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L'eau « potable » de Tokyo

Mabesoone_LM_27-12-11.jpgAujourd’hui, c’est la première fois que je joue dans la neige avec ma fille, depuis l’accident de Fukushima.

J’ai fait quelques mesures : mon compteur Geiger n’indique pas de changements notoires quand on mesure les radiations au sol, avec ou sans neige. Même sur une couche de 5 cm de neige, le rayonnement est à peu près le même qu’à l’ordinaire : 0,16μSv/h[1], sur de l’asphalte. Mais si je mesure dans la cour d’école voisine en terre battue, là où ma fille joue souvent, j’ai l’impression que la neige atténue un peu les radiations : on passe de 0,19 à 0,18μSv/h environ.

Ceci est certainement dû au fait que les poussières chargées en césium ne virevoltent plus à nos pieds, « collée » au sol par la neige. La neige, elle-même, comme la pluie, précipitent vers le sol les radionucléides présents dans l’air, mais ceci ne représente plus une grande dose, maintenant que la radioactivité dans l’air est redescendue : seulement environ 0,13μSv/h à 1 mètre du sol, ici à Nagano, au lieu des 0,03μSv/h, tout de même, mesurés avant l’accident !

Bref, ma fifille, bien protégée par une combinaison, des bottes et de bons gants, peut jouer dans la neige sans trop de risques tant qu’elle fait attention à ne pas se mouiller le visage ou les cheveux.

Mais ce qui m’a surpris, c’est surtout la forte radioactivité des boues émanant de la fonte de la neige (cf. la partie droite de la photo). Partout où la neige commence à fondre, on atteint environ 0,26μSv/h. Ceci confirme la thèse du Pr. Kunihiko TAKEDA de l’Université du Chubu, selon lesquelles il faut s’attendre à voir « dégorger » les sols contaminés avec la fonte des neiges au printemps 2012 [2].

D’après Takeda, dans des régions comme Niigata, où l’eau de la fonte des neiges représente toute l’irrigation au moment des labours, on peut s’attendre à des dégâts importants de « radioactivité déplacée ». Tous les massifs montagneux -  Fukushima-est, Nasu, Okutama, Gunma-nord, Asama, etc. - qui ont été fortement contaminés dans la seconde moitié du mois de mars 2011, sont restés tels quels, sans bénéficier d’aucune mesure de décontamination.

Or, en mars 2011, la fonte des neiges était déjà terminée pour la plupart des montagnes. Résultat : l’humus contaminé, transporté par les eaux de la fonte des neiges, va se déverser pour la première fois sur toutes les plaines environnantes. Les premiers légumes du printemps sont à surveiller de très près. Par exemple, les célèbres « épinards sous-neige » (Chijimi horenso) de Gunma, entre autres.

Je sens que je vais avoir du travail avec mon moniteur-doseur de becquerels tout neuf… qui n’est pas encore arrivé ! Mais surtout, il y a un gros problème : l’eau de consommation courante de la région de Tokyo.

Elle provient presque exclusivement d’un « point chaud » (hotspot) de radioactivité, à 100km à l’ouest de la mégalopole : les montagnes de Okutama. 18 millions de personnes obligées de boire l’eau de la fonte des neiges d’un hotspot… cela risque d’être « chaud », c’est le cas de le dire.

Je fais une petite prévision : si la teneur en césium de l’eau « potable » de Tokyo augmente à nouveau en mars 2012 [3], c’est un ras-le-bol général qui menace la capitale. Et ceci, juste au moment des grandes manifestations prévues pour la commémoration du 11 mars. Il ne restera alors que quelques réacteurs en marche. À mon avis, ce problème d’eau potable, déjà prévisible, sera la « goutte d’eau qui fait déborder le vase », et le Japon sortira enfin du nucléaire…

Espérons que ma prévision se réalise et qu’elle pousse d’autres pays du monde, dont la France, à faire de même !

Pour l’instant, préparons le terrain du printemps prochain, parlons, exprimons-nous et habillons-nous en jaune, la couleur du monde no-nuke !

Notes :

[1] micro Sievert par heure

[2] Ci-dessous, un fichier sonore sur ce sujet (en japonais) : http://takedanet.com/2011/12/post_958d.html
[NDLR : site apparemment très sollicité !]

[3] Consulter alors le site officiel en japonais et en anglais, pour un monitoring de l’eau plus ou moins fiable : http://www.waterworks.metro.tokyo.jp/press/shinsai22/index.html | traduction automatique en français


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Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

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Comments (1)

Janek Janek ·  28 December 2011, 03h02

C’est très préoccupant cette arrivée d’eau des glaciers contaminés dans l’eau potable.
Le professeur Hayagawa conseille de se laver pour nettoyer les poussières radioactives après chaque jour, mais ça sert à quoi de se laver au césium pour nettoyer les poussières de césium… ^^’

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