Dernière mise à jour 24/09/2017

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Je suis Marie Hélène B., 83 ans, je n'ai plus les moyens de vivre.

Je suis Marie Hélène, 83 ans, née en 1925 à Paris, de père inconnu et de mère immigrée Polonaise.
Une enfance malheureuse, quasiment abandonnée par ma mère par faute de moyens, chez les sœurs… Etant d’une famille pauvre, leur considération était à la hauteur de ma condition. Battue et humiliée pendant des années, la religion et ses représentants à l’époque m’ont donnés une image de la croyance assez fragile.

Un premier mariage, trois enfants, des garçons, désertion du père, je vais les élever seule pendant 10 ans, je travaille alors dans les champs, je multiplie les petits boulots, nous étions pauvres mais heureux, ensemble.
Un jour, une nouvelle rencontre, certainement l’homme, l’unique homme de ma vie, les sentiments y étaient, nous avons une fille, issue, cette fois de l’amour.

Il travaillait dans le bâtiment, à l’époque, sans protection, tombé gravement malade il décèdera à l’âge de 43 ans (les poumons)… La vie continue dans la douleur, je ne suis pas né sous une bonne étoile, mes fils sont grands et je suis seule avec ma fille.

Je vais perdre à la même époque ma mère repartie en Pologne.

Quelques années plus tard, bientôt quinquagénaire, je vais rencontrer un homme, nous nous marions pour ne pas finir seuls l’un et l’autre, plus de tendresse que d’amour.
Une vie normale, pour une fois ! Banale et classique… Je deviens assistante maternelle, je vais élever une trentaine d’enfants de l’assistance publique pour le Compte de la DDASS du Val d’Oise.

1988 mon mari tombe malade : Alzheimer, tension et diabète, dix années avant sa libération définitive où avec le dernier enfant resté en notre compagnie, nous avons gérés les hauts et les bas de ses pathologies, à cette période (1988) la maladie d’Alzheimer n’était pas encore bien canalisée et connue… D’hospitalisations multiples aux problèmes de fuites, de pertes de connaissances… Nous étions devenus ces infirmiers… 1998 il nous quitte.

1993 dans l’intervalle de notre vie compliquée, ma fille décède à l’âge de 34 ans d’une embolie pulmonaire  à la suite d’une intervention bénigne de la jambe…

De 2000 à aujourd’hui mon premier fils, lui aussi est décédé, il avait à peine 50 ans et l’a suivi son père, mon premier mari.
Je vous passe tant de détails, mais les grosses lignes, les plus lourdes sont là !!!
Lors de la période de maladie de mon dernier mari il m’a fallut faire face à de nombreuses difficultés financières, nous avions contractés des crédits pour payer de lourds frais médicaux non reconnus pour mon mari malade, payer notre lourd loyer, nous n’avions pas le droit à un logement social.

C’est à la commission de surendettement de la banque de France à laquelle j’ai fais appel il y a 3 ans, à la suite de l’étude du dossier, mise en place d’un moratoire de 36 mois, ce dernier vient d’arriver à terme.
Le dossier est donc en ce moment en ré étude,  mes dettes se montent à hauteur d’environ 15.000 euros.
J’additionne à nouveau des dettes incroyables, puisque je ne peux plus rien payer du tout :
   1. Mon loyer
   2. Ma Mutuelle
   3. Mes assurances

Je suis non imposable, avec le peu que je gagne, en payant ce que je dois couramment, je ne peux déjà à peine me nourrir alors avec rien, j’additionne de nouvelles dettes et la famine est revenue dans ma vie en 2008 à l’âge de 83 ans.
A mon âge, là pour une fois je n’ai pas où plus la force de lutter.
Je ne pars jamais en vacances, je ne peux jamais me faire un petit plaisir… en me serrant la ceinture je survie et la on m’achève.
J’avais besoin d’un lit et c’est mon dernier fils de cœur âgé de 32 ans qui me l’a offert, j’ai pleurée.

