projet global de « RILANCE » et de soutien de la croissance.

En conséquence, loin d’être incohérent, on ne peut cependant pas dire que le ministre Montebourg mente quand il fait la synthèse de cette politique étrangement opaque en disant qu’«il ne s’agit pas d’abandonner le nucléaire» mais qu’il faut le «rééquilibrer» compte tenu de «l’augmentation continue de la consommation des ménages et industrielle». Rééquilibrer, quoi de plus relatif en effet !… comme «la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025».

Le scénario est donc en réalité très clair. À chaque réacteur définitivement arrêté doit correspondre un projet de construction de nouveau de réacteur pour son remplacement [7], le tout devant s’inscrire dans un projet de croissance globale de la production électrique grâce à l’augmentation de la part qu’on qualifiera rapidement d’« électro-renouvelable ».

Outre les commentaires goguenards de Jean-Luc Mélenchon à Grenoble dimanche dernier (vidéo de l’extrait du discours lors des remue méninges), on attend avec impatience la position du Front de Gauche encore dominé par le PCF dont l’appareil est sur cette question très proche du PS et de l’industrie [8]. Quant aux anti-nucléaires véritables d’une part et aux objecteurs de croissance d’autre part, ils apprécieront.


Le Premier Ministre japonais Yoshihiko Noda confirme sa volonté de sortir du nucléaire… “à moyen ou long terme” (sic !):
©AFP / 22 août 2012 11h43
http://www.romandie.com/news/n/_Fukushima_le_PM_japonais_confirme_sa_volonte_de_sortir_du_nucleaire79220820121146.asp?

La nucléocratie japonaise joue la même carte qu’en France : en guise de sortie du nucléaire, on programme sa prolongation.

Il y a cependant une différence de taille. Fukushima et ses conséquences réelles : une centrale en perdition totale, un parc nucléaire quasi intégralement à l’arrêt et une population désabusée et bien déterminée à en finir malgré les pressions et les menaces qui pèsent.

Pour ce qui nous concerne directement, ici, en France, il nous reste à faire preuve d’intelligence pour ne pas en arriver à ces extrémités en stoppant au plus vite cette industrie… au nom de la vie… tout simplement :

  1. Ne sous-estimez pas la gravité de la crise nucléaire de Fukushima : entretien avec Inge Schmitz-Feuerhake physicienne expérimentale
    http://blogs.mediapart.fr/edition/japon-un-seisme-mondial/article/210812/ne-sous-estimez-pas-la-gravite-de-la-crise-nucle
  2. Cancer de la thyroïde : le très long héritage d’Hiroshima
    Par Cyrille Vanlerberghe - le 20/08/2012
    http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/08/20/18815-cancer-thyroide-tres-long-heritage-dhiroshima
  3. Problème de thyroïde : 35 % des enfants examinés à Fukushima touchés
    http://www.fukushimavoice-eng.blogspot.fr/2012/07/thyroid-examination-by-fukushima.html
    http://fukushima-informations.fr/?p=2261 
    http://www.wikistrike.com/article-probleme-de-thyroide-35-des-enfants-examines-a-fukushima-touches-108254596.html
  4. Fukushima: «On nous disait que c’était notre angoisse qui nous rendrait malade»

    Parce que ce problème n’est pas que le nôtre mais celui du monde entier», alerte Aya Marumori.

    http://www.20minutes.fr/article/982759/fukushima-on-disait-angoisse-rendrait-malade
  5. Japon: niveau de radioactivité record sur des poissons au large de Fukushima
    http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/nature-environnement/20120821.AFP6281/japon-niveau-de-radioactivite-record-sur-des-poissons-au-large-de-fukushima.html
  6. Des papillons mutants découverts après Fukushima
    http://www.lepoint.fr/science/des-papillons-mutants-decouverts-apres-fukushima-14-08-2012-1495822_25.php
  7. Tchernobyl : grande enquête en Corse
    AFP Publié le 01/08/2012

    La population est appelée à contacter directement l’équipe du professeur italien Paolo Cremonesi de l’hôpital Galliera de Gênes, par téléphone (06.85.39.63.39.) et par e-mail (tchernobyl.corsica@gmail.com).

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/08/01/97001-20120801FILWWW00505-tchernobyl-grande-enquete-en-corse.php

Et nous, que faisons-nous ? Toujours dans le déni ?


