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Nucléaire : mille façons de nous tuer

Le nucléaire peut bien sûr nous faire mourir par irradiation ou contamination, de Tchernobyl à Fukushima ou des mines d’uranium aux sites de déchets radioactifs. Mais il peut aussi nous faire mourir… de rire, ou d’écœurement.

Pour ceux qui croient encore, malgré les accidents et catastrophes qui se succèdent, que le nucléaire est une technologie de pointe, il faut savoir que certains déchets radioactifs sont conditionnés… avec de la litière pour chats. C’est le cas dans le WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), lieu de stockage souterrain situé au Nouveau Mexique (USA). Un accident est d’ailleurs en cours dans ce site depuis le 14 février 2014 [1] : 21 salariés ont déjà été irradiés, on ne sait pas trop ce qui se passe réellement sous terre, et des éléments aussi dangereux que le plutonium et l’américium se sont échappés. Cause de l’accident : un changement de marque de litière ! La composition du nouveau produit était différente et une réaction chimique a eu lieu. Fukushima était « de la faute du Tsunami », cette fois les coupables sont probablement les chats…

Autre information récemment mise au jour : plus de trois ans après le début de la catastrophe de Fukushima, on apprend que, dès les premières heures, 90 % des employés de la centrale, du haut en bas de la hiérarchie, ont défié les ordres et ont carrément fui [2]. Honnêtement, on ne saurait complètement le leur reprocher : qui a envie de se sacrifier et de mourir dans d’atroces souffrances ? Mais le plus croustillant est que, en majorité, ces déserteurs se sont précipités… dans l’autre centrale de Fukushima, celle dite « Daini » ! Pour mémoire, si cette installation n’a heureusement pas connu le même sort que sa sœur de Fukushima Daiichi, la situation est tout de même restée tendue pendant plusieurs jours, l’accident ou la catastrophe pouvait donc se déclencher là aussi.. Cette étrange façon de se mettre à l’abri rappelle l’aventure inouïe de ce survivant d’Hiroshima qui s’était réfugié… à Nagasaki. Et il avait à nouveau survécu ! Comme quoi le nucléaire ne tue pas à tous les coups, c’est déjà ça.

EDF monte au front

En France aussi, l’atome fait rire. Pendant des décennies, certaines interventions de maintenance ont été effectuées par des salariés mal ou pas protégés. Aussi, depuis quelques années, EDF a installé des « matelas en plomb » pour repousser les radiations. Mais voilà : l’Autorité de sûreté signale que, par exemple en cas de séisme, ces éléments pourraient se décrocher, créant « un risque d’endommagement des matériels importants pour la sûreté situés à proximité » [3]. Si vous avez besoin d’un bon matelas, demandez donc à EDF….

Après avoir ri, préparez-vous maintenant à vomir : le 23 mai, à l’occasion de la « fête des voisins », EDF a invité les riverains de Superphénix [4], le fameux surgénérateur qui n’a jamais bien fonctionné et a finalement été arrêté en 1997 après avoir désintégré 10 milliards d’euros. Pour info, ce machin est toujours en démantèlement, opération dangereuse et ruineuse qui doit théoriquement être achevée… en 2028 ! Ce qui ne passe vraiment pas, c’est qu’EDF a organisé un gentil « apéritif sucré-salé » devant Superphénix : pour mémoire, c’est là que, le 31 juillet 1977, au cours d’une manifestation antinucléaire, un jeune manifestant nommé Vital Michalon était tué par l’explosion d’une grenade offensive. Cette dernière avait été tirée par les gendarmes mobiles, dépêchés en masse par le pouvoir français au service d’EDF et de ses projets nucléaires. Voilà un « sucré-salé » au goût bien amer.

Mais il y a encore plus fort : le lobby nucléaire s’apprête carrément à instrumentaliser les morts de la Première Guerre mondiale. Et pas dans un coin anodin : à Verdun précisément. L’idée, nauséabonde comme il se doit, est de « rapprocher les mémoires » : celle des millions de malheureux massacrés en 14-18, et celle des déchets radioactifs dont il va effectivement falloir se souvenir pendant des millénaires. C’est ainsi que, du 15 au 17 septembre 2014 au Centre Mondial de la Paix de Verdun, l’Agence européenne pour l’énergie nucléaire (AEN-OCDE), avec une quinzaine d’agences nationales dont la française Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), organise une stupéfiante « Conférence internationale sur la Préservation des documents, des connaissances et de la mémoire des déchets radioactifs génération après génération » [5]. Ceci dit, il n’est pas absurde de faire un parallèle entre les deux affaires, à condition toutefois de ne pas oublier ce que disait le grand Anatole France :

« On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. »

Car la guerre et le nucléaire ont effectivement pour caractéristique commune d’être de juteux business, organisés par et pour une minorité de « puissants », tout en causant d’incommensurables dommages pour la grande majorité de la population et, ultime farce, en lui laissant payer les lourdes factures. Oui, vraiment, c’est à mourir de rire…

Notes:

[1] AFP, 17-2-2014

[2] Asahi Shimbun, 20-5-2014

[3] AFP, 21-5-2014 

[4] AFP et France 3 Alpes, 21-5-2014

[5] http://www.oecd-nea.org/rwm/rkm/verdun2014


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Stéphane Lhomme

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