Monsieur, Madame, j’ai connu la guerre, les camps de travaux forcés en Allemagne, la faim déjà, le malheur… la honte d’être étrangère en étant née en France.
J’ai été au service de l’état en étant Assistante maternelle…
Ici où là, les services sociaux eux même m’ont humiliés, en me donnant des tickets repas de 4 euros pour aller dans le petit supermarché de la ville, traitée comme un animal, je suis aussi victime d’un racisme anti-vieux.

Je viens d’avoir 83 ans le 28 août dernier, je suis diminué par une chute faite en avril dernier, je n’ai plus les moyens de vivre, j’avais juste besoin de le dire, le faire savoir.

Merci pour votre lecture.
Marie Hélène B


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Auteur: Netoyens.info

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Commentaires (5)

Yannis Youlountas Yannis Youlountas ·  04 janvier 2009, 14h11

Une fois de plus, on ne peut qu'être consterné, choqué, révolté en lisant ces lignes. Pourtant rien ne vient. Rien qu'une rumeur qui hante les rues, par la serrure des témoignages, mais reste encore confinée dans les maisons, gonflant les coeurs au point de faire présager continuellement l'explosion imminente.

Pour info, je viens de commettre un édito sur le sujet, avec une légère touche d'optimisme qui surprendra peut-être l'ami Éric : ‚ÄúPourquoi l'an 2009 peut devenir l'an neuf‚Äù.

http://www.youlountas.net/spip.php?...

De tout coeur avec toi, Marie-Hélène,

Fraternellement,

Y.Y.

EJ EJ ·  05 janvier 2009, 12h44

Je ne suis évidemment pas surpris, bien au contraire. D'autant plus que la réflexion sur l'espoir et particulièrement sur l'inespéré ne m'est pas étrangère même si nous n'avons pas une pleine et entière vue commune sur le sujet me semble t-il.

Pour revenir à ce qui nous occupe plus particulièrement et que soulève ici Marie Hélène B par son témoignage, à savoir le sort que notre société réserve à ses anciens, je voudrais dire mon indignation la plus profonde surtout quand j'entends de jeunes aux dents longues désireux sans doute d'entrer en sarkocratie, prendre le risque de dresser les deux extrémités de la pyramide des âges l'une contre l'autre. J'ai vu récemment l'interview d'un jeune économiste de Bercy dire que les retraités gagnaient trop au regard des revenus des jeunes. Une telle position est à vomir.

C'est faire peu de cas des 10 ou 12% de PIB que l'on transfère chaque année de la poche des salariés, donc des retraités, dans celle des actionnaires : environ 170 milliards d'euros sous des formes diverses. On voit désormais tous les bienfaits de telles politiques. C'est aussi oublier combien, en 2003, la canicule comme phénomène climatique a eu bon dos. Après la même expérience observée plusieurs années auparavant à Chicago, nous savons que les conservateurs de tout poil, d'ici et d'ailleurs, ont délibérément opté pour des politiques malthusiennes.

Est ce bien à la Présidence de la Croix Rouge Française que M. Jean-François Mattéi, alors Ministre de la Santé, de la Famille et des personnes handicapées (gouvernement Raffarin) devrait se trouver depuis et encore à cette heure ?
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-F...

ssoleil ssoleil ·  07 janvier 2009, 20h21

Un destin - un de plus - une vie à raconter - des souvenirs qui un jour vont partir et que personne ne gardera ou si peu...

Une fois de plus consternée - choquée - dégoutée... que l'on laisse ainsi des gens vivre - si on peut appeler ça vivre - chez nous - tous près là à côté...