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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (7)

Dindon de la farce Dindon de la farce ·  28 août 2012, 20h21

Areva : La Bourse salue le revirement d’Arnaud Montebourg
le 27/08/2012 à 16:43 - lerevenu.com
http://www.lerevenu.com/en-direct-d…

On vient de voir que ce n’est justement pas un revirement… mais à la bourse, on se demande parfois si ce ne sont pas des burnes ! Mais souffrez tout de même de lire l’article et n’hésitez pas à le commenter..

Dindon de la farce Dindon de la farce ·  29 août 2012, 17h34

Laurent Fabius s’est trouvé face à Sofia Aram ce matin sur FI.
http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-sophia-aram-notre-ex-beau-frere-et-le-nucleaire
Savait-elle à ce moment là que le chantre d’un certain “écosocialisme” était aussi à l’origine de la création de la société Areva, le fournisseur en MOX de Fukushima Daiichi ?…. Décidément on en apprend de bonne tous les jours ça ?  http://www.rue89.com/rue89-planete/…

Netoyens.info Netoyens.info ·  03 septembre 2012, 21h28

Communiqué du Mouvement des Objecteurs de Croissance
Pour l’arrêt des nucléaires et la transition énergétique
vers une société post-pétrolière :
http://www.netoyens.info/index.php/…

On espère un communiqué du Front de Gauche….

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  12 février 2014, 17h52

L’Elysée envisage de remplacer des centrales nucléaires françaises vieillissantes par des réacteurs EPR de troisième ou quatrième génération qui seraient construits sur les mêmes sites, écrit lundi le journal Le Monde.

Selon le quotidien, ce projet concernerait les centrales dont la prolongation au-delà de 40 ans coûterait trop cher à EDF, sommé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de les mettre aux nouvelles normes de sûreté décidées après l’accident survenu à Fukushima, au Japon, en mars 2011.

L’Elysée et Matignon n’ont pas commenté cette information dans l’immédiat. EDF n’a pas souhaité faire de commentaire. Personne n’était disponible dans l’immédiat au ministère de l’Ecologie.

Selon Le Monde, le ministère de l’Ecologie confirme que “le débat est bien posé en ces termes” et dit “être en discussion avec la direction stratégique d’EDF”, ajoutant toutefois que “rien n’est abouti et toutes les bornes pas encore fixées”.

Des EPR pour remplacer les centrales nucléaires vieillissantes ? (Paris - Reuters le 10/02/2014 à 18:42)

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  18 mars 2014, 20h28

(…) … je pense que la plupart de mes collègues partagent mon inquiétude. Nous voyons bien que ce qui a été annoncé comme l’un des cœurs de la politique du gouvernement, c’’est-à-dire la transition énergétique, perd un peu plus chaque jour de crédibilité mais que de toute façon cet engagement qui a été pris par le Président de la République qui est un engagement en trompe-l’’œil : on ne passera pas de 75% à 50% de nucléaire en 2025 puisque les calculs qui sont faits, sont faits en valeur relative et non pas en valeur absolue.

Noël Mamère, le 18 mars 2014 : http://www.bfmtv.com/video/bfmtv/po…

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  10 septembre 2015, 22h23

… quand Flamanville ouvrira, Fessenheim devra fermer. (sic !)

« Il y a l’application de la loi, c’est assez simple maintenant puisque, effectivement, il y a un plafonnement de la production d’énergie nucléaire, a déclaré Mme Royal à Strasbourg. Ce qui veut dire que quand Flamanville ouvrira, Fessenheim devra fermer. Donc Flamanville va ouvrir d’ici à 2018. Et donc, en effet, Fessenheim devra fermer. » Ségolène Royal
La centrale de Fessenheim ne fermera pas avant 2018
Le Monde | 08.09.2015 à 14h16 • Mis à jour le 08.09.2015 à 19h49 |
http://www.lemonde.fr/energies/arti…

CQFD !… Ici la règle des 50% présidentiels fonctionnent à l’envers. On sent que la nucléocratie a fait transpirer sérieusement sa matière grise. Car en effet, désormais, c’est parce que le chantier pharaonique et ruineux de Flamanville a pris plusieurs années de retard (au point que l’on peut dire qu’il s’enlise et laisse songeur quant au raccordement au réseau un jour de sa production électrique) que l’on justifie le prolongement de l’exploitation des réacteurs de Fessenheim, sans quoi, la règle présidentielle ne serait pas respectée. Mais, compte tenu des incertitudes qui pèsent sur le chantier de Flamanville, on se demande si Fessenheim n’explosera pas avant de fermer !

Netoyens Netoyens ·  03 mars 2016, 14h17

Mme Royal déconnectée de la réalité du parc nucléaire et des finances d’EDF (Observatoire du nucléaire) : http://www.observatoire-du-nucleair…

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