Mon rêve... voir les restos du coeur abolis... mais pour ça il y a tant de choses à changer ... Le murmure que l'on entend de çi de là - quand deviendra-t-il enfin cette vague déferlante qui peut-être enfin permettrait de construire quelque chose de différent, de meilleur, de plus respectueux ...de la vie.

marcel marcel ·  06 février 2009, 10h09

Bonjour marie hèlène,

je vais t'ècrire ce que je dis règulièrement à ma fille: il ne faut pas faire sa vie en attendant quelque chose des autres. Notre vie, c'est d'abord en nous que nous la faisons et c'est je crois ce que tu as fait en envoyant ton message. Tu t'es prise en charge pour aller vers les autres. Et ensuite, pour connaitre le bonheur, il faut avoir des projets (simples peut-ètre mais qui occupent l'esprit). Ce que tu nous a confiè est un premier pas mais un pas tournè vers toi. Alors, les gens vont t'ècouter pour ensuite repartir vers leurs activitès. Il te faut donc aller plus loin. Par exemple en regardant autour de toi les gens qui ont encore plus de difficultès, qui comme toi se sentent seuls et leur apporter un peu de chaleur qui est en toi. Par exemple, si tu as plus qu'eux, un petit dessert où sinon un grand sourire ou une petite parole. Leur dire ce que tu aimerais entendre. Ecouter ce qu'ils ont à dire eux aussi et qui n'ont pas la chance comme toi de pouvoir exprimer sur l'ordinateur. Si quelques fois par semaine, tu as un tel geste alors, ta vie reprend un sens. C'est ce que je fais en allant vers toi. Je te parle de toi et non de moi. Là est mon plaisir. Sinon, on regarde la vie en espèrant que les autres vont voir qu'on existe mais cela ne se fait pas. Rappelles-toi plus jeune tes prèoccupations n'ètaient certainement pas tournèes autant vers les personnes agèes que tu en attends aujourd'hui des autres. Pour ètre reconnue des autres, il faut d'abord aller vers eux, participer avec ses moyens et savoir que des plus jeunes ne peuvent ressentir ce qui se passe dans la tète d'une personne agèe. Il faut donc accepter qu'ils en fassent moins que ce que l'on souhaite en se disant que c'est beaucoup ce qu'ils font.
Je pense qu'il est donc important que tu participes à des forums pour t'exprimer et pour apporter aux autres.
Voila ce que je te souhaite. J'ai 64 ans et suis sensible aux difficultès pour certains de vieillir sans projet. Trouver quelque chose à faire pour les autres et pour cela il n'y a pas d'age si l'on n'en attend pas une rècompense; et quand il y en a une de bien en profiter en la nourissant chaque jour de toute ton attention car c'est une fleur dans notre jardin.

bisous.

Gdalia Gdalia ·  07 juin 2009, 12h15

Bon­jour Marie-Hélène,

Merci à toi d’avoir eu le cou­rage de nous écrire ce mes­sage dont le réa­lisme nous retourne les tri­pes. Dire que notre société pro­fon­dé­ment iné­ga­li­taire et bureau­cra­ti­sée fabri­que encore des situa­tions aussi inhu­mai­nes, aussi détes­ta­ble­ment et cruel­le­ment absur­des, alors que la soli­da­rité est vrai­ment à por­tée de mains, dans un pays où quel­ques-uns sont outra­geu­se­ment “riches” du point de vue de leurs pos­ses­sions diver­ses et de leurs finan­ces. Com­ment pou­vons-nous lais­ser cre­ver de faim qui que ce soit, jeune ou vieux, dans un pays réputé “civi­lisé” ? C’est un scan­dale absolu.
Mar­cel, je ne te con­nais pas, mais je désap­prouve tota­le­ment ce que tu as écrit, que je trouve injus­te­ment mora­li­sant et cul­pa­bi­li­sant, alors que Marie-Hélène est sur­tout con­fron­tée à l’injus­tice criante sur laquelle se fonde notre orga­ni­sa­tion sociale.

J’espère vrai­ment qu’un jour ou l’autre, et le plus tôt sera le mieux, nous bâti­rons un monde où cha­cun d’entre nous sera res­pecté et où cha­cun aura sa place. Où nous serons égaux. Libres, égaux et soli­dai­res !

Oui, de tout cœur avec toi, Marie-Hélène.

Gda­lia